Burundi : des milliers de réfugiés congolais laissés pour compte, pendant que quelques enseignants rentrent en RDC
SOS Médias Burundi
Bujumbura/Ruyigi, 5 février 2026 – Ce jeudi 5 février, soixante-cinq enseignants congolais réfugiés, installés dans la capitale économique Bujumbura, à quelques kilomètres de la ville d’Uvira, ont été rapatriés sous escorte vers la République démocratique du Congo (RDC), via la frontière de Kavimvira, dans le territoire d’Uvira, province du Sud-Kivu à l’est du Congo. Ce retour encadré, bien que salué, met en lumière l’énorme frustration des milliers d’autres réfugiés encore hébergés au camp de Busuma, situé dans la commune de Ruyigi, province de Buhumuza à l’est du Burundi, dans des conditions difficiles et dans l’incertitude totale quant à leur avenir.
Le camp de Busuma accueille actuellement plus de 70 000 réfugiés ayant fui les combats dans le Sud-Kivu entre le 9 décembre 2025 et le 10 janvier 2026. Depuis cette période, aucun nouvel afflux massif n’a été enregistré, selon les autorités locales.
Selon plusieurs témoignages, la situation humanitaire s’améliore progressivement, notamment en matière d’assistance alimentaire et de services sociaux. Certains réfugiés notent également une évolution positive de la sécurité au Sud-Kivu après le retrait des troupes de l’AFC-M23 de plusieurs localités.
« Le gouverneur est déjà rentré à Uvira, ce qui alimente l’espoir d’un retour progressif à la normale », expliquent-ils.
Les réfugiés favorables au rapatriement comprennent essentiellement des élèves et étudiants dont le parcours scolaire a été interrompu par l’exil. Certains ont fui alors qu’ils étaient en classe terminale, d’autres craignent de perdre leurs années académiques.
À ces catégories s’ajoutent des commerçants inquiets de voir leurs activités économiques s’effondrer, des fonctionnaires souhaitant reprendre leur service au sein de l’administration congolaise, ainsi que des veuves de militaires désirant réclamer les soldes et indemnités de leurs époux décédés.
« Plus nous tardons, plus nous risquons de ne rien bénéficier », confient-elles.
Orphelins et jeunes séparés de leurs familles expriment également leur désir de rejoindre leurs proches restés en RDC. Des responsables religieux souhaitent retourner pour rassembler leurs fidèles et reprendre leurs activités pastorales interrompues par l’exil.
Les réfugiés favorables au retour se heurtent toutefois à des lenteurs administratives et à un manque de coordination de l’Office national de protection des réfugiés et apatrides (ONPRA). Certains accusent leurs compatriotes opposés au rapatriement d’être, pour les uns, des jeunes craintifs et, pour les autres, des personnes espérant une réinstallation en Europe ou aux États-Unis. Ces tensions accentuent les divisions au sein de la communauté réfugiée.
Fiacre Nkunzimana, coordinateur des camps de Busuma, Bwagiriza, Nyankanda et Kavumu, explique :
« Certains réfugiés ne sont pas encore inscrits de manière définitive. D’autres effectuent des allers-retours dans la région, voire quittent le camp clandestinement, à leurs risques et périls. Il est important d’attendre la réception de leurs cartes de réfugiés pour un rapatriement volontaire, bien coordonné et digne de ce nom. »
L’administratrice de la commune de Ruyigi, Diane Niyibitanga, a averti :
« Toute personne impliquée dans des révoltes ou dans des déplacements clandestins, ainsi que tout transporteur ayant facilité ces mouvements, sera sévèrement sanctionnée conformément à la loi burundaise. »
D’autres réfugiés craignent une reprise des hostilités au Congo et préfèrent attendre une stabilisation durable de la situation sécuritaire avant de prendre une décision sur leur retour.
Retour encadré des enseignants depuis Bujumbura
Le rapatriement des enseignants, partis de Bujumbura vers Uvira, vise à relancer progressivement les activités scolaires et permettre la reprise normale des cours dans la province du Sud-Kivu. Cependant, plus de 100 000 réfugiés, majoritairement des enfants et des femmes, restent dans les camps et centres de transit burundais, laissant de nombreux enseignants, élèves et agents de l’État dans l’incertitude.
Un enseignant réfugié s’exprime :
« Nous avons accueilli avec joie le retour de nos collègues, mais pourquoi ceux qui sont dans les camps sont-ils oubliés ? Nous voulons aussi rentrer volontairement pour reprendre notre travail. L’attente prolongée affecte notre moral. Nous demandons un retour digne et sécurisé pour tous afin de préserver l’éducation de nos enfants. »
Pour les parents d’élèves finalistes, l’inquiétude est encore plus grande. Zacharie, parent d’un élève, déclare :
« Mon enfant est finaliste. Il devait passer les examens d’État cette année, mais à cause de la fuite, il se retrouve ici sans solution. Nous ne savons pas ce que le HCR et le gouvernement congolais comptent faire pour permettre à nos enfants de passer ces examens nationaux. Les préliminaires commencent le 14 février et, jusqu’à présent, aucune information claire ne nous est donnée. Nous demandons un couloir humanitaire pour faciliter un retour volontaire, afin que nos enfants puissent continuer leurs études et que nous puissions regagner nos domiciles. Pourquoi continuer à nous maintenir ici ? Cela ne nous apporte rien, si ce n’est servir les intérêts d’autres personnes, pendant que l’avenir de nos enfants est en jeu. »
Contexte sécuritaire régional
Le camp de Busuma accueille des réfugiés ayant fui les violences dans le Sud-Kivu en décembre 2025. Les combats opposaient les FARDC, appuyées par les troupes burundaises et les milices Wazalendo, aux rebelles du M23, majoritairement Tutsi congolais et désormais intégrés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC).
La coalition contre le M23 comprend également les FDLR, accusés de crimes liés au génocide des Tutsis de 1994. L’AFC, dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI), contrôle plusieurs zones stratégiques, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux des deux Kivus, et le site minier de Rubaya, l’un des plus grands gisements mondiaux de coltan, fournissant une part significative du tantale mondial utilisé dans l’industrie électronique et les nouvelles technologies.
Selon le ministère congolais de l’Intérieur, le Burundi a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda reproche au Burundi et à la RDC leur soutien aux FDLR. Le Groupe d’experts des Nations-Unies confirme la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés du M23.
Malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine, les affrontements persistent. Le Burundi est lié à cet accord comme observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.
Entre espoir et prudence
En attendant des décisions concrètes des gouvernements congolais et burundais, avec l’appui du HCR et des partenaires humanitaires, les réfugiés de Busuma restent partagés entre l’espoir d’un retour progressif et la crainte d’un départ prématuré vers une zone encore fragile sur le plan sécuritaire.
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