REGIDESO à Bujumbura : pénurie, surintensité et abandon des abonnés

REGIDESO à Bujumbura : pénurie, surintensité et abandon des abonnés

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 16 janvier 2026 – À Bujumbura, la capitale économique du Burundi, la colère des abonnés de la REGIDESO ne faiblit pas. La société étatique chargée de la production et de la distribution de l’eau et de l’électricité en milieu urbain est vivement critiquée pour la dégradation persistante de ses services. Entre quartiers plongés dans l’obscurité depuis des années et zones exposées à une surintensité dangereuse du courant, les usagers dénoncent un service public défaillant.

Ngagara : l’obscurité comme quotidien

Dans les quartiers 2, 3, 4 et 5 de la zone Ngagara, en commune de Ntahangwa, dans le nord de la ville, plusieurs habitants affirment vivre sans électricité la nuit — et parfois même le jour — depuis plus de huit ans. Une situation que les riverains ne considèrent plus comme de simples pannes, mais comme une défaillance durable du service public.

« À la tombée de la nuit, c’est l’angoisse », confie N.E., un habitant de la zone. Les enfants sont contraints de réviser leurs leçons à la lueur des bougies, une situation vivement dénoncée par les parents, qui évoquent des risques pour la santé oculaire ainsi que des dangers d’incendie lorsque les bougies ne sont pas correctement éteintes avant le sommeil.

Un immeuble à moitié éclairé dans le centre-ville de Bujumbura, le 8 août 2025. La capitale économique du Burundi subit un black-out total, aggravé par une pénurie chronique de carburant qui complique l’usage des groupes électrogènes.
Un immeuble à moitié éclairé dans le centre-ville de Bujumbura, le 8 août 2025. La capitale économique du Burundi subissait un black-out total, aggravé par une pénurie chronique de carburant limitant l’usage des groupes électrogènes . ©SOS Médias Burundi

Seuls quelques ménages disposant de moyens financiers suffisants parviennent à s’équiper de panneaux solaires, laissant la majorité de la population dans une précarité énergétique prolongée. Une situation qui accentue les inégalités au sein d’une même ville.

Des installations vétustes mises en cause

Les habitants de Ngagara pointent du doigt l’état des infrastructures électriques. Ils demandent à la REGIDESO de remplacer les anciennes installations électriques souterraines, jugées vétustes et inefficaces, par des installations aériennes plus fiables et plus faciles à entretenir.

Des pertes économiques lourdes

Les coupures répétées ont également de lourdes conséquences économiques. Les vendeurs de produits périssables, notamment le lait, subissent des pertes importantes faute de réfrigération. Le problème du chargement des téléphones portables est également récurrent : certains habitants sont contraints de se rendre jusqu’en commune de Mukaza, au centre de la ville, pour recharger leurs appareils, occasionnant des frais de transport supplémentaires.

Nyakabiga : quand l’excès devient un danger

À l’inverse de Ngagara, la zone de Nyakabiga, située au centre de la ville, fait face à un autre dysfonctionnement du réseau électrique : une surintensité du courant. Les habitants dénoncent des pannes fréquentes d’appareils électroménagers et craignent des incendies d’habitations.

« La nuit, on vit dans la peur », témoigne un habitant de Nyakabiga 3 ayant requis l’anonymat. Selon lui, la surintensité du courant constitue un risque réel pour la sécurité des personnes et des biens. Il déplore également que la REGIDESO décline systématiquement sa responsabilité lors des incendies attribués à la qualité du courant fourni.

Un réseau déséquilibré et une gouvernance en question

Pour de nombreux abonnés, la coexistence de la pénurie et de la surintensité révèle un réseau électrique vieillissant, mal entretenu et inadapté à l’expansion urbaine de Bujumbura. L’absence de modernisation suffisante et de mécanismes efficaces d’équilibrage du réseau met en lumière des failles structurelles profondes.

Au-delà des aspects techniques, les usagers dénoncent un manque de communication, l’absence de mécanismes clairs d’indemnisation et une faible prise en compte des plaintes, autant d’éléments qui fragilisent la confiance entre la REGIDESO et la population.

Des appels à des solutions durables

Face à cette situation, les abonnés appellent la REGIDESO à assumer pleinement sa mission de service public, en modernisant ses infrastructures et en garantissant une distribution équitable, stable et sécurisée de l’électricité. Sans réformes profondes, préviennent-ils, les coupures et les risques liés à la surintensité continueront de symboliser l’échec d’un service public pourtant essentiel au développement de la capitale économique du Burundi.

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Photo : en pleine panne d’électricité, une bougie éclaire l’intérieur d’une maison à Bujumbura, en juin 2024. Des coupures généralisées ont paralysé toutes les provinces du Burundi, y compris la capitale économique Bujumbura et la capitale politique Gitega. ©SOS Médias Burundi

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