Burundi : la lutte contre le Sida au bord d’un recul historique

Burundi : la lutte contre le Sida au bord d’un recul historique

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 1er décembre 2025 —Après deux décennies de progrès significatifs, la lutte contre le VIH/Sida au Burundi traverse une phase critique. Des chiffres encourageants montrent l’efficacité des programmes de dépistage et de traitement, mais une réduction brutale des financements internationaux fragilise aujourd’hui les acquis. Une « crise silencieuse » qui pourrait inverser la tendance, alertent les acteurs du secteur.

Un médecin ayant travaillé dans un service spécialisé de prise en charge à Bujumbura se veut clair : « Le Burundi avait atteint et même dépassé plusieurs objectifs internationaux, mais la dynamique se grippe. Nous avançons désormais dans une logique de survie. »

Des résultats solides… mais fragilisés

Les estimations les plus récentes évaluent entre 79 000 et 81 250 le nombre de personnes vivant avec le VIH dans le pays. En 2023, environ 1 200 nouvelles infections ont été enregistrées, tandis que 1 600 personnes sont décédées du Sida.

La prévalence chez les 15–49 ans demeure relativement basse (0,9 %), mais elle reste plus élevée chez les femmes (1,2 %) que chez les hommes (0,6 %). Des indicateurs qui reflètent l’impact positif des campagnes de prévention, de dépistage et de traitement antirétroviral.

Selon le spécialiste interrogé, le Burundi avait atteint les cibles mondiales 90-90-90 et se rapproche du seuil 95-95-95 :

94 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut,

93 % sont sous traitement antirétroviral,

87 % présentent une charge virale indétectable.

Un tournant inquiétant : baisse des financements

Mais un risque majeur assombrit l’avenir. Depuis 2025, la diminution des contributions des partenaires internationaux — notamment la réduction du soutien du PEPFAR (Plan d’urgence du président des États-Unis lancé en 2003 pour soutenir la lutte contre le Sida) — a profondément affecté l’accès aux services essentiels. Plusieurs structures fonctionnent avec des stocks minimaux, certaines au bord de la rupture.

Dans une structure sanitaire du Burundi, une femme rurale attend une prise en charge médicale. ©SOS Médias Burundi
Dans une structure sanitaire du Burundi, une femme rurale attend une prise en charge médicale. ©SOS Médias Burundi

La transmission mère-enfant, talon d’Achille persistant

Le défi le plus préoccupant reste celui de la transmission mère-enfant, estimée à 15,6 % en 2023, soit plus de trois fois le niveau cible fixé à moins de 5 %.
Une faille qui révèle les difficultés du dépistage prénatal, de l’accompagnement des femmes séropositives et du suivi post-natal.

Les jeunes en première ligne

Parmi les groupes particulièrement exposés figurent les jeunes de 15 à 23 ans, chez qui la prévalence est nettement supérieure à la moyenne nationale. Un signal d’alarme, selon le médecin, qui appelle à renforcer les programmes de prévention ciblés, l’accès aux centres de santé ainsi qu’à une éducation sexuelle adaptée aux réalités actuelles.

Un enjeu mondial qui dépasse les frontières

Selon ONUSIDA, 40,8 millions de personnes vivaient avec le VIH en 2024, avec 1,3 million de nouvelles infections et 630 000 décès enregistrés la même année dans le monde. Les efforts burundais s’inscrivent donc dans une dynamique globale où chaque recul local représente un risque d’embrasement international.

Le Burundi a démontré qu’il pouvait progresser lorsque les moyens sont disponibles. Mais sans ressources durables, le pays pourrait perdre ce qu’il a mis vingt ans à construire. La stabilité des financements, le renforcement du système sanitaire et la protection des populations vulnérables — notamment les jeunes — seront déterminants pour éviter un retour en arrière.

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Photo : Sensibilisation des jeunes exposés au VIH/Sida à cause de la consommation de stupéfiants, une initiative pour prévenir la propagation. © SOS Médias Burundi

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