Burunga : le maïs pourrit dans les hangars, les cultivateurs accusent l’État d’abandon

Burunga : le maïs pourrit dans les hangars, les cultivateurs accusent l’État d’abandon

SOS Médias Burundi

Burunga, 26 septembre 2025- En province de Burunga dans le sud du Burundi, des tonnes de maïs produites par les cultivateurs sont invendues et commencent à pourrir, suscitant la colère des producteurs qui accusent l’État d’abandon.

Selon des témoins qui se sont confiés à SOS Médias Burundi, les agriculteurs ont exprimé leur frustration ce mercredi lors d’une rencontre avec le Premier ministre Nestor Ntahontuye, consacrée à la promotion des grands projets agricoles et d’élevage.

Frustration et impasse agricole

Au chef-lieu de la province, l’atmosphère était lourde. Le Premier ministre a ouvert la séance en appelant les investisseurs à renforcer leur engagement dans ce secteur, présenté comme la clé de l’économie nationale.

Mais derrière les discours officiels, les frustrations ont éclaté. Les participants, majoritairement des producteurs agricoles, ont dressé un constat amer : la mobilisation imposée pour la culture du maïs a débouché sur une impasse dramatique.

Récoltes abandonnées et promesses non tenues

En zone Giharo, les cultivateurs avaient été encouragés par l’administration locale à se lancer massivement dans la culture du maïs. L’Agence nationale de gestion du stock stratégique alimentaire (ANAGESSA) avait promis de racheter la production. Mais la réalité est tout autre.

« Sur 7 hangars construits pour accueillir la récolte, un seul a été rempli », déplore Désiré Hakizimana, chef de zone Giharo. Faute d’acheteur, le maïs s’entasse et commence à se détériorer.

Un cultivateur confie son désarroi : « J’ai plus de 10 tonnes de maïs issues de la mobilisation. Aujourd’hui, toute ma récolte a pourri. Comment voulez-vous que je me relance dans la production, alors que l’État ne respecte pas ses engagements ? »

Interdiction d’exporter et colère des producteurs

Les producteurs n’ont pas digéré la décision du gouvernement de suspendre l’exportation du maïs vers la Tanzanie. Là-bas, un kilo de maïs se vend à 700 shillings, soit 2100 francs burundais, bien au-dessus des 1700 francs proposés localement par l’ANAGESSA.

« Pourquoi nous interdire d’écouler nos produits à l’étranger, si ici personne ne nous les achète ? », s’interroge un participant. Pour beaucoup, l’État devrait au minimum autoriser l’exportation moyennant paiement des taxes, plutôt que d’imposer un « double embargo » : interdiction de vendre dehors et absence d’acheteur à l’intérieur.

Banques frileuses et absence d’assurances

La crise est aggravée par le comportement des institutions financières. Plusieurs intervenants ont dénoncé les lenteurs des banques dans l’octroi de crédits, ainsi que des taux d’intérêt jugés exorbitants. Sans financement adapté, il est impossible d’investir dans des techniques modernes ou d’acheter des intrants de qualité.

D’autres voix ont plaidé pour la création de compagnies d’assurance spécialisées, capables de protéger les agriculteurs et éleveurs contre les pertes répétées liées aux aléas du marché ou du climat.

Un Premier ministre prudent mais peu concret

Face à cette avalanche de doléances, le Premier ministre s’est montré prudent. Il a insisté sur la nécessité de renforcer la recherche agricole via l’Institut des sciences agronomiques du Burundi (ISABU) et de développer les capacités locales des producteurs. Il a également promis que l’État mettrait des terres à disposition des investisseurs et a exhorté les banques à soutenir davantage ce secteur stratégique.

Mais sur les problèmes immédiats, la récolte de maïs qui pourrit, la suspension de l’exportation et le désarroi des producteurs, Nestor Ntahontuye n’a apporté aucune solution concrète. La suspension de l’exportation, a-t-il expliqué, résulte « d’irrégularités observées » dans le processus, sans plus de détails.

Ambitions nationales versus réalité locale

Le gouvernement maintient pourtant une ambition claire : doter chaque commune du pays d’une ferme de 200 vaches. Mais pour les producteurs présents à Burunga, ce rêve national contraste douloureusement avec leur quotidien fait de dettes, de récoltes invendues et de promesses non tenues.

« Si l’État ne change pas sa manière d’agir, nous irons de crise en crise », a résumé un participant, sous les applaudissements de ses pairs.

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Photo : Un point de vente de maïs réservé à l’ANAGESSA, dans l’ouest du Burundi. Cette agence publique est chargée de la gestion stratégique des stocks alimentaires à travers le pays. À Burunga, les paysans dénoncent l’inertie de l’État face aux récoltes invendues et à la détérioration du maïs. © SOS Médias Burundi

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