Burundi : les réfugiés congolais sous suspicion et pression sécuritaire accrue

Burundi : les réfugiés congolais sous suspicion et pression sécuritaire accrue

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 15 décembre 2025 – Alors que les arrivées de réfugiés en provenance de la République démocratique du Congo (RDC) se poursuivent, plusieurs témoignages recueillis dans les provinces de Bujumbura (ouest), Burunga (sud) et Gitega (centre) font état d’un durcissement généralisé des contrôles sécuritaires, mêlant perquisitions, soupçons d’infiltration rebelle et pratiques assimilées à de l’extorsion.

Perquisitions répétées et intimidations

Selon plusieurs sources concordantes, la police burundaise, souvent accompagnée de membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure, mène des opérations de fouilles systématiques dans des hôtels et des maisons d’hébergement abritant des réfugiés congolais.

Des perquisitions nocturnes ont été rapportées, avec des portes frappées violemment, des chambres fouillées et une présence dissuasive d’Imbonerakure postés aux entrées, équipés de radios de communication. Des responsables d’hôtels et des résidents affirment que ces interventions se déroulent parfois dans un climat intimidant.

Contrôles renforcés sur les routes et surveillance accrue

Les barrières policières ont été renforcées, de jour comme de nuit, sur les principaux axes routiers reliant les différentes provinces. Les contrôles ciblent particulièrement les ressortissants congolais, que ce soit dans les transports en commun ou les véhicules privés.

Parallèlement, des messages circulant sur des groupes de messagerie WhatsApp attribués aux Imbonerakure inviteraient à une vigilance accrue à l’égard des Congolais sur l’ensemble du territoire, renforçant ainsi un climat de méfiance et de surveillance généralisée.

Transferts vers les camps et soupçons d’extorsion

Malgré une directive officielle ordonnant le transfert de tous les réfugiés vers des camps d’accueil, son application semble inégale. Selon plusieurs sources, seuls les réfugiés incapables de verser des sommes d’argent — à partir de 5 000 francs burundais et plus — seraient contraints de quitter les lieux d’hébergement, tandis que ceux disposant de moyens financiers seraient autorisés à rester. Ces pratiques sont qualifiées par certains observateurs d’extorsion présumée.

Suspicion d’infiltration rebelle et tensions régionales

Certains acteurs impliqués dans ces contrôles assimileraient les réfugiés congolais à des rebelles du M23 déguisés, soupçonnés de s’être infiltrés sous couvert de demandeurs d’asile pour préparer d’éventuelles attaques contre le Burundi. Cette perception contribue à renforcer la surveillance généralisée et la méfiance à l’encontre de l’ensemble des réfugiés.

Ces tensions s’inscrivent dans un contexte régional complexe, marqué par l’escalade du conflit à l’est de la RDC, où le M23, désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), continue de contrôler plusieurs localités stratégiques. La proximité géographique du Burundi avec les zones affectées par les combats a accentué la pression sécuritaire, faisant craindre aux autorités burundaises des infiltrations et des perturbations potentielles sur leur territoire.

Appel au respect des droits des réfugiés

À ce stade, aucune réaction officielle n’a été enregistrée de la part des autorités compétentes. Des organisations de défense des droits humains rappellent que les réfugiés doivent être protégés et non criminalisés, et appellent au respect des engagements internationaux du Burundi en matière d’asile et de protection des personnes déplacées.

Deux policiers burundais lors d’une opération de contrôle de nouveaux réfugiés congolais à l’ouest du Burundi, le 11 décembre 2025. ©SOS Médias Burundi
Deux policiers burundais lors d’une opération de contrôle de nouveaux réfugiés congolais à l’ouest du Burundi, le 11 décembre 2025. ©SOS Médias Burundi

Depuis le début du mois, la petite nation de l’Afrique de l’Est a accueilli plus de 40 000 réfugiés congolais, s’ajoutant à plus de 100 000 autres réfugiés congolais installés au Burundi depuis plusieurs années, pour certains. Dans les provinces du sud et de l’ouest, où les réfugiés arrivent en premier lieu avant d’être transférés vers les camps de l’est, les autorités administratives ont interdit aux propriétaires de maisons de les louer ou d’y héberger des réfugiés congolais, invoquant des problèmes de sécurité et menaçant tout récalcitrant.

Contexte régional : le rôle du M23 et des puissances voisines

Réactivé en 2021, le M23 est intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, qui milite pour l’établissement d’un État fédéral en RDC.
Le mouvement contrôle aujourd’hui plusieurs chefs-lieux du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ainsi que des zones minières stratégiques.

Kinshasa accuse de longue date le Rwanda de soutenir le M23 — des accusations que Kigali rejette.
De son côté, le Rwanda accuse la RDC et le Burundi de soutenir les FDLR, un groupe hutu rwandais opérant dans l’est du Congo et accusé d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.

L’accord de Washington, signé le 4 décembre sous médiation américaine entre le Rwanda et la RDC — le président burundais Évariste Ndayishimiye y ayant participé en tant qu’observateur — prévoit notamment le désarmement de ces combattants, que le président Félix Tshisekedi décrit comme « une force résiduelle réduite au banditisme ».

Le Burundi, lui, a déployé depuis 2023 plus de 10 000 soldats en RDC pour appuyer les FARDC, l’armée loyaliste congolaise, et les milices locales Wazalendo entretenues par Kinshasa.

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Photo : des militaires et policiers burundais surveillent et encadrent l’installation de réfugiés congolais dans un camp de police, non loin de la principale frontière de Gatumba–Kavimvira, le 11 décembre 2025. ©SOS Médias Burundi

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