Buhumuza : le camp de Busuma sous le choc, des centaines de réfugiés congolais meurent dans des conditions indignes
SOS Médias Burundi
Buhumuza, 29 janvier 2026 – Depuis décembre 2025, plus de 300 réfugiés congolais, dont de nombreux enfants et personnes âgées, sont décédés dans le camp de Busuma, en province de Buhumuza à l’est du Burundi, en raison de conditions de vie extrêmement précaires, de maladies infectieuses et du manque d’assistance alimentaire et médicale.
Une crise sanitaire dramatique
Depuis le 10 décembre 2025, le camp de Busuma, situé dans la zone Kayongozi de la commune Ruyigi, en province de Buhumuza à l’est du Burundi, enregistre une série de décès parmi les réfugiés congolais, suscitant une vive inquiétude parmi la population réfugiée et les communautés environnantes.
Selon des informations recueillies sur place et des constats effectués au cimetière local, plus de 300 décès ont été enregistrés, liés à des maladies et à la précarité extrême des conditions de vie. Au 29 janvier 2026, un total de 349 tombes récentes a été répertorié au cimetière de la sous-colline Bikinga, à la périphérie est du camp. Aucun décès récent n’a été signalé parmi la population burundaise voisine.
Les victimes sont principalement des enfants de zéro à cinq ans et des personnes âgées de plus de 70 ans, mais certaines femmes âgées ont également été retrouvées mortes au lever du jour, alors qu’elles semblaient en bonne santé la veille.
Précarité extrême et conditions de vie inhumaines
Les réfugiés dénoncent des problèmes de santé récurrents et des conditions de vie difficiles, notamment :
Malnutrition chez les jeunes enfants
Maladies infectieuses comme le choléra, la dysenterie, la rougeole et le paludisme
Abris insuffisants et exposés au froid
Manque d’eau potable et de bornes fontaines
Distribution alimentaire irrégulière
« Nous vivons dans la crainte, car certains décès seraient liés au grand froid à l’intérieur des abris, provoquant en grande partie des infections pulmonaires », témoigne un réfugié.
Un autre réfugié déplore la lenteur dans la construction des maisonnettes, l’insuffisance des bornes fontaines et la rareté d’eau potable, ainsi que les difficultés liées à la distribution des rations alimentaires. « Certains défunts auraient été victimes de la faim et ne seraient pas morts si l’assistance alimentaire avait été disponible à temps », ajoute-t-il.
Des morts subites et inquiétantes
Certaines victimes sont décédées sans signes précurseurs visibles de maladie, soulevant l’inquiétude parmi les habitants du camp.

Les autorités sanitaires et hôpitaux locaux estiment que ces décès pourraient être liés à la fatigue extrême des réfugiés après les longs trajets parcourus avant leur arrivée au Burundi.
Réaction des autorités et partenaires humanitaires
Les autorités de l’Office national pour la protection des réfugiés et apatrides (ONPRA), en collaboration avec les services sanitaires provinciaux, confirment certains décès depuis le 10 décembre 2025. Elles précisent toutefois que seules trois personnes ont succombé au choléra, les autres étant mortes de causes naturelles.

Fiacre Nkunzimana, responsable à l’ONPRA, rassure : « Aucune alerte médicale ou épidémiologique n’est en cours. Le choléra est maîtrisé. Plus de 184 personnes précédemment confirmées positives au début du mois de janvier sont désormais convalescentes et prêtes à regagner leurs abris. »
Du côté de la Direction provinciale de la santé (DPS) de Buhumuza, des équipes sont déployées pour assurer les vaccinations des enfants et garantir le bien-être des réfugiés et des communautés hôtes, en collaboration avec plusieurs organisations partenaires, dont :
TPO (Transcultural Psychosocial Organization)
Médecins Sans Frontières (MSF)
Organisation mondiale de la Santé (OMS)
Contexte sécuritaire régional
Le camp de Busuma accueille actuellement plus de 70 000 réfugiés congolais, ayant fui les hostilités dans plusieurs cités et localités du Sud-Kivu, à l’est de la RDC, en décembre 2025. Ces violences impliquent les FARDC, appuyées par les troupes burundaises et les milices Wazalendo, contre les rebelles du M23, majoritairement composés de Tutsi congolais, aujourd’hui intégrés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC).
La coalition contre le M23 comprend également les FDLR, accusés d’avoir participé au génocide contre les Tutsis en 1994. L’AFC, dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI), plaide pour l’instauration d’un État fédéral en RDC. Le mouvement contrôle plusieurs zones stratégiques, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux des deux Kivus, ainsi que le site minier de Rubaya, un des plus grands gisements mondiaux de coltan.
Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi, la petite nation de l’Afrique de l’Est a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda, quant à lui, reproche au Burundi et à la RDC leur soutien aux FDLR. Cependant, un rapport du Groupe d’experts des Nations-Unies, qualifié d’« imposteurs » par Kigali, confirme la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des rebelles du M23.

Malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre 2025 sous médiation américaine entre la RDC et le Rwanda, les affrontements se poursuivent sur le terrain. Le Burundi est lié à l’accord comme observateur et y a été représenté par le président Évariste Ndayishimiye.
Appel à l’action humanitaire
Les réfugiés et les humanitaires appellent à une intervention rapide, un renforcement des services de santé et des conditions de vie dignes pour éviter d’autres décès dans le camp de Busuma.
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Photo : des tombes très récentes ont été observées au cimetière de Bikinga, non loin du camp de Busuma, dans la province de Buhumuza à l’est du Burundi. Depuis décembre 2025, plusieurs familles réfugiées dans le camp ont perdu des proches, victimes des conditions de vie extrêmement précaires, du manque d’eau potable, de nourriture et d’accès aux soins de santé. Ce cimetière témoigne tristement du nombre croissant de décès dans la région. ©SOS Médias Burundi
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