Gitega : un jeune homme retrouvé mort dans un cachot après une arrestation violente attribuée à des Imbonerakure
SOS Médias Burundi
Gitega, 22 mai 2026 – Un jeune homme de 28 ans, Jean de Dieu Hakizimana, est mort jeudi matin dans un cachot du commissariat provincial de police de Gitega, dans la capitale politique du Burundi, deux jours après son arrestation sur la colline Zege par des membres des Imbonerakure, en commune et province de Gitega. Les circonstances entourant son interpellation et son décès suscitent des accusations de violences et des appels à l’ouverture d’une enquête indépendante.
Un jeune homme de 28 ans, identifié comme Jean de Dieu Hakizimana, est décédé jeudi matin dans les cachots du commissariat provincial de police de Gitega, dans la capitale politique du Burundi, deux jours après son arrestation sur la colline Zege, en commune et province de Gitega.
Selon des témoins, le jeune homme a été arrêté dans l’après-midi du 20 mai au domicile de son ami Freury Rivuzimana par deux membres des Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD, identifiés comme Onesphore Nduwarugira, chef de colline adjoint, et Fulgence Bimenyimana, responsable local du parti sur la colline Zege.
D’après les mêmes sources, Jean de Dieu Hakizimana aurait été violemment battu au moment de son arrestation avant d’être transféré vers 20 heures dans les cachots du commissariat provincial de police de Gitega.
Les proches de la victime affirment qu’il était accusé de vol de chèvres. Ils indiquent qu’il aurait succombé à ses blessures vers 8 heures du matin jeudi, alors qu’il se trouvait toujours en détention.
Ces informations ont été confirmées par Jacques Hakizimana, chef de la colline Zege, qui soutient toutefois que la victime était « connue comme voleur qualifié » et qu’elle aurait été arrêtée en possession d’une certaine quantité de viande.
Après le constat du décès, le corps de Jean de Dieu Hakizimana a été transféré à la morgue de l’hôpital régional de Gitega avant d’être inhumé ce vendredi.
Jusqu’à présent, aucune arrestation n’a été annoncée dans le cadre de cette affaire. Les proches de la victime réclament l’ouverture d’une enquête indépendante afin que les circonstances exactes de sa mort soient établies et que les éventuels responsables soient traduits en justice.
Imbonerakure : entre rôle sécuritaire et accusations récurrentes d’abus
Les Imbonerakure sont les membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, l’ancienne rébellion hutu au pouvoir au Burundi depuis 2005 à la suite de l’Accord d’Arusha signé en 2000. Ils participent régulièrement aux rondes nocturnes aux côtés de la Police nationale du Burundi (PNB) et aux opérations de surveillance des frontières avec les forces de défense.
À plusieurs reprises, le chef de l’État Évariste Ndayishimiye ainsi que de hauts responsables du CNDD-FDD, dont Révérien Ndikuriyo, secrétaire général du parti présidentiel, ont salué leur rôle dans la sécurisation du pays.
Mais plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent une montée des abus attribués à certains membres de cette ligue, dans un contexte marqué par des accusations récurrentes de violences, d’extorsions, de passages à tabac et d’arrestations arbitraires.
Dans certaines zones frontalières, notamment dans la région de Cibitoke, certains Imbonerakure ont été poursuivis et condamnés pour des faits allant jusqu’à cinq ans de prison ferme.
Dans son rapport 2025, la Ligue Iteka, contrainte de travailler depuis l’exil depuis la crise de 2015 liée au troisième mandat de feu président Pierre Nkurunziza, affirme avoir documenté 662 incidents de violations des droits humains ayant fait 892 victimes à travers le pays.
Selon ce rapport, 402 personnes ont été tuées, 156 ont subi des violences basées sur le genre, dont 104 violences sexuelles, 53 personnes ont été torturées, 55 enlevées ou portées disparues, et 217 victimes d’arrestations et de détentions arbitraires.
L’organisation indique également avoir recensé 233 corps sans vie retrouvés au cours de l’année 2025.
Selon la Ligue Iteka, les Imbonerakure figurent parmi les principaux auteurs présumés des violations documentées, avec 110 cas attribués à leurs membres, devant la police, les services de renseignement et l’armée.
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Photo : Des enfants jouent dans une rue de Zege, dans la périphérie de la ville de Gitega, où un jeune homme arrêté dans ce quartier a été retrouvé mort dans un cachot de police de la capitale politique du pays. © SOS Médias Burundi
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