Kiremba : le CNDD-FDD contraint les habitants à financer une vache pour son secrétaire général

Kiremba : le CNDD-FDD contraint les habitants à financer une vache pour son secrétaire général

SOS Médias Burundi

Kiremba, 30 mars 2026 — Dans la commune de Kiremba, en province de Butanyerera, au nord du Burundi, la population est prise entre colère et résignation. À quelques jours de la visite du secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, des contributions dites “obligatoires” sont exigées auprès des ménages, commerçants et fonctionnaires. Montants exorbitants pour certains, absence de reçus et passages forcés par les Imbonerakure, membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD souvent redoutés pour leurs méthodes coercitives, suscitent une indignation générale.

Selon plusieurs témoignages concordants, chaque ménage doit verser 2 000 francs burundais, sous peine de “problèmes avec les responsables locaux”. Les fonctionnaires sont sommés de payer entre 3 000 et 5 000 FBu, tandis que les commerçants sont davantage sollicités : chaque individu doit contribuer à hauteur de 10 000 FBu, voire plus selon l’importance de ses activités.

« Nous, les commerçants, sommes toujours les plus visés. Peu importe que l’activité marche ou pas, il faut payer », déplore un vendeur du centre de Kiremba.

Des montants encore plus élevés pour les hauts cadres

Pour les ressortissants occupant des postes importants ou bénéficiant de décrets et d’ordonnances ministérielles, les exigences financières peuvent atteindre entre 100 000 et 500 000 FBu.

« On considère que ceux qui ont des postes importants doivent donner beaucoup plus. Certains paient jusqu’à 500 000 francs sans aucune explication officielle », confie un directeur général sous couvert d’anonymat. Cette catégorisation alimente un sentiment d’injustice parmi la population, déjà exaspérée par la pression financière répétée.

Une collecte destinée à un don symbolique

Selon les informations recueillies, l’argent collecté servirait à acheter une vache, destinée à être offerte au secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, lors de sa visite début avril 2026.

« On nous dit que c’est pour honorer la visite du secrétaire général, mais pour nous, c’est une obligation déguisée », dénonce un habitant.

Une mobilisation assurée par les Imbonerakure

La collecte est coordonnée localement par Juvénal Sindayigaya, responsable du parti dans la commune, qui s’appuie sur les Imbonerakure pour effectuer des passages porte-à-porte.

« Ils viennent à domicile, notent ton nom et le montant donné, mais ne donnent aucun reçu », rapporte un résident. Les noms des contributeurs sont consignés dans des cahiers destinés à la zone ou à la commune, sans aucune preuve officielle remise aux citoyens.

Des militants du CNDD-FDD et leurs soutiens à l’aérodrome de Gitega, la capitale politique du Burundi, en marge d’une croisade organisée par le parti présidentiel. À Kiremba, les habitants dénoncent des contributions obligatoires imposées pour honorer la visite du secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo. © SOS Médias Burundi

Une population à bout

La multiplication de ces collectes provoque un ras-le-bol général, surtout parmi les commerçants. Certains rappellent qu’ils ont déjà contribué récemment pour d’autres événements officiels.

« Il y a à peine un mois, on nous a demandé entre 50 000 et 100 000 francs pour accueillir le gouverneur. Aujourd’hui, c’est encore une autre contribution. C’est trop », s’indigne un commerçant.

Des inquiétudes sur la transparence et la légalité

L’absence de reçus et le caractère obligatoire de ces contributions suscitent des interrogations sur la transparence et la destination réelle des fonds.

« Quand il n’y a pas de reçu, comment prouver qu’on a payé ? Et où va réellement cet argent ? », s’interroge un citoyen. Pour beaucoup, ces pratiques devraient être encadrées afin de garantir le respect des droits des habitants et assurer une meilleure traçabilité des contributions.

Depuis l’arrivée du CNDD-FDD au pouvoir en 2005, à la suite de l’accord d’Arusha d’août 2000, ces pratiques de collectes forcées, orchestrées par des structures du parti et ses Imbonerakure, sont devenues monnaie courante, suscitant critiques et méfiance au sein de la population locale.

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Photo : Le président Évariste Ndayishimiye salue les militants du CNDD-FDD au centre de la scène, aux côtés de Révérien Ndikuriyo, secrétaire général du CNDD-FDD, et Cyriaque Nshimirimana, secrétaire général adjoint, lors du congrès extraordinaire du 25 janvier 2026 à Gitega. À Kiremba, les habitants dénoncent des contributions obligatoires imposées pour honorer la visite du secrétaire général du parti. © SOS Médias Burundi

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