Burundi : des militaires accusés de sécuriser des exploitations minières illégales sur des terres expropriées

Burundi : des militaires accusés de sécuriser des exploitations minières illégales sur des terres expropriées

SOS Médias Burundi

Bujumbura/ Burunga, 9 juin 2026 – Des habitants de plusieurs localités des provinces de Burunga, dans le sud du Burundi, et de Bujumbura, dans l’ouest du pays, dénoncent l’occupation de leurs terres au profit d’activités minières qu’ils jugent illégales. Selon leurs témoignages, des militaires burundais assureraient la protection de sites d’extraction d’or et de fer exploités sans consultation préalable des propriétaires ni indemnisation. Les populations concernées évoquent des intimidations, des violations présumées de la législation minière et s’interrogent sur les bénéficiaires réels de ces opérations menées sous haute surveillance militaire.

Selon plusieurs témoignages recueillis par SOS Médias Burundi ainsi que des sources militaires, des soldats de l’armée burundaise sont déployés autour de différents sites d’exploitation minière situés dans les zones Burambi et Maramvya de la commune Rumonge, dans plusieurs localités de la commune Matana, en province de Burunga, ainsi que sur la colline Ruteme, en zone Bugarama de la commune Muhuta, province de Bujumbura.

D’après ces sources, les militaires assureraient la sécurité d’équipes d’orpailleurs qui exploitent les gisements jour et nuit. Le minerai extrait serait ensuite acheminé vers la colline Mutambara, en commune Rumonge, où un site de traitement des minerais fonctionnerait depuis plus de deux ans dans une grande discrétion.

« Nous voyons des militaires lourdement armés camper sur nos terres. Ils protègent les personnes qui extraient l’or dans nos propriétés alors qu’aucun accord n’a été conclu avec nous », déplorent plusieurs propriétaires fonciers rencontrés dans les zones concernées.

Les habitants affirment que leurs terres ont été transformées en sites miniers sans leur consentement. Ils dénoncent une expropriation de fait et réclament des compensations financières pour les pertes subies. Selon eux, la présence permanente des militaires découragerait toute contestation et empêcherait les victimes de faire valoir leurs droits.

« Les exploitants se servent de la protection militaire pour intimider les propriétaires et réduire au silence ceux qui tentent de réclamer des explications », accuse un habitant de la commune Rumonge.

Les critiques visent également les autorités administratives locales, accusées de garder le silence face à une situation qui affecterait plusieurs centaines de ménages.

Selon certaines sources proches du ministère de l’Énergie et des Mines, ces activités ne seraient pas connues des services compétents. Pourtant, les témoignages recueillis indiquent que l’exploitation s’étend sur plusieurs communes des provinces de Burunga et de Bujumbura.

En plus des sites aurifères de Rumonge, Matana et Muhuta, des opérations d’extraction de minerai de fer seraient également en cours dans la zone Butare, commune Makamba, province de Burunga. Là aussi, les habitants dénoncent des méthodes similaires caractérisées par des pressions exercées sur les propriétaires fonciers afin de les réduire au silence.

Des sources locales affirment que ces exploitations seraient réalisées en dehors des procédures prévues par la législation minière burundaise. Elles soutiennent que les exploitants ne présenteraient pas les autorisations normalement délivrées par l’Office burundais des mines et carrières (OBM).

Selon ces mêmes sources, toute activité minière est soumise à une autorisation préalable ainsi qu’au respect d’obligations environnementales strictes, notamment la réhabilitation des sites après exploitation et la protection des intérêts des communautés riveraines.

Les habitants interrogés estiment que ces exigences ne seraient pas respectées. Ils affirment également qu’aucune information n’est disponible concernant les quantités de minerais extraites ni leur destination finale.

Depuis plus de deux ans, le site de traitement de minerais de Mutambara fonctionnerait dans une grande opacité, selon plusieurs riverains. Malgré l’intensité des activités observées sur place, peu d’informations filtreraient sur la provenance des minerais traités, les autorisations accordées ou les bénéficiaires des opérations.

Par ailleurs, plusieurs témoins déclarent avoir observé à de nombreuses reprises le passage de hauts responsables militaires à proximité des sites concernés, notamment celui du chef d’état-major général de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB), le général Prime Niyongabo. Ces observations alimentent les interrogations des populations locales quant aux personnes ou institutions qui profiteraient réellement de ces exploitations minières.

SOS Médias Burundi n’a pas été en mesure d’obtenir les noms des collines concernées dans la commune Matana ni de recueillir les réactions du ministère de l’Énergie et des Mines, de l’Office burundais des mines et carrières ou de l’état-major de la FDNB.

____________________________________________

Photo : Des orpailleurs actifs sur des sites d’extraction d’or à Cibitoke, tandis que des militaires sont déployés autour de certaines zones minières pour en assurer la sécurisation, alors que dans les provinces de Bujumbura et Burunga, des habitants dénoncent l’exploitation anarchique des ressources, la dégradation des terres et les tensions autour du partage des bénéfices miniers. © SOS Médias Burundi

Previous Photo de la semaine - Burundais en quête de visa : l’administration Trump impose un véritable parcours du combattant
Next Burundi : patriotisme célébré à Gitega sous tension politique

You might also like

Gouvernance

Kiremba : le retard des engrais et l’inaction des autorités menacent la sécurité alimentaire des agriculteurs

SOS Médias Burundi Kiremba, 26 février 2026- Dans la commune de Kiremba, en province Butanyerera, dans le nord du Burundi, les agriculteurs vivent une saison particulièrement anxiogène. Alors que la

Gouvernance

Rumonge : le président Ndayishimiye s’en prend à ceux qui dénigrent la vision 2040-2060

Lors de l’ouverture d’un nouveau bâtiment du bureau provincial de la province de Rumonge au sud-ouest du pays, le président Évariste Ndayishimiye s’en est violemment pris aux personnes « qui détournent

Gouvernance

Giharo : détournement des fonds destinés au matériel pédagogique

Depuis le début de cette année scolaire, les enseignants des écoles du cycle fondamental en commune Giharo, dans la province de Rutana (sud-est du Burundi) n’ont pas eu de matériel