Sud-Kivu : arrestation du colonel Fureko, membre de la communauté Banyamulenge et officier des Wazalendo, accusé de liens avec le M23

Sud-Kivu : arrestation du colonel Fureko, membre de la communauté Banyamulenge et officier des Wazalendo, accusé de liens avec le M23

SOS Médias Burundi

Bukavu, 10 novembre 2025 – Le colonel Fureko, membre de la communauté Banyamulenge et officier récemment intégré aux milices locales Wazalendo, entretenues par les autorités congolaises, a été arrêté ce samedi 8 novembre à Lemera, sur le territoire d’Uvira, alors qu’il se rendait à Mulenge, sur le même territoire, province du Sud-Kivu.

Ses anciens compagnons l’accusent d’entretenir des liens avec le groupe rebelle M23 et les combattants de Twirwaneho, composés eux aussi de jeunes Banyamulenge. Selon plusieurs sources locales, Fureko et huit jeunes Banyamulenge qui l’accompagnaient ont été passés à tabac, blessés et dépouillés de leurs armes et uniformes, provoquant une vive émotion dans la région.

Indignation parmi les proches et habitants

Des membres de la famille du colonel et plusieurs habitants Bafulero de Lemera et Kitoga dénoncent ce qu’ils qualifient de mauvais traitements injustifiés.

« Le colonel Fureko était un homme loyal et dévoué. Nous avons vécu ensemble à Kitoga et à Masango. Il est incompréhensible qu’on l’accuse d’être du M23 alors qu’il combattait justement ce mouvement », témoigne un habitant de Kitoga.
« Le M23 se trouve à Katogota et Kamanyola, c’est là qu’il allait les combattre », ajoute-t-il.

Contexte régional : un conflit complexe et meurtrier

Depuis le début de l’année, les rebelles affiliés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) contrôlent plusieurs localités stratégiques riches en minerais dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi que les chefs-lieux des deux Kivus, Goma et Bukavu.

Après la chute de Bukavu, le chef-lieu du Sud-Kivu a été transféré à Uvira, à quelques kilomètres de Bujumbura, capitale économique du Burundi. Dans cette région, le M23 dispose d’un allié de taille : le groupe armé Twirwaneho, composé de membres de la communauté Banyamulenge.

Pour contrer ces rebelles, les autorités congolaises ont sollicité les Maï-Maï, désormais intégrés aux Wazalendo, milices locales entretenues par Kinshasa. Le Burundi a déployé environ 10.000 soldats dans l’Est congolais pour soutenir les FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo) et leurs milices alliées dans ces opérations contre le M23 et les combattants de Twirwaneho, tandis que Kigali nie tout soutien au M23, malgré les rapports d’experts onusiens.

Fractures communautaires et controverses locales

Pour certains observateurs, l’arrestation du colonel Fureko illustre la méfiance persistante envers la communauté Banyamulenge dans l’est de la RDC.

« Fureko s’était engagé à défendre la RDC contre le M23 et les combattants de Twirwaneho, mais ceux avec qui il combattait se sont retournés contre lui uniquement à cause de ses origines », estime un activiste local.

Cependant, certains membres de la communauté Banyamulenge lui reprochent d’avoir participé à des offensives contre des localités habitées par des Banyamulenge.

« Il avait mené des attaques à Kahololo avec les Maï-Maï. Son arrestation est une bonne chose : il avait trahi son peuple », dit, heureux, un jeune de la communauté Banyamulenge basé à Rurambo.

Alliances militaires locales fragiles

Depuis 2022, le colonel Fureko collaborait avec les Maï-Maï, Gumino – un groupe armé composé de membres de la communauté Banyamulenge mais opposés au M23 – les FARDC et des éléments de l’armée burundaise dans le cadre des opérations contre le groupe armé Twirwaneho.

Avant de rejoindre les Maï-Maï, Fureko servait comme officier supérieur au sein des FARDC, l’armée loyaliste congolaise. Les rivalités internes et les tensions intercommunautaires fragilisent les alliances militaires locales et entretiennent un climat d’instabilité dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu.

Détention actuelle

Le colonel Fureko et ses compagnons sont actuellement détenus dans un cachot de Luvungi, un des groupements de la chefferie Bafulero sur le territoire d’Uvira, en attendant la suite des enquêtes.

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Photo : blessé au niveau de la bouche, le colonel Fureko est photographié avec son équipe avant d’être transféré dans un cachot à Luvungi. ©DR/SOS Médias Burundi

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