Gitega : deux meurtres en 48 heures, la population sous le choc et en colère

Gitega : deux meurtres en 48 heures, la population sous le choc et en colère

SOS Médias Burundi

Gitega, 30 mars 2026 — La province de Gitega, au centre du Burundi, a été le théâtre de deux meurtres en l’espace de 48 heures, les 27 et 28 mars 2026. Survenus dans les communes de Bugendana et Gishubi, ces drames ont provoqué une onde de choc au sein des populations locales, qui dénoncent une violence grandissante et exigent des sanctions exemplaires.

Le premier crime s’est produit dans la nuit du vendredi 27 mars, vers 22 heures, au centre de négoce de Kukarukona, sur la colline Nkanda, en commune Bugendana. Selon plusieurs témoins, une altercation aurait éclaté entre un jeune homme, identifié comme Levis Irakoze, 28 ans — et une commerçante, autour d’un différend de 1 000 francs burundais après l’achat d’une boisson.

La situation a rapidement dégénéré. Innocent Nzeyimana, présenté comme membre des Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, régulièrement accusés par des habitants et des organisations de défense des droits humains d’être impliqués dans des violences et de bénéficier d’une impunité persistante, serait intervenu avant de poignarder mortellement le jeune homme. La victime est décédée sur place. Le suspect a aussitôt pris la fuite et reste activement recherché.

Le chef de la colline Nkanda, Alberic Kanyarubira, a confirmé les faits et indiqué qu’une enquête était en cours. La victime a été inhumée le samedi 28 mars.

Moins de 24 heures plus tard, un second drame est venu endeuiller la province. Le samedi 28 mars, sur la colline Nyakanazi, en commune Gishubi, une dispute familiale a viré au tragique. Gislene Ishimwe, élève de 20 ans en 8e année à l’école fondamentale de Ntita, se serait querellée avec sa cousine pour une affaire liée à du maïs.

Selon des sources locales, l’oncle paternel de la jeune fille, Jean Bosco Ndahigeze, est intervenu avant de la rouer de coups. Grièvement blessée, elle a succombé à ses blessures. Son corps a été transféré à la morgue de l’hôpital régional de Ntita.

L’élu local Cyriaque Bizimana a confirmé cette seconde tragédie. Il a indiqué que le présumé auteur a été arrêté le jour même et placé en détention dans les cachots de la police à Gishubi, où une enquête est en cours.

Face à cette double tragédie, la colère gronde sur les collines Nkanda et Nyakanazi. Les habitants dénoncent une banalisation inquiétante de la violence et réclament que justice soit rendue sans délai.

L’an dernier, la Ligue Iteka, pionnière des organisations de défense des droits humains au Burundi, contrainte à l’exil depuis la crise de 2015 déclenchée par le troisième mandat controversé de Pierre Nkurunziza, avait déjà classé la province de Gitega parmi les zones les plus durement touchées par les violences meurtrières.

Depuis le début de l’année 2026, une vingtaine de corps sans vie ont été découverts dans la province, selon un décompte établi par SOS Médias Burundi. Une série macabre qui illustre une insécurité persistante, malgré les discours officiels.

Mais au-delà des chiffres, c’est surtout l’absence de réponses qui indigne. Très peu de résultats d’enquêtes sont rendus publics, et les auteurs présumés sont rarement traduits en justice, dénoncent des habitants.

Pour de nombreux riverains, ce silence des autorités nourrit un profond sentiment d’abandon et renforce l’idée d’une impunité devenue quasi routinière.

À Gitega, comme dans d’autres provinces, ces crimes à répétition ne sont plus perçus comme des faits isolés, mais comme les symptômes d’un système défaillant. Tant que les responsabilités ne seront pas clairement établies et sanctionnées, préviennent des habitants, la violence continuera de s’installer, et avec elle, la peur et la résignation.

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Photo : Des habitants sur le lieu d’une découverte macabre dans la ville de Gitega, alors qu’à Bugendana et Gishubi, d’autres scènes de violence ont été rapportées le week-end du 27 et 28 mars 2026. © SOS Médias Burundi

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