Bururi : une ordination pentecôtiste entre ferveur, tensions et enjeux politiques
SOS Médias Burundi
Bururi, 15 septembre 2025 – L’ordination du Pasteur Eliachim Nirikana à la tête de la mission pentecôte de Kiremba Sud, en commune de Bururi dans la province de Burunga, a été à la fois une célébration de foi et un moment de fractures visibles au sein de la communauté pentecôtiste. La cérémonie, qui officialisait également la nomination du Pasteur Chadrac Ndayishimiye comme Deuxième Pasteur, s’est tenue ce dimanche 14 septembre sous le signe d’une ferveur populaire, mais aussi dans un climat de tensions religieuses et politiques.
Cette étape marque une succession hautement symbolique. Le Pasteur Nirikana prend la relève du très respecté Pasteur Élie Ndikunkiko, disparu le 7 mai 2024 à l’âge de 84 ans. Figure charismatique et rassembleuse, il avait guidé pendant plusieurs décennies la mission de Kiremba Sud, laissant derrière lui l’image d’un homme de foi profondément attaché à l’unité de l’Église et à la paix sociale. Son décès avait ouvert une période de fragilité pour la mission, fragilité qui ressurgit aujourd’hui dans les contestations entourant sa succession.
Un événement contesté
En amont de la cérémonie, une dizaine d’églises pentecôtistes avaient adressé une requête au ministre de l’Intérieur, du Développement communautaire et de la Sécurité publique pour empêcher l’ordination. Elles reprochaient à la mission de Kiremba Sud d’avoir enfreint les textes de la Communauté des Églises de Pentecôte du Burundi (CEPBU).
Malgré ces oppositions, la mission a maintenu la cérémonie. Le pasteur présidant l’événement a d’ailleurs déclaré devant les fidèles : « Ce n’est un secret pour personne. Les démons ont tout fait pour empêcher que cette cérémonie ait lieu. » Une manière d’illustrer le climat de résistance et de défi dans lequel l’ordination a été organisée.
Des enjeux religieux, ethniques et politiques
Derrière le conflit apparent se cachent des enjeux plus profonds. Selon plusieurs sources locales, la controverse est nourrie par :
- La politisation des églises, avec des soupçons d’ingérence du CNDD-FDD, parti au pouvoir, dans les nominations religieuses ;
- Le contrôle des ressources et des équilibres ethniques au sein de la CEPBU ;
- La volonté de certaines missions, comme celle de Kiremba Sud, de préserver un fonctionnement indépendant.
La désignation d’un pasteur issu de la communauté tutsi, un fait rare dans la CEPBU, a également contribué à accentuer les crispations internes.
Un appui au plus haut niveau
Malgré la polémique, la mission de Kiremba Sud a reçu un soutien politique de poids. Le président de la République, Évariste Ndayishimiye, a dépêché son porte-parole et secrétaire général de l’État, Jérôme Niyonzima, pour transmettre un message officiel de félicitations aux nouveaux pasteurs. Un geste perçu comme une reconnaissance formelle et un renforcement de leur légitimité.
Une cérémonie œcuménique et un héritage spirituel
L’événement a rassemblé des représentants d’autres confessions, notamment catholique et anglicane, ainsi que des délégations de quatre églises pentecôtistes venues soutenir la mission de Kiremba Sud. Cette présence œcuménique a voulu rappeler que, malgré les divisions, un message d’unité et de paix reste possible.
Au-delà des tensions, la cérémonie d’ordination a donc été l’occasion de rendre hommage à l’héritage du Pasteur Élie Ndikunkiko, dont la mémoire plane encore sur la communauté. Pour beaucoup de fidèles, il demeure une figure de stabilité et de sagesse dont la succession, aujourd’hui disputée, illustre les nouveaux défis d’une Église en quête d’équilibre entre foi, indépendance et pressions politiques.
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Photo : les pasteurs Eliachim Nirikana et Chadrac Ndayishimiye se tiennent prêts à assumer pleinement leurs fonctions à la tête de la mission pentecôtiste de Kiremba Sud, malgré les tensions et controverses qui ont entouré leur nomination. Crédit photo : RTNB
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