Sud-Kivu : les réfugiés burundais tutsis du camp de Mulongwe réclament leur évacuation face aux menaces des Wazalendo

Sud-Kivu : les réfugiés burundais tutsis du camp de Mulongwe réclament leur évacuation face aux menaces des Wazalendo

SOS Médias Burundi

Gitega, 30 décembre 2025 – Les réfugiés burundais de l’ethnie tutsi, installés dans le camp de Mulongwe, en territoire de Fizi, dans la province du Sud-Kivu, lancent un appel urgent au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et à la Commission nationale pour les réfugiés (CNR) afin d’être évacués vers une zone plus sécurisée. Ils affirment vivre sous des menaces permanentes de la part des miliciens Wazalendo, dans un contexte régional marqué par une escalade des violences et des discours de haine.

Selon plusieurs témoignages recueillis par SOS Médias Burundi, certains réfugiés auraient été arrêtés par des éléments Wazalendo, puis transférés vers la ville de Baraka. D’autres disent ne plus oser quitter le camp, que ce soit pour se rendre aux marchés ou aux champs, de peur d’être assimilés à des groupes armés comme le M23 ou encore RED-Tabara.

« La semaine dernière, quatre membres de notre communauté ont été arrêtés et transférés à Baraka. Pour leur libération, les Wazalendo ont exigé un million de francs congolais par personne, soit environ 400 dollars américains, sous prétexte que nous serions des combattants du M23 ou de RED-Tabara, alors que le M23 se trouve à plus de 120 kilomètres de notre camp », témoigne un réfugié.

Baraka, nouveau centre militaire après la chute d’Uvira

Baraka, une ville située à près de 100 kilomètres au sud d’Uvira, abrite actuellement la majeure partie des généraux Wazalendo ainsi que des responsables des Forces armées de la RDC (FARDC). Cette concentration militaire fait suite à la chute de la ville d’Uvira aux mains du M23, dans la nuit du 9 au 10 décembre 2025.

Depuis cet épisode, les réfugiés tutsis de Mulongwe affirment être systématiquement ciblés, accusés de collusion avec les groupes armés actifs dans l’est de la RDC, uniquement en raison de leur appartenance ethnique.

« Nous vivons sous la menace permanente. À tout moment, nous pouvons être tués. Les Wazalendo sont partout », confie un autre réfugié.

Contexte régional réactivé

Cette situation s’inscrit dans une crise régionale très tendue, marquée par la poursuite des combats dans l’est de la République démocratique du Congo. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le mouvement rebelle M23, tandis que le Rwanda rejette ces accusations et dénonce, de son côté, le soutien présumé de la RDC et du Burundi aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis de 1994.

Dans ce climat de confrontation régionale, les milices Wazalendo, alliées de l’armée congolaise, jouent un rôle central sur le terrain, mais sont régulièrement accusées d’exactions contre des civils, notamment contre des populations perçues comme proches des groupes rebelles.

Le M23, désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), poursuit ses avancées militaires dans le Sud-Kivu, accentuant les tensions ethniques et sécuritaires dans les zones sous contrôle des forces loyalistes.

Discours de haine et insécurité persistante

Les menaces visant les réfugiés burundais tutsis de Mulongwe n’excluent pas les Tutsis congolais. Depuis plusieurs semaines, des élus, des responsables politiques et des acteurs proches du pouvoir multiplient des discours hostiles, allant jusqu’à des appels au lynchage des Tutsis et des rwandophones, sur fond de guerre contre le M23.

Le président congolais Félix Tshisekedi a condamné publiquement ces propos. Toutefois, sur le terrain, les réfugiés affirment que ces déclarations ne se traduisent pas par une amélioration de leur sécurité.

Le week-end dernier, le porte-parole des FARDC, le général Sylvain Ekenge, a été démis de ses fonctions, tout comme un responsable de la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC). Le premier est accusé d’avoir tenu des propos haineux à l’encontre des femmes tutsi, tandis que le second aurait laissé passer ces propos à l’antenne, selon des sources officielles.

Appels pressants à l’évacuation

Les réfugiés de Mulongwe affirment avoir alerté à plusieurs reprises la CNR, sans réponse concrète.

« Nous ne recevons pas suffisamment d’aide alimentaire. Pour survivre, il faut sortir du camp pour cultiver, mais nous ne pouvons pas le faire à cause des menaces. Rester ici, c’est risquer la mort », expliquent-ils.

Ils appellent le HCR, la CNR et le gouvernement congolais, en coordination avec les FARDC basées à Baraka, à faciliter leur évacuation vers une zone plus sûre.

Selon des sources locales et officielles, le camp de Mulongwe, situé en territoire de Fizi, abrite plus de 15 000 réfugiés burundais.

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Photo : des femmes réfugiées du camp de Mulongwe, en RDC, préparent des repas en plein air. Les réfugiés burundais de la communauté tutsi vivent dans des conditions précaires et sous menace permanente des miliciens Wazalendo. Beaucoup n’osent plus quitter le camp pour se rendre aux marchés ou cultiver leurs champs, craignant d’être accusés à tort d’appartenir à des groupes armés et d’être arrêtés ou attaqués. © SOS Médias Burundi

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