Musenyi : des réfugiés commerçants réclament la libre circulation pour survivre
SOS Médias Burundi
Musenyi, 4 mai 2026 — Dans le site de réfugiés de Musenyi, situé en commune Musongati dans la province de Burunga, au sud-est du Burundi, la question de la libre circulation devient un enjeu majeur pour la survie économique des habitants. Ce camp accueille près de 22 000 réfugiés congolais, dont une grande partie dépend du petit commerce pour compléter l’assistance humanitaire devenue insuffisante face à la hausse du coût de la vie.
Pour quitter le site, les réfugiés doivent obligatoirement obtenir un billet de sortie délivré par l’administration. Mais selon plusieurs témoignages recueillis sur place, l’accès à ce document reste difficile en raison du nombre élevé de demandes et des délais d’attente prolongés. Certains réfugiés affirment devoir patienter plusieurs jours avant d’obtenir l’autorisation de déplacement.
Cette situation affecte particulièrement les commerçants du camp, qui s’approvisionnent régulièrement dans les marchés de Rubaho, Makamba, Rumonge, Bujumbura ou encore Gitega.
« J’ai passé deux jours à chercher un billet de sortie pour aller acheter des marchandises à Rumonge », raconte Imani, un réfugié commerçant. « Finalement, je l’ai obtenu difficilement, mais j’avais déjà perdu plusieurs opportunités commerciales. On nous encourage à devenir autonomes, mais sans liberté de mouvement, cela devient presque impossible. »
Le réfugié évoque également des conditions de vie de plus en plus précaires. « Les 30 000 francs burundais distribués par personne ne suffisent plus. Les prix augmentent constamment et beaucoup de familles survivent grâce au commerce. Sans circulation, nous ne pouvons ni travailler ni nourrir correctement nos familles », explique-t-il.
Ces revendications interviennent dans un contexte sécuritaire tendu. Ces derniers jours, plusieurs réfugiés congolais auraient été arrêtés après avoir tenté de quitter le camp sans autorisation. Des barrières ont également été installées sur certaines collines entourant le site. Selon des habitants, une partie de ces points de contrôle serait tenue par des membres des Imbonerakure, la ligue des jeunes affiliée au parti au pouvoir, le CNDD-FDD.
L’administration du site justifie toutefois ces restrictions par des impératifs sécuritaires et organisationnels. Une source administrative rappelle que, même si la législation burundaise reconnaît la liberté de circulation des réfugiés dans leur commune d’accueil, certaines limitations peuvent être appliquées selon le contexte.
« Nous avons défini des limites de déplacement pour des raisons sécuritaires et de gestion. Tout réfugié souhaitant sortir doit obtenir un billet auprès de l’administration. Les demandes sont nombreuses et chacun doit patienter », explique cette source.
Quelques mesures d’assouplissement ont néanmoins été introduites récemment. Depuis ce mois-ci, les réfugiés sont autorisés à se rendre sans billet au marché hebdomadaire de Rubaho chaque mercredi. Une mesure jugée insuffisante par de nombreux commerçants du camp.
Ces derniers demandent une réforme plus large du système de délivrance des billets de sortie ou une autorisation de libre circulation dans toute la province de Burunga afin de faciliter leurs activités économiques.
Le problème dépasse toutefois le seul site de Musenyi. Dans les camps de Bwagiriza et Kavumu, situés dans l’est du Burundi, des réfugiés dénoncent également des restrictions similaires. Selon plusieurs témoignages, certains demandeurs de billets de sortie doivent laisser en garantie leur carte SCOPE, utilisée lors des distributions alimentaires du Programme alimentaire mondial (PAM).
Le système SCOPE est une carte d’assistance électronique introduite par le PAM et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au profit des réfugiés congolais vivant au Burundi. Ce dispositif permet aux bénéficiaires d’acheter des denrées alimentaires dans les camps et vise à sécuriser les distributions tout en facilitant l’assistance humanitaire destinée aux milliers de réfugiés.
Les réfugiés estiment toutefois que l’obligation de laisser cette carte comme garantie les expose au risque de manquer les distributions alimentaires en cas de retard de retour dans les camps.
Face à cette situation, plusieurs réfugiés appellent les autorités burundaises, l’Office national de protection des réfugiés et apatrides (ONPRA) ainsi que le HCR à assouplir les conditions de circulation. Ils estiment qu’une plus grande mobilité est essentielle pour favoriser leur autonomisation économique et améliorer durablement leurs conditions de vie.
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Photo : Des enfants se tiennent devant une tente envahie par les eaux au site de Musenyi, dans la province de Burunga, au sud-est du Burundi, où plus de 22 000 réfugiés vivent dans des conditions précaires, marquées par la promiscuité, les inondations récurrentes, la chaleur, les risques sanitaires ainsi que les restrictions de circulation dénoncées par plusieurs réfugiés commerçants. © SOS Médias Burundi
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