Dégradation des routes au Burundi : un réseau à l’abandon, des usagers à bout
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 30 mars 2026 — À travers le Burundi, les usagers de la route, en particulier les transporteurs de biens et de personnes, tirent la sonnette d’alarme face à la dégradation avancée des infrastructures routières. Entre manque d’entretien, surcharge des véhicules et interventions anarchiques, le réseau routier se détériore à un rythme inquiétant, au détriment de l’économie et de la sécurité.
Partout dans le pays, les conducteurs dénoncent le mauvais état des routes d’intérêt national, provincial et communal. Essentielles au désenclavement du Burundi, pays sans accès à la mer, ces infrastructures souffrent d’un manque criant d’entretien.
Nids-de-poule béants, affaissements, tronçons coupés : selon plusieurs témoignages recueillis, circuler est devenu un véritable parcours du combattant. Dans certaines zones, les routes sont devenues quasi impraticables, exposant les usagers à des risques constants d’accidents.
Un héritage vieillissant négligé
La majorité de ces routes remonte aux années 1977-1985, sous la présidence du colonel Jean-Baptiste Bagaza, souvent considéré par une large partie de l’opinion burundaise comme l’un des rares dirigeants à avoir significativement développé les infrastructures du pays.
Mais depuis, ce réseau vieillissant n’a pas bénéficié de l’entretien nécessaire pour garantir sa durabilité.
« Sans maintenance régulière, toute route finit par se dégrader, surtout sous l’effet du trafic », explique un ingénieur en construction routière, contacté sous anonymat.
Surcharge et non-respect des normes régionales
La situation est aggravée par la surcharge des véhicules de transport de marchandises. Alors que la Communauté d’Afrique de l’Est impose des limites strictes de tonnage, celles-ci sont largement ignorées sur les routes burundaises.
Dans le nord et le nord-est du pays, zones stratégiques de transit, des camions et remorques en provenance de la Tanzanie et du Kenya circulent quotidiennement, accentuant la pression sur des routes déjà fragilisées.
Ce non-respect accélère l’usure des chaussées et compromet la longévité du réseau routier.
Pluies et relief : des facteurs aggravants
Les aléas climatiques jouent également un rôle déterminant. Les fortes pluies provoquent régulièrement des glissements de terrain, des éboulements et la dégradation des systèmes de drainage.
Dans un pays au relief accidenté, ces phénomènes fragilisent davantage des routes déjà fortement détériorées.
Interventions anarchiques en milieu urbain
Dans les grands centres urbains comme Bujumbura (capitale économique), Gitega (capitale politique), ainsi que dans les villes du nord et du nord-est comme Ngozi, Kayanza et Muyinga, les usagers dénoncent des pratiques jugées irresponsables.
Des routes sont fréquemment ouvertes pour l’installation ou la réparation de réseaux par la REGIDESO — la seule entreprise publique en charge de la distribution de l’eau et de l’électricité — ainsi que par l’ONATEL, la compagnie de téléphonie gérée par l’État.
Selon des sources locales, ces travaux sont souvent réalisés sans autorisation préalable, sans remise en état des chaussées, ni mécanisme de garantie pour leur réhabilitation.
« Ces pratiques exposent les usagers à des accidents et aggravent la dégradation des routes », déplore une source locale.
Des axes stratégiques fortement touchés
Plusieurs routes nationales, pourtant vitales pour l’économie, sont aujourd’hui dans un état critique.
Malgré les alertes répétées des usagers, aucune réponse concrète n’a encore été apportée par les autorités compétentes.
Un frein au développement et un danger quotidien
La dégradation du réseau routier impacte directement le transport des marchandises, la mobilité des populations et, plus largement, le développement économique du pays.
Elle constitue également un facteur majeur d’insécurité routière, avec des risques accrus d’accidents.
Une urgence nationale ignorée ?
Face à l’ampleur du problème, les usagers appellent à une intervention urgente des autorités pour réhabiliter les routes, instaurer un entretien régulier, faire respecter les normes de transport et encadrer strictement les interventions des sociétés publiques.
Car au-delà du simple inconfort, c’est toute une économie qui ralentit, et des vies qui sont mises en danger, sur des routes devenues le symbole d’un abandon qui ne dit pas son nom.
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Photo : Des hommes poussent un tricycle embourbé sur une portion dégradée du tronçon Magara–Gitaza, dans le sud-ouest du Burundi, où bus et motos peinent également à circuler. © SOS Médias Burundi
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