Burundi : la triple crise du carburant, de l’électricité et de l’eau étouffe habitants, commerces et écoles
SOS Médias
Bujumbura, 2octobre 2025- Depuis près de cinq ans, le carburant manque sur tout le territoire de la petite nation de l’Afrique de l’Est. À cela s’ajoutent des délestages électriques et une pénurie d’eau potable qui paralysent la vie quotidienne dans les capitales économique et politique, Bujumbura et Gitega, ainsi que dans plusieurs autres centres urbains du pays.
Les habitants livrent des témoignages poignants de cette crise qui touche tous les secteurs. À Bujumbura, Aline N., mère de trois enfants, raconte : « Je ne peux même plus aller allaiter mon bébé pendant les pauses, faute de carburant pour me déplacer. » Dans le sud-ouest du pays, Jean-Pierre M., petit commerçant, confie : « Nous sommes au bout de notre souffle. Sans électricité ni carburant, tout s’arrête. »
Le délestage électrique frappe également les commerces. Mireille K., vendeuse de lait à Gitega, déplore : « Chaque jour, nous perdons de l’argent car nous ne pouvons pas conserver les produits frais. » Les gérants de pâtisseries rencontrent le même problème. « Nos fours ne fonctionnent que par intermittence. Nous sommes obligés de jeter des commandes préparées, c’est catastrophique pour notre business », explique Emmanuel R., pâtissier à Bujumbura.

Les étudiants de l’Université publique, en pleine période d’examens de deuxième session sur les campus de Bujumbura et Zege à Gitega, dénoncent leur incapacité à travailler dans ces conditions. « Entre les coupures d’électricité et le manque d’eau, il devient très difficile de se concentrer et de réviser », expliquent plusieurs jeunes. Les élèves du primaire et du secondaire sont également affectés, incapables de réviser ou de préparer leurs interrogations correctement.
Dans plusieurs provinces, les hôpitaux sont également touchés par ces carences, rendant le travail du personnel soignant difficile et la prise en charge des patients plus complexe. Les médias, surtout dans la ville commerciale de Bujumbura, en souffrent également : les émissions sont suspendues ou les éditions de journaux interrompues faute de courant. Même ceux qui disposent de groupes électrogènes peinent à les alimenter, en raison du manque de carburant.
Le manque d’eau fragilise encore les conditions sanitaires des ménages et des écoles. Béatrice T., habitante de Bujumbura, alerte : « Sans eau, il est impossible de maintenir la famille propre et en bonne santé, surtout avec le choléra qui se propage depuis deux mois dans plusieurs quartiers. »
La Regideso, seule entreprise étatique chargée de la production et de la distribution d’eau et d’électricité, reste silencieuse face à cette crise prolongée. Les artisans et petites industries sont contraints de suspendre leurs activités, entraînant des pertes financières importantes.
Des experts économiques estiment que le Burundi traverse aujourd’hui la pire crise qu’il n’ait jamais connue, même durant la période de l’embargo des années 1990.

Face à cette triple crise, habitants, étudiants et commerçants appellent à des mesures urgentes pour rétablir l’électricité, garantir l’approvisionnement en carburant et sécuriser l’accès à l’eau potable. Sans réponses rapides, le quotidien de milliers de Burundais reste paralysé, mettant en péril la santé, l’éducation et l’économie locale.
Pourtant, le président Évariste Ndayishimiye et son équipe continuent d’affirmer que la vie est moins chère au Burundi que dans les pays voisins. Le chef de l’État est même allé jusqu’à déclarer que « les Burundais n’ont jamais été aussi bienheureux », une affirmation que ses détracteurs qualifient de « véritable insulte » face aux difficultés réelles vécues par la population.
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Photo : de longues files de passagers en attente d’un bus dans la ville commerciale de Bujumbura, septembre 2025 ©SOS Médias Burundi
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