Nakivale : un recensement du HCR ravive les tensions chez les réfugiés burundais
SOS Médias Burundi
Nakivale, 1er décembre 2025- Au camp de Nakivale, dans le sud-ouest de l’Ouganda, la mise à jour des données menée par le HCR a surpris et déstabilisé une partie des réfugiés burundais. L’opération, qui vise à les reclasser selon trois options — rapatriement, installation durable ou réinstallation dans un pays tiers — réactive des promesses formulées il y a sept ans, que beaucoup ne se rappellent plus avoir faites.
L’exercice, qui s’est achevé la semaine dernière après dix jours d’intenses vérifications, a mobilisé des équipes du HCR quartier par quartier pour collecter, confirmer et actualiser les données des réfugiés burundais installés à Nakivale.
Il s’agit principalement de réexaminer les déclarations effectuées en 2018 et 2019, lorsque nombre d’exilés affirmaient être prêts à retourner au Burundi « une fois la paix revenue ». D’autres avaient exprimé le souhait de s’installer durablement en Ouganda et de continuer à recevoir une assistance, tandis qu’un troisième groupe avançait des raisons valables pour prétendre à une réinstallation dans un pays tiers.
Aujourd’hui, la commission tripartite Burundi–Ouganda–HCR dit vouloir accompagner ceux qui désirent rentrer. Et parmi les critères de référence, la déclaration individuelle enregistrée reste centrale.
Problème : sept ans plus tard, les positions ont changé et les mémoires ont flanché. Certains réfugiés ne se reconnaissent plus dans leurs engagements d’alors.
En 2019, des pétitions exigeant l’organisation de rapatriements volontaires avaient d’ailleurs été déposées, poussant le HCR à engager des opérations similaires en Tanzanie, au Rwanda, au Kenya et en Ouganda.
« C’est pourquoi beaucoup assimilent aujourd’hui l’exercice à une pression au retour. Pourtant, la demande venait aussi des réfugiés eux-mêmes », analyse un leader communautaire burundais.
Il appelle ses compatriotes à mesurer leurs propos avant de les consigner officiellement : « Les paroles enregistrées engagent ».
Plusieurs personnes initialement classées dans la catégorie des candidats au rapatriement cherchent désormais à revoir leur choix. Cela risque d’être difficile.
« Il faudra des arguments solides, car la paix au Burundi est reconnue comme établie par la commission tripartite », confie une source au camp.
Un recenseur confirme que nombreux aspirent à glisser vers les deux autres catégories.
« Nous nous contentons de mettre à jour les fiches. La décision finale revient au HCR et à la commission. Et il y aura des frustrations », admet-il.
Le HCR et l’Office du Premier ministre ougandais chargé des réfugiés assurent qu’aucun retour forcé ne sera imposé. Mais ils invitent les Burundais à éviter les réponses précipitées, « non mûries et irréfléchies », qui pourraient ensuite les desservir.
Ils rappellent que l’opération ne concerne que les Burundais car « ils sont actuellement en phase de rapatriement volontaire ».
Le camp de Nakivale accueille plus de 150.000 réfugiés — dont plus de 33.000 Burundais.
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Photo : Une partie du camp de Nakivale en Ouganda, où un nouveau recensement est en cours. Les réfugiés burundais vivent cette opération avec appréhension, craignant des impacts sur leur sécurité et leur statut. © SOS Médias Burundi
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