Malawi – Camp de Dzaleka : des réfugiés sommés de céder leurs logements « excédentaires »
SOS Médias Burundi
Dzaleka (district de Dowa), 5 septembre 2025 – Depuis juillet, un vaste recensement des logements est en cours dans le camp de réfugiés de Dzaleka. Menée conjointement par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et le gouvernement du Malawi, l’opération vise à identifier les habitations en mauvais état en vue de leur réhabilitation. Mais une mesure inattendue suscite l’indignation : les familles disposant de plusieurs maisons doivent en céder l’excédent, une décision que plusieurs réfugiés jugent injuste et inacceptable.
Au départ, l’initiative était bien accueillie : les réfugiés réclamaient depuis longtemps une amélioration des conditions de vie dans le camp. Toutefois, les autorités affirment avoir découvert une situation plus complexe que prévue. Le principe de base est clair :
« Tous les membres d’un même ménage, inscrits sur une seule fiche familiale, doivent vivre dans une seule maison », rappellent les responsables du camp.
Or, les agents recenseurs ont constaté que plusieurs ménages disposent de deux voire trois maisons – parfois construites sur une même parcelle par les enfants devenus majeurs.
« Comment se fait-il que deux jeunes gens puissent construire deux maisons qui s’ajoutent à celle de leurs parents, dans un même plot ? », s’interroge un responsable.
Une pratique jugée inacceptable par l’administration, alors que de nombreuses familles dorment encore à la belle étoile.
Menace de réquisition des maisons
La première mesure prise est la réquisition des logements jugés « anarchiques » pour les attribuer aux sans-abris du camp. Une décision que les principaux concernés rejettent en bloc.
« Impossible de construire une maison pour quelqu’un qu’on ne connaît pas. Elles nous ont coûté du temps, de l’énergie et de l’argent. Vaut mieux les détruire que les céder », proteste un habitant.
Un climat de tension et d’insécurité
Certains craignent que cette mesure n’alimente les tensions et la criminalité au sein du camp.
« Ce principe de déshabiller Saint Paul pour habiller Saint Pierre est source d’insécurité ici. Nous demandons la suspension immédiate de cette décision qui, heureusement, n’a pas encore été appliquée », alerte un leader communautaire.
Des pistes pour désengorger le camp
Pour faire face à la surchauffe démographique du camp – qui accueille aujourd’hui plus de 50 000 réfugiés, soit trois fois sa capacité initiale – plusieurs pistes sont évoquées :
Création de nouveaux villages mixtes, où cohabiteraient réfugiés et communautés locales pour renforcer l’intégration ;
Programme de réintégration et d’inclusion des réfugiés dans la société d’accueil ;
Relocalisation partielle de certains groupes pour désengorger Dzaleka.
Parmi les résidents du camp, on compte plus de 11 000 réfugiés burundais, aux côtés de Congolais, Rwandais et d’autres nationalités.
La confiance, une ressource rare
Malgré les bonnes intentions affichées par les autorités, de nombreux réfugiés restent sceptiques.
« On a déjà entendu ces discours. Ce qu’on attend, ce sont des actions concrètes, pas des promesses », confie une mère de famille burundaise.
Pour ces communautés qui vivent dans la précarité depuis des années, la confiance ne se décrète pas, elle se reconstruit. Et pour cela, la transparence et la consultation restent des conditions essentielles.
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Photo : Un groupe de femmes et filles devant une maison au camp de Dzaleka. Certains occupants refusent de céder les logements excédentaires dans ce camp surpeuplé. © SOS Médias Burundi
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