EAC : réformes financières et tensions politiques autour du statut des députés régionaux
SOS Médias Burundi
Arusha, 25 mars 2026 — La Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) est engagée dans une réforme profonde de son fonctionnement, sur fond de crise financière persistante. Avec plus de 89 millions de dollars d’arriérés de cotisations accumulés par certains États membres, l’organisation tente de se réinventer pour assurer sa viabilité.
Parmi les pays les plus concernés figurent le Burundi, la République démocratique du Congo et le Soudan du Sud, dont les retards de paiement pèsent lourdement sur le budget communautaire.
Des réformes adoptées au sommet d’Arusha
Lors du 25ᵉ sommet des chefs d’État tenu à Arusha le 7 mars 2026, les dirigeants ont adopté un train de réformes visant à restaurer l’équilibre financier de la communauté.
Parmi les principales mesures figurent une nouvelle clé de contribution (50 % égalitaire, 50 % basée sur le PIB), ainsi qu’une réforme majeure concernant l’organe législatif régional, l’East African Legislative Assembly (EALA).
Dès 2027, les députés de l’EALA seront désormais rémunérés par leurs États respectifs et non plus par le budget de l’EAC. Une décision qui vise à alléger les charges financières de l’organisation, les salaires des parlementaires représentant une part importante des dépenses.
Une réforme qui divise
Si cette mesure est présentée comme un pas vers une gestion plus rigoureuse, elle suscite également de nombreuses interrogations. Le transfert de la rémunération des députés vers les États membres pourrait affaiblir l’indépendance de l’EALA, renforcer l’influence des gouvernements nationaux sur les élus régionaux et ralentir le processus d’intégration politique.
Certains analystes estiment que cette réforme, bien que justifiée sur le plan économique, pourrait progressivement transformer le Parlement régional en une institution moins autonome.
Des réactions politiques au Burundi
Au Burundi, cette décision alimente déjà les débats. Le président du parti Uprona, Olivier Nkurunziza, également député à l’EALA, s’inquiète des conséquences d’une telle réforme.
Selon lui, cette mesure risque d’entraîner un traitement inégal entre les députés d’une même institution, ce qu’il juge injuste. Il propose ainsi un mécanisme de contribution plus équilibré : 50 % des contributions répartis de manière égale entre les États membres, et 50 % calculés en fonction du PIB de chaque pays. Une approche qui tiendrait compte des disparités économiques entre le Burundi et des pays comme le Kenya, la Tanzanie ou l’Ouganda.
Concernant la question salariale, il indique que deux options sont actuellement à l’étude : soit chaque État rémunère ses députés selon ses propres moyens, soit un barème uniforme est maintenu, étant donné que tous exercent les mêmes fonctions au sein de l’EALA.
De son côté, le président du parti Codebu, Kefa Nibizi, voit dans cette évolution un signe d’affaiblissement progressif de l’EAC, notamment en matière d’indépendance financière. Selon lui, confier aux États la prise en charge des députés risque de fragiliser davantage l’organisation.
Il appelle ainsi les pays membres à s’acquitter régulièrement de leurs cotisations, rappelant que plusieurs accusent déjà des arriérés importants.
Entre contraintes budgétaires et avenir de l’intégration
Au-delà de la question salariale, ces réformes traduisent une volonté des chefs d’État de sauver une organisation fragilisée par des dysfonctionnements structurels.
Elles posent toutefois une question de fond : peut-on renforcer l’intégration régionale tout en recentrant davantage les responsabilités sur les États?
La décision de faire rémunérer les députés de l’EALA par leurs pays marque un tournant dans l’histoire de la Communauté de l’Afrique de l’Est. Entre impératif budgétaire et risques politiques, cette réforme pourrait redéfinir en profondeur l’équilibre entre souveraineté nationale et gouvernance régionale.
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Photo : les chefs d’État de l’EAC lors d’une rencontre dans la capitale économique du Burundi, Bujumbura, le 4 février 2023. En mars 2026, ils ont adopté une série de réformes visant à renforcer la gouvernance financière et institutionnelle de la Communauté. ©SOS Médias Burundi
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