Kirundo : Barrières de sécurité, peur nocturne et soupçons de corruption
SOS Médias Burundi
Kirundo, 8 septembre 2025 — L’instauration de barrières métalliques et de barrages nocturnes aux entrées de la ville de Kirundo, au nord du Burundi, suscite une vague d’inquiétude au sein de la population locale. Officiellement mises en place pour des raisons sécuritaires, ces mesures ont profondément bouleversé le quotidien des habitants, suscitant un climat mêlant peur, frustration et accusations de corruption.
Depuis plusieurs jours, des barrières de fils de fer ont été installées à différentes entrées du centre urbain de Kirundo, tandis que des barrages de contrôle sont érigés chaque nuit sur les axes menant aux localités frontalières avec le Rwanda.
Selon des sources policières et administratives, ces dispositifs viseraient à prévenir d’éventuelles infiltrations armées, en lien avec l’intensification des combats à l’Est de la RDC. Kirundo est perçue comme un point potentiellement vulnérable en raison de sa proximité avec la frontière.
Les motards en première ligne
Les mesures touchent durement les conducteurs de moto-taxis, nombreux dans la ville. Depuis l’instauration des restrictions, aucune moto n’est autorisée à circuler après 20h.
« Nous sommes interdits de travailler le soir, alors que c’est justement là qu’on avait le plus de clients », déplore un motard.
Pire encore, les motards affirment être incités à se surveiller mutuellement et à dénoncer ceux qui enfreignent les règles, une situation qui crée un climat de suspicion entre collègues.
Des sanctions jugées excessives
Plusieurs motos ont été saisies par la police et immobilisées au commissariat de Kirundo. D’après les témoignages recueillis, plus de cent motos seraient concernées.
« Pour récupérer la moto, il faut rester deux semaines sans travailler et payer une amende de 100 000 francs burundais au compte de l’OBR (Office burundais des recettes) », affirme un conducteur, visiblement amer.
Beaucoup jugent ces sanctions disproportionnées, particulièrement dans un contexte de cherté de la vie qui fragilise déjà les familles les plus modestes.
Commerçants et habitants pénalisés
Les commerçants du centre urbain ne sont pas épargnés. Bars, restaurants, boutiques ferment désormais bien avant 20h, sous peine de subir des contrôles ou des sanctions.
« Avant, les motards passaient tard pour acheter du lait ou du thé. Maintenant, à 19h30, tout le monde plie bagage », témoigne une vendeuse.
Un boucher local estime avoir perdu la moitié de ses revenus : « On jette de la viande chaque jour. Les clients du soir ne viennent plus. »
Un climat de peur pour les familles
De nombreux habitants ordinaires expriment leur angoisse face à ces restrictions. Circuler après 20h est désormais synonyme de risque d’arrestation ou de harcèlement, même en cas d’urgence.

« Quand un enfant tombe malade la nuit, on réfléchit deux fois avant d’aller chercher un taxi. Les barrages font peur », raconte un père de famille.
Soupçons de corruption
En plus de ces difficultés, plusieurs accusations de corruption pèsent sur les agents en poste aux barrages. Des habitants affirment que des pots-de-vin sont exigés pour laisser passer certains véhicules, en particulier ceux transportant des produits illicites.
« La nuit, aucun véhicule ne passe sans laisser quelque chose aux policiers », affirme un habitant sous anonymat.
Ces pratiques sapent la confiance dans les motivations réelles des mesures sécuritaires mises en place.
La défense des autorités
Interrogées à ce sujet, les autorités locales assurent que les restrictions sont nécessaires pour garantir la sécurité.
« La population doit comprendre que la sécurité a un prix. Nous ne cherchons pas à nuire », explique un responsable administratif de Kirundo.
Un officier de police renchérit :
« Si des véhicules ou motos sont immobilisés, c’est uniquement parce qu’ils n’ont pas respecté les consignes. »
Sécurité ou abus de pouvoir ?
Bien que présentées comme une réponse préventive à un risque d’insécurité régionale, ces mesures soulèvent de nombreuses interrogations sur leur efficacité réelle, et sur la frontière floue entre sécurité, abus d’autorité et enrichissement personnel.
Un climat tendu sur fond de menaces régionales
Ce durcissement sécuritaire à Kirundo s’inscrit dans un contexte régional marqué par la tension entre le Burundi et son voisin rwandais. À plusieurs reprises, le président Évariste Ndayishimiye a affirmé disposer d’informations selon lesquelles le Rwanda planifierait des attaques contre le Burundi.
« Nous n’allons pas accepter de mourir comme les Congolais qui sont tués comme des chèvres. J’ai déjà averti le Rwanda », avait déclaré le président burundais lors d’un discours public, en référence aux violences perpétrées à l’est de la RDC.
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Photo : Une rue à Kirundo où des mesures de sécurité ne font pas l’unanimité. Des barrières de fils de fer et des barrages nocturnes suscitent la peur, des sanctions jugées excessives et des soupçons de corruption parmi les habitants. SOS Médias Burundi
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