Rumonge : des réfugiés congolais interdits de louer des maisons hors du site d’accueil
SOS Médias Burundi
Rumonge, 14 décembre 2025 — Dans la province de Burunga, au sud du Burundi, les autorités communales de Rumonge, une commune portuaire, ont décidé d’interdire aux réfugiés congolais récemment arrivés de louer des maisons en dehors du site d’accueil d’urgence de Mutambara. Présentée comme une mesure sécuritaire, cette décision suscite incompréhension et frustration, tant chez les réfugiés que parmi certains habitants.
Les réfugiés congolais installés provisoirement sur la colline Mutambara ne sont désormais plus autorisés à s’installer dans des habitations privées en dehors du centre d’accueil d’urgence. La décision a été prise lors d’une réunion de sécurité tenue ce vendredi 12 décembre. Selon l’administrateur communal de Rumonge, Augustin Minani, cette mesure vise à préserver la paix et la sécurité dans la commune, confrontée à l’arrivée de plus de 3 000 réfugiés congolais ayant fui principalement la ville de Baraka, dans le territoire de Fizi (Sud-Kivu), depuis le jeudi 11 décembre.
L’autorité communale justifie également cette restriction par la nécessité de mieux contrôler l’identité des personnes accueillies, afin d’éviter toute infiltration d’éléments armés parmi les réfugiés, appelant la population locale à la vigilance.
Du côté des réfugiés, la colère et la détresse sont palpables. Plusieurs dénoncent des conditions de vie précaires.
« On nous interdit de louer des maisons alors que nous passons les nuits à la belle étoile. Les enfants commencent à tomber malades, notamment de maladies respiratoires, parce qu’ils n’ont rien pour se couvrir », témoigne l’un d’eux.
La commune de Rumonge n’est pas un cas isolé. Dans la province de Bujumbura, à l’ouest de la petite nation de l’Afrique de l’Est, l’administratrice communale de Mugere, Adélaïde Hatangayo, a également pris une décision similaire, interdisant aux réfugiés congolais de louer des maisons ou d’être hébergés par des familles burundaises, y compris lorsque celles-ci ont des liens de parenté, d’amitié ou de connaissance avec les personnes fuyant les combats.
Ces décisions interviennent alors que l’afflux de réfugiés congolais se poursuit à un rythme soutenu. Jeudi dernier, l’Office national pour la protection des réfugiés et des apatrides (ONPRA) a indiqué avoir déjà enregistré plus de 20 000 réfugiés congolais depuis le début du mois de décembre, précisant que ces chiffres pourraient doubler, de nombreux Congolais continuant de traverser la frontière par des points non officiels où l’office ne dispose pas d’agents. Avant ce nouvel afflux, le Burundi hébergeait déjà plus de 100 000 réfugiés congolais, selon des chiffres officiels.
Cet afflux massif est directement lié à la dégradation rapide de la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo. La ville d’Uvira, tombée aux mains du M23 dans la nuit du 9 au 10 décembre, est située à seulement quelques kilomètres de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, où sont concentrées l’administration centrale et les principales agences du système des Nations unies. Depuis près de trois décennies, l’est de la RDC est marqué par une escalade quasi permanente des conflits armés impliquant une multitude de groupes armés.
Réactivé en 2021, le M23, un mouvement majoritairement composé de Tutsi congolais, contrôle désormais plusieurs villes du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Uvira. Kinshasa accuse Kigali de soutenir ce groupe rebelle, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994. Le Burundi, pour sa part, a déployé plus de 10 000 soldats en RDC depuis 2023 pour soutenir les FARDC et les milices locales Wazalendo, aggravant la complexité de la situation.
Dans ce contexte de fortes tensions régionales, un accord a été signé à Washington le 4 décembre, sous médiation américaine, entre la RDC et le Rwanda, avec le Burundi représenté en tant qu’observateur par son président, Évariste Ndayishimiye. L’accord prévoit notamment le désarmement des FDLR — que le président congolais Félix Tshisekedi qualifie de « force résiduelle réduite au banditisme » — ainsi que des mesures visant à réduire les tensions dans la région.
Parallèlement à l’arrivée massive de civils, le Burundi continue également d’accueillir des combattants fuyant les affrontements. Des militaires congolais, mais aussi des miliciens congolais et rwandais, ont traversé la frontière ces derniers jours. Ce samedi, au moins 700 d’entre eux ont été reçus à Rumonge, selon des sources locales.
Entre impératifs sécuritaires, pressions humanitaires croissantes et répercussions directes d’un conflit régional de plus en plus volatile, les autorités burundaises font face à un défi majeur, alors que les capacités d’accueil semblent déjà largement dépassées.
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Photo : des réfugiés congolais arrivent par le lac Tanganyika, dimanche 14 décembre, aux rives du Burundi, dans la ville portuaire de Rumonge. ©SOS Médias Burundi
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