Mukungu : quand la fraude devient système et menace l’avenir des élèves

Mukungu : quand la fraude devient système et menace l’avenir des élèves

SOS Médias Burundi

Nyanza, 11 novembre 2025- Dans la commune Nyanza, en province de Burunga au sud du Burundi, un nouveau scandale secoue le système éducatif. Dix-huit élèves du lycée pédagogique de Mukungu ont été définitivement exclus après une fraude organisée avec la complicité d’un enseignant aujourd’hui en fuite. Un épisode qui met en lumière un fléau grandissant dans la province de Burunga : la tricherie scolaire devenue pratique courante.

Ce scandale, survenu à peine un an après un autre cas similaire dans le même établissement, illustre une dérive inquiétante : la fraude scolaire s’installe durablement dans les écoles de la région, au grand désarroi des parents et éducateurs.

Un scandale organisé au cœur de l’école

Selon plusieurs sources internes, les 18 élèves – 16 filles et 2 garçons – ont été surpris avec des copies d’interrogations réutilisées en Psychopédagogie. Ils avaient collecté environ 130 000 francs burundais (Fbu) pour soudoyer leur enseignant, afin qu’il modifie leurs résultats.
Le conseil de discipline, réuni vendredi dernier en présence des parents et du bureau communal de l’Éducation, a confirmé leur exclusion définitive. Les élèves ont reconnu avoir agi sur demande directe de l’enseignant, qui aurait orchestré tout le système.

Depuis plus d’une semaine, ce dernier reste introuvable. Selon des témoins, il aurait quitté la commune de Nyanza en pleine nuit, à bord d’une pirogue.

Un de ses collègues, qui a requis l’anonymat, se dit profondément choqué :

« Il a trahi notre profession. Mais il faut aussi comprendre que certains enseignants, mal payés et sous pression, finissent par franchir la ligne rouge. »

Une répétition troublante

Ce n’est pas la première fois que le lycée pédagogique de Mukungu est éclaboussé par la fraude.
L’année dernière déjà, deux élèves de la section pédagogique avaient été surpris en train de passer l’examen d’État sans avoir validé leur année. L’enquête avait révélé l’implication de la direction de l’école, mais aucune sanction ferme n’avait suivi.
Pour beaucoup d’observateurs, ces cas répétés démontrent que la tricherie n’est plus un accident, mais un système bien enraciné.

Une dérive généralisée dans la DCE de Nyanza

Dans la Direction communale de l’Éducation (DCE) de Nyanza, enseignants et parents dénoncent depuis des années l’achat de points, la manipulation des résultats, la protection d’enseignants fraudeurs et l’absence de sanctions.

« Ici, la tricherie n’est plus une exception, c’est une méthode », confie un éducateur local.

Le phénomène dépasse Mukungu : en octobre dernier, dans la même province, un ancien directeur de l’École fondamentale de Kivumya, en commune de Rumonge, a été révoqué pour avoir vendu les sujets d’examen à certains parents.

Des parents révoltés, une jeunesse désorientée

La colère gronde dans les familles.
Agnès Nduwimana, présidente de l’association Éducation pour Tous, parle d’une « corruption silencieuse » qui détruit les valeurs éducatives :

« Comment nos enfants peuvent-ils apprendre l’effort si certains achètent les notes ? L’école doit redevenir un lieu d’intégrité. »

Des parents réclament la création de cellules anti-fraude dans chaque établissement, composées d’enseignants, de parents et d’élèves, pour surveiller les examens et signaler les abus.

Un système éducatif sous pression

Dans un contexte de salaires faibles, de classes surchargées et de suivi administratif défaillant, les enseignants sont exposés à la tentation.

« Un professeur qui gagne moins de 200 000 Fbu par mois est vulnérable. Il faut réformer le système pour réduire la pauvreté qui nourrit la corruption », explique un enseignant de Nyanza.

Le docteur Pascal Niyongabo, chercheur à l’Université du Burundi, avertit :

« Si l’école perd sa valeur morale, c’est tout le pays qui perd son avenir. »

Les autorités promettent d’agir

Le département communal de l’Éducation à Nyanza a promis de transmettre le dossier à la direction provinciale, voire au parquet, si la corruption est confirmée. Une note interne appelle les chefs d’établissement à renforcer la vigilance et à organiser des séances de sensibilisation sur l’intégrité académique.

« L’éducation doit redevenir un sanctuaire du savoir, pas un marché de la triche », a déclaré un responsable du ministère, joint à Bujumbura, la capitale économique où le siège du ministère est installé.

Un mal enraciné dans la société

Dans les rues de Nyanza, la population s’interroge : la tricherie scolaire ne serait-elle pas le reflet d’un mal plus profond ?

« On dit toujours que celui qui paie passe, alors les gens finissent par y croire », déplore un élève de 9e année.

Restaurer la confiance dans l’école burundaise

Le scandale du lycée de Mukungu révèle une crise de valeurs, nourrie par la pauvreté, la pression sociale et l’absence de contrôle. Mais il offre aussi une opportunité de réforme : replacer le mérite et l’intégrité au cœur de l’éducation.
Comme le dit un enseignant retraité de Rumonge :

« Quand un enfant apprend à tricher à l’école, il trichera dans la vie. C’est là que commence la corruption d’un pays. »

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Photo : des élèves du lycée pédagogique de Mukungu participent à une réunion avec les éducateurs, quelques jours après la découverte d’une affaire de fraude organisée. L’établissement tente de sensibiliser les élèves sur l’intégrité académique et les conséquences de la tricherie. © DR / SOS Médias Burundi
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