Femmes burundaises exploitées à l’étranger : l’État sommé d’agir contre des pratiques proches de l’esclavage

Femmes burundaises exploitées à l’étranger : l’État sommé d’agir contre des pratiques proches de l’esclavage

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 31 décembre 2025- L’association ALUCHOTO, engagée dans la lutte contre le chômage et les atteintes aux droits humains, tire la sonnette d’alarme sur les conditions alarmantes dans lesquelles des femmes burundaises sont recrutées pour travailler à l’étranger.

Lors d’une conférence publique tenue à Muramvya, dans le centre du Burundi, par le chef de l’État le 26 décembre, le président de l’organisation, Vianney Ndayisaba, a dénoncé des abus graves imputés à certaines agences de recrutement, allant jusqu’à évoquer des pratiques assimilables à de l’esclavage moderne.

Selon ALUCHOTO, certaines agences exigeraient des candidates le versement de la moitié de leur salaire avant le départ. Pire encore, celles qui refusent de se plier à ces exigences seraient détenues dans des lieux secrets. Pour l’association, ces méthodes constituent une violation flagrante des droits humains et de la dignité des travailleuses migrantes.

Face à cette situation préoccupante, le Président de la République, Évariste Ndayishimiye, a appelé les autorités compétentes, notamment le ministère de l’Intérieur et celui en charge de la Coopération, à assumer pleinement leurs responsabilités. « Si vous trouvez que parmi ces associations figurent celles qui sont accusées de fautes graves, qu’elles soient directement suspendues », a-t-il ordonné.

Dans la même dynamique, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Édouard Bizimana, a adressé le 22 décembre dernier une note officielle à tous les responsables d’agences de recrutement de travailleurs migrants. Il y rappelle que la migration de la main-d’œuvre doit se dérouler dans un cadre légal et protecteur, plaçant la dignité humaine et la responsabilité de l’État au cœur de toute action.

Pour renforcer ce dispositif, le ministre a annoncé la mise en place d’une fiche d’identification du demandeur d’emploi à l’étranger, un outil administratif destiné à améliorer la traçabilité des travailleurs burundais, à prévenir les abus liés au recrutement et aux retours prématurés, et à affirmer le rôle de l’État comme garant de la protection de ses citoyens. La présentation de cette fiche sera obligatoire avant l’embarquement à l’aéroport.

Par ailleurs, les agences de recrutement doivent désormais fournir un accord de partenariat notarié, signé avec une agence fiable et légalement reconnue par le pays de destination.

Alors que les témoignages d’abus se multiplient, ces mesures sont attendues comme un premier pas vers l’assainissement du secteur. ALUCHOTO et les autres organisations de défense des droits humains restent toutefois vigilantes et appellent à une application stricte de ces décisions pour mettre fin à l’exploitation des femmes burundaises à l’étranger.

Bien qu’aucun chiffre officiel ne soit disponible, plusieurs centaines de femmes et filles burundaises ont quitté le pays pour travailler dans les pays du Golfe au cours des dernières années, parfois via des agences agréées par le gouvernement ou gérées par des membres des forces de sécurité. Le déploiement officiel des premières travailleuses vers l’Arabie Saoudite a eu lieu le 19 mai 2023, et jusqu’en juillet de la même année, plus de 800 femmes ont été envoyées dans le cadre d’une convention signée entre le Burundi et l’Arabie Saoudite, selon la porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

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Photo : une Burundaise arrive à l’aéroport de Bujumbura à bord d’un bus avant de prendre un vol qui l’emmène en Arabie Saoudite, le 17 mai 2023 SOS Médias Burundi

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