Rapatriement des réfugiés congolais : Kinshasa et Gitega enclenchent un retour sensible dans un contexte sécuritaire encore fragile à l’Est de la RDC
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 22 avril 2026 — Le gouvernement burundais, en partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), annonce le lancement officiel des opérations de rapatriement volontaire et assisté des réfugiés congolais vivant sur le sol burundais. Ces opérations débuteront ce jeudi 23 avril 2026.
Ce programme concerne, dans une première phase, les réfugiés enregistrés sur le site de Busuma, en province de Butanyerera, dans l’est du Burundi. Seules les personnes disposant du statut officiel de réfugié sont concernées par ce retour. Les autorités précisent que la priorité sera accordée aux ménages avec enfants en âge scolaire, notamment ceux engagés dans les examens nationaux, aux personnes vulnérables ainsi qu’à certains fonctionnaires.
Fazili, réfugiée congolaise installée depuis trois mois sur le site de Busuma, décrit un sentiment partagé : « J’ai quitté Kiriba en laissant mes parents âgés au Congo. Aujourd’hui, je suis sur la liste des personnes qui vont rentrer. C’est un soulagement, mais aussi une grande inquiétude face à l’avenir », confie-t-elle.
Les opérations concernent plusieurs zones de la République démocratique du Congo, notamment Uvira et sa ville, l’axe Uvira–Mboko–Baraka–Fizi ainsi que la plaine de la Ruzizi reliant Uvira, Kiriba et Runingu.
À Kinshasa, la capitale du Congo, les autorités affirment que plus de 43 000 réfugiés ont déjà regagné le Sud-Kivu depuis l’ouverture de la frontière burundo-congolaise en mars dernier. Celle-ci avait été fermée après la prise de la ville d’Uvira, située à quelques kilomètres de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, par les rebelles du M23 en décembre 2025, avant leur retrait un mois plus tard.

La frontière de Gatumba, principal point de passage où devront transiter les réfugiés congolais dans le cadre des opérations de rapatriement volontaire vers la République démocratique du Congo. © SOS Médias Burundi
Un conflit régional aux conséquences humanitaires persistantes
Le site de Busuma accueille des civils ayant fui les violences dans plusieurs localités du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, en décembre 2025.
Ces affrontements opposent les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par des troupes burundaises et des milices Wazalendo, aux rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), désormais intégrés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC).
La coalition anti-M23 inclut également les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), accusées d’avoir participé au génocide contre les Tutsis en 1994.
L’AFC est dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la RDC. Le mouvement contrôle plusieurs zones stratégiques, dont Goma, Bukavu et le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde.
Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur consulté par SOS Médias Burundi, le Burundi aurait déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025.
Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda reproche au Burundi et à la RDC leur appui aux FDLR. Malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre 2025 sous médiation américaine entre la RDC et le Rwanda, les combats persistent sur le terrain. Le Burundi participe au processus en qualité d’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.

Encadrement humanitaire et situation des réfugiés
Le HCR et les autorités burundaises réaffirment leur engagement à accompagner les réfugiés à chaque étape du processus, en garantissant des conditions de retour dignes, volontaires et sécurisées.
À ce jour, le Burundi accueille environ 200 000 réfugiés congolais répartis dans cinq camps officiels et deux sites de regroupement. Une partie vit également en milieu urbain, notamment à Bujumbura et à Rumonge, la ville portuaire du sud-ouest, certains depuis plus de vingt ans. Les réfugiés du site de Busuma y ont été installés entre décembre 2025 et janvier 2026.
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Photo : Une foule de réfugiés congolais, visiblement affamés, fait la queue sous le hangar de Caritas à Busuma, structure du réseau mondial de la charité catholique, dans l’attente d’une assistance humanitaire. Décembre 2025. © SOS Médias Burundi
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