Photo de la semaine – Tanzanie : le camp de Nduta définitivement fermé
Depuis le jeudi 30 avril, le camp de réfugiés burundais de Nduta, en Tanzanie, n’est plus fonctionnel. Il a été officiellement fermé et aucun réfugié n’y reste désormais.
Le dernier convoi de réfugiés burundais en provenance du camp de Nduta est parti tôt jeudi matin, vers 6 heures, selon plusieurs sources concordantes.
« Ceux qui y restaient étaient pratiquement constitués de personnes âgées ou encore de malades, comme une femme qui a accouché par césarienne mardi dernier à Kibondo et qui ne pouvait pas marcher aisément », témoigne l’un des derniers réfugiés arrivés à Mishiha, dans l’est du Burundi, jeudi après-midi.
C’est le ministre tanzanien de l’Intérieur, Patrobas Katambi, qui a procédé à la fermeture officielle du camp de Nduta, situé dans le district de Kibondo, dans la région de Kigoma, au nord-ouest de la Tanzanie. Arrivé mercredi dans cette région pour une visite de deux jours, il a indiqué que cette mesure impliquait la remise des infrastructures et équipements permanents au gouvernement tanzanien pour d’autres usages.
Selon les autorités tanzaniennes, cette décision s’inscrit dans le cadre de l’accord tripartite entre la Tanzanie, le Burundi et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) visant à encourager le rapatriement volontaire des réfugiés burundais vers leur pays d’origine.
Cet exercice fait suite à une demande du gouvernement burundais visant à prolonger jusqu’à la fin du mois d’avril la mise en œuvre du plan de rapatriement. Celui-ci prévoit également le retour des réfugiés burundais vivant dans le camp de Nyarugusu d’ici le 30 juin 2026.
Le gouvernement tanzanien a qualifié cette initiative de « réussite majeure dans la gestion des défis liés à la présence des réfugiés », tout en affirmant vouloir renforcer la sécurité et réhabiliter les terrains des camps au profit des communautés locales.
Près de 15 000 Burundais auraient été rapatriés en trois jours depuis lundi dernier, dans des conditions jugées inhumaines par plusieurs réfugiés concernés.
Relocalisation contestée
Au cours des derniers jours, environ 198 familles ont été transférées du camp de Nduta vers celui de Nyarugusu, toujours en Tanzanie, officiellement pour bénéficier d’une « protection internationale ».
Ces familles ont été sélectionnées à l’issue d’un processus dénoncé comme opaque par plusieurs réfugiés et organisations de défense des droits humains. Cette opération a été menée conjointement par les autorités tanzaniennes et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Présentés comme une mesure de protection, ces transferts suscitent toutefois de nombreuses inquiétudes et sont perçus par plusieurs réfugiés comme une tentative de masquer des violations des droits des réfugiés.
« Comment expliquer que sur plus de 50 000 réfugiés burundais, moins de 500 personnes seulement nécessiteraient une soi-disant protection internationale ? », s’interroge un réfugié burundais.
Selon plusieurs témoignages, des allégations de corruption et de manipulation des listes circulent également. Des personnes proches du gouvernement burundais auraient été incluses parmi les réfugiés autorisés à rester.
« Il s’agirait notamment de membres des milices Sungusungu, des gardiens civils composés de réfugiés burundais proches des autorités tanzaniennes et burundaises, opérant dans les camps pour surveiller, intimider et harceler les autres réfugiés », affirme une source réfugiée.
À Nyarugusu, les personnes transférées sont actuellement installées dans le centre de transit, en attendant leur réinstallation dans la partie congolaise du camp, la section burundaise étant en cours de démolition.
Tentatives de fuite et craintes sécuritaires
Au cours des deux dernières semaines, plusieurs réfugiés ont été interceptés alors qu’ils tentaient de rejoindre d’autres pays, notamment l’Ouganda, le Kenya, la Zambie ou encore le Rwanda.
« Ceux-là ont été directement renvoyés au Burundi sans aucune autre forme de procédure d’enregistrement. Nous craignons pour leur sécurité, car beaucoup sont d’anciens militaires ou de jeunes étudiants ayant participé aux manifestations contre le pouvoir en 2015 », explique un réfugié burundais ayant réussi à rejoindre le camp de Mahama, au Rwanda, avec sa famille « par un véritable chemin de croix ».
Le camp de Nyarugusu, dernier camp accueillant encore environ 22 000 réfugiés burundais en Tanzanie, redoute désormais de subir le même sort que Nduta.
Risques en cas de retour
Selon plusieurs organisations burundaises de défense des droits humains, de nombreux rapports documentent des cas de persécutions, d’arrestations arbitraires et de disparitions forcées visant des réfugiés après leur retour au Burundi.
« À leur arrivée, les rapatriés sont étroitement surveillés et fréquemment pris pour cibles par les Imbonerakure », dénoncent-elles dans une déclaration récente, faisant référence à la ligue des jeunes du parti au pouvoir au Burundi.
Certaines personnes contraintes au retour auraient déjà fui de nouveau le pays, tandis que d’autres disent vivre dans la peur permanente d’être arrêtées ou de disparaître.
Dans le contexte préélectoral actuel, ces organisations craignent que les rapatriements massifs transforment des personnes nécessitant une protection internationale en cibles politiques, dans un climat marqué par une recrudescence des violations des droits humains à l’approche des élections.
Elles dénoncent également le rôle du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), accusé d’avoir failli à sa mission de protection des réfugiés, ainsi que l’inaction de la communauté internationale.
Le HCR a lui-même reconnu des manquements dans l’application de l’accord tripartite et exprimé de sérieuses préoccupations face à l’usage de mesures coercitives, notamment la démolition des habitations dans les camps de réfugiés.
À ce jour, ces alertes n’ont toutefois pas été suivies de mesures concrètes permettant d’enrayer la détérioration de la situation sur le terrain.
Selon plusieurs activistes burundais des droits humains, la fermeture des camps de réfugiés burundais en Tanzanie fait désormais peser un risque grave et immédiat de nouveaux rapatriements forcés, en violation du principe de non-refoulement consacré par la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés.
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Notre photo : une pancarte indique l’emplacement du camp de réfugiés de Nduta, en Tanzanie. Il a été définitivement fermé après le départ des derniers réfugiés burundais, mettant fin à plusieurs années d’accueil sur ce site
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