Choléra à Nyanza : l’argent de l’eau potable disparu, la population paye avec sa santé
SOS Médias Burundi
Nyanza, 3 février 2026 – Depuis plus de trois ans, le choléra demeure une menace persistante au Burundi. Déclarée officiellement en janvier 2023, l’épidémie continue de faire des victimes, notamment dans le sud du pays. À Buheka, colline de la commune Nyanza en province de Burunga, la maladie frappe une population déjà fragilisée, tandis que des accusations de détournement de fonds pour un projet d’eau potable jamais réalisé refont surface.
Selon des sources locales, 13 personnes issues de 13 ménages distincts ont été hospitalisées à l’hôpital de district de Nyanza-Lac depuis le dimanche 1er février 2026, toutes atteintes par le choléra. Ces cas proviennent de cinq sous-collines sur les huit que compte Buheka, révélant la vulnérabilité de la colline face à l’épidémie.
Une eau de ruisseau devenue une menace pour la vie
La propagation de la maladie est liée au manque chronique d’eau potable. La majorité des habitants de Buheka s’approvisionnent dans les ruisseaux Nyabarere, Muyovozi, Gitimbarwe et Gitotwe, points d’eau considérés comme non potables mais consommés faute d’alternatives. La situation expose quotidiennement la population à des maladies hydriques, le choléra étant devenu endémique dans plusieurs zones depuis la déclaration de 2023.
Un scandale financier derrière une crise sanitaire
L’épidémie ravive également un dossier explosif : celui d’un projet d’adduction d’eau potable lancé en 2020, financé par la population et des partenaires locaux, mais jamais concrétisé.
Selon des témoignages concordants, plus de 100 millions de francs burundais avaient été collectés auprès des habitants de Buheka, soit 8 000 francs par ménage, auxquels s’ajoutaient 10 millions octroyés par le diocèse de Bururi et des fonds envoyés par les ressortissants vivant à l’étranger. Malgré ces ressources, aucun réseau d’eau potable n’a été construit, laissant la population exposée à des risques sanitaires graves. Certains habitants dénoncent même des pressions et intimidations administratives pour obliger à payer.
Des enquêtes exigées et des vies en danger
Face à cette situation, les habitants demandent la reddition de comptes et l’ouverture d’enquêtes indépendantes. Ils pointent du doigt l’ancienne administratrice communale, Marie Goreth Irankunda, ainsi que les responsables administratifs en fonction lors de la collecte des fonds.

Pour eux, la question dépasse le simple aspect financier : elle touche à la survie de la population, alors que le choléra continue de frapper dans la commune.
Une intervention d’urgence jugée insuffisante
Des autorités sanitaires et des organisations partenaires se sont rendues sur la colline Buheka ce lundi pour distribuer une trentaine de pompes et des produits de désinfection aux ménages touchés. Mais pour les habitants, ces mesures sont temporaires et ne résolvent pas le problème de fond. La mise en place effective d’un réseau d’eau potable reste, selon eux, la seule solution durable pour prévenir de nouvelles flambées.
Une menace qui s’étend au-delà de Buheka
La colline Buheka n’est pas un cas isolé. D’autres collines de la commune Nyanza, comme Mukungu, Mugerama et Rubindi, signalent également des cas de choléra, certaines sources évoquant même des pertes en vies humaines. Dans toutes ces zones, les habitants sont contraints de consommer l’eau du lac Tanganyika ou des ruisseaux non traités, malgré les efforts ponctuels des autorités.
Un appel urgent à des solutions durables
Face à cette crise sanitaire et aux accusations de mauvaise gestion des fonds, les habitants de Buheka appellent les autorités à des solutions rapides, transparentes et durables. Pour eux, l’accès à l’eau potable n’est plus un luxe, mais une question de survie, dans une province où le choléra, déclaré en janvier 2023, continue de faire des victimes.
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Photo : des agents de santé en action lors de campagnes de désinfection dans des zones touchées par le choléra et le paludisme. À Nyanza, sur la colline Buheka, la population continue de subir les conséquences de l’épidémie et du manque d’accès à l’eau potable. ©SOS Médias Burundi
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