Révérien Ndikuriyo célèbre sa réélection au prix de contributions forcées
SOS Médias Burundi
Burunga, 6 avril 2026 — Ce lundi, la province de Burunga, au sud de la petite nation de l’Afrique de l’Est, a été le théâtre de cérémonies présentées comme festives pour célébrer la réélection de Révérien Ndikuriyo au poste de secrétaire général du CNDD-FDD. Officiellement organisées pour féliciter le dirigeant, ces manifestations ont surtout été marquées par des contributions financières imposées à différentes catégories de fonctionnaires et d’agents publics, suscitant indignation et désarroi.
Selon plusieurs témoignages, les montants exigés ont été strictement répartis : plus de 50 000 francs burundais pour les chefs de département de l’éducation, 50 000 pour les chefs de services, 20 000 pour leurs conseillers, 5 000 pour les secrétaires, 20 000 pour les chefs de services zonaux, au moins 5 000 pour les secrétaires zonaux, 15 000 pour les directeurs d’écoles, et un minimum de 5 000 francs pour les enseignants et encadreurs.
Derrière ces chiffres, ce sont des réalités humaines douloureuses qui émergent. « On nous demande de contribuer alors que nous peinons déjà à subvenir aux besoins de nos familles », confie un enseignant, la voix chargée d’amertume. Pour beaucoup, ces prélèvements s’apparentent à une contrainte difficilement soutenable dans un contexte économique déjà fragile.
Plus grave encore, certains chefs de services affirment avoir été contraints de verser jusqu’à 250 000 francs burundais, une somme largement au-dessus des montants annoncés officiellement. « C’est une pression énorme. Refuser n’est pas une option. Mais payer, c’est s’endetter ou sacrifier les besoins essentiels de nos foyers », témoigne l’un d’eux, sous couvert d’anonymat. L’objectif global de la collecte aurait atteint 115 millions de francs burundais.
Au chef-lieu de la province, à Makamba, une vache, plusieurs moutons et divers paniers ont été offerts dans une mise en scène de générosité, contrastant fortement avec les sacrifices imposés en amont. Dans d’autres provinces, comme Butanyerera au nord, des prélèvements similaires ont été signalés, faisant craindre une généralisation de ces pratiques.
Explications et justification du CNDD-FDD
Sur son compte X (anciennement Twitter), le CNDD-FDD, ancienne rébellion Hutu au pouvoir au Burundi depuis 2005 à la suite de l’accord d’Arusha d’août 2000, a précisé que la tournée nationale de Révérien Ndikuriyo, entamée le 2 février 2026, couvrait les 42 communes du pays conformément au nouveau découpage administratif adopté lors des législatives de 2025. Cette démarche visait à consolider les structures du parti, renforcer la cohésion des leaders locaux et accélérer la mise en œuvre des projets issus du Congrès national extraordinaire du 25 janvier 2026, dans le cadre de la Vision 2040-2060, selon l’annonce du CNDD-FDD.
La Vision 2040-2060, présentée par le parti et les institutions qui en découlent, ambitionne de faire du Burundi un pays émergent d’ici 2040 et un pays pleinement développé en 2060. Toutefois, de nombreux observateurs locaux et étrangers la jugent utopique, alors que le pays reste classé parmi les plus pauvres du monde, confronté à des défis économiques, sociaux et infrastructurels majeurs, auxquels s’ajoutent la corruption à outrance et les violations des droits humains.

Lors des rencontres de terrain, les leaders communaux ont été outillés et encouragés à incarner un leadership de proximité, à promouvoir les valeurs collectives et à investir dans l’éducation et la jeunesse via le programme TURERERE UBURUNDI. Les reporters de SOS Médias Burundi ont observé que, dans la plupart des cas, même des correspondants de la presse gouvernementale n’étaient pas autorisés à suivre librement les activités, révélant une communication très encadrée autour de la tournée.
Révérien Ndikuriyo a été reconduit pour un second mandat au poste de secrétaire général du CNDD-FDD à l’issue d’un congrès extraordinaire électif tenu le 25 janvier 2026 dans la capitale politique, Gitega. Le congrès a réuni 1 288 congressistes, dont 1 212 ont pris part au vote, soit un taux de participation de 98,69 %. Il a été largement élu, confirmant ainsi son contrôle sur l’appareil du parti.
Cette réélection et la tournée qui l’a suivie mettent en lumière les tensions entre la mise en avant d’une image de développement et les réalités socio-économiques lourdes pour la population, soumise à des contributions forcées et contraintes financières. M. Ndikuriyo est originaire de la province de Burunga, désormais au cœur des critiques.
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Phpto : le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, à Gitega le 25 janvier 2026, suite à sa réélection. Ses visites à Burunga et ailleurs ont mis en lumière des contributions financières forcées pour certains fonctionnaires et agents publics.©SOS Médias Burundi
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