Kigoma : la traque des réfugiés burundais plonge camps et familles dans la peur
SOS Médias Burundi
Kigoma, 8 avril 2026 — La tension monte dans le nord-ouest de la Tanzanie. Les autorités de la région de Kigoma, qui abrite les camps de Nduta et Nyarugusu, ont annoncé une vaste opération de traque visant les immigrants clandestins. Dans leur viseur : des milliers de réfugiés burundais soupçonnés de se cacher pour échapper à des rapatriements forcés.
Le gouverneur régional, Simon Sirro, a présenté vendredi dernier les détails de l’opération devant des responsables policiers, militaires et des agents de l’immigration.
« Tous les réfugiés qui se cachent dans différents quartiers et villages doivent être recherchés, présentés à la justice comme des immigrants clandestins, puis remis à leur pays d’origine », a-t-il déclaré. L’opération, prévue pour durer sept à dix jours après la fête de Pâques, s’inscrit dans le cadre de la fermeture progressive du camp de Nduta.
Après la destruction de leurs maisons au camp de Nduta, des réfugiés sont contraints de passer la nuit dans des habitations précaires, couverts de pagnes et de restes de bâches, témoignant de la dureté de leur quotidien. © SOS Médias Burundi
Peur et angoisse : récits des réfugiés
Jean*, 32 ans, confie : « Chaque fois que quelqu’un frappe à la porte ou qu’un véhicule de police passe, mon cœur s’arrête. Nous savons que si nous sommes attrapés, c’est le rapatriement forcé. La population locale pourrait nous dénoncer… c’est comme vivre dans un piège permanent. »
Marie*, mère de trois enfants, raconte : « Mes enfants ne jouent plus dehors. Chaque bruit nous fait sursauter. Nous n’avons plus de sécurité, même dans nos tentes. »
Samuel*, réfugié dans un hangar de Nduta, ajoute : « Une partie de nos maisons a été démolie. Nous dormons à cinq familles dans un seul hangar. Il n’y a ni lits ni couvertures suffisantes. Les enfants tombent malades à cause de la promiscuité. »

Discrimination sanitaire : les enfants burundais oubliés
La situation sanitaire accentue le sentiment d’injustice. Le camp de Nyarugusu abrite des Burundais et des Congolais, mais seuls les premiers sont ciblés.
« Les enfants de neuf mois, un an et cinq ans ont été refoulés des centres de vaccination. On nous a dit que le stock était épuisé… uniquement pour nous, les Burundais », explique un agent communautaire de santé. « Les enfants congolais, eux, ont été vaccinés normalement. C’est cruel et discriminatoire. »

Nyarugusu, Tanzanie : plusieurs dizaines de réfugiés burundais dorment à même le sol, en attente de rapatriement après la destruction de leurs maisons. © SOS Médias Burundi
Arrestations et détentions
Environ 4 000 Burundais sont actuellement détenus dans des cachots en Tanzanie pour non-respect des normes locales, selon le ministre burundais des Affaires étrangères, Edouard Bizimana.
Clarisse*, réfugiée à Nyarugusu, témoigne : « J’ai vu des familles emmenées au cachot simplement parce qu’elles n’avaient pas les bons papiers. Des enfants et des mères pleuraient, sans savoir pourquoi ils étaient arrêtés. »
Les ONG tirent la sonnette d’alarme
Plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent la dégradation « alarmante » des conditions de vie dans les camps de Nduta et Nyarugusu. Elles accusent les autorités tanzaniennes de procéder à des rapatriements forcés, en violation du principe international de non-refoulement, malgré les alertes du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Les ONG insistent : tout rapatriement doit rester volontaire, sûr et digne, ce qui, selon elles, n’est pas respecté dans les camps tanzaniens.
Une prolongation qui aggrave le calvaire
Initialement prévus pour fermer fin mars et fin juin 2026, les camps de Nduta et Nyarugusu resteront ouverts un mois supplémentaire, officiellement pour mieux organiser les retours. Pour les réfugiés, cette prolongation ne fait que prolonger l’angoisse et les conditions de vie déjà très difficiles.
La Tanzanie accueille encore plus de 100 000 réfugiés burundais, majoritairement arrivés après la crise de 2015 liée au troisième mandat contesté du président Pierre Nkurunziza. Aujourd’hui, leur avenir reste incertain, entre rapatriements forcés, peur de la traque et conditions de vie précaires.
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Photo : Simon Sirro, à la tête de la région de Kigoma, a ordonné une opération de recherche et rapatriement des réfugiés burundais © DR/SOS Médias Burundi
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