Burundi : des prisons au bord de l’asphyxie, la Justice promet des mesures dans deux mois

Burundi : des prisons au bord de l’asphyxie, la Justice promet des mesures dans deux mois

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 22 mai 2026 – La surpopulation carcérale continue d’inquiéter les autorités burundaises, les parlementaires ainsi que les défenseurs des droits humains. Ce mercredi, lors d’une séance de questions orales à l’Assemblée nationale à Kigobe, dans la capitale économique Bujumbura, le ministre de la Justice, Alfred Ahingejeje, a reconnu une situation « alarmante » dans les prisons du Burundi, où plus de 19 000 détenus sont actuellement incarcérés dans des établissements conçus pour accueillir environ 4 000 personnes seulement.

Face aux députés, le ministre est venu présenter les conclusions du rapport de la Cour des comptes sur l’organisation des établissements pénitentiaires. Les chiffres communiqués montrent une surpopulation généralisée dans presque toutes les prisons du pays, avec des taux d’occupation largement supérieurs aux capacités initiales.

La prison centrale de Mpimba, située dans la capitale économique Bujumbura, demeure l’établissement pénitentiaire le plus surpeuplé du pays. Construite en 1926 pour accueillir 400 détenus, elle abrite aujourd’hui 4 201 prisonniers, soit un taux d’occupation dépassant 1 050 %, selon les chiffres présentés par le ministère de la Justice.

La prison pour hommes de Ngozi compte quant à elle 1 834 détenus pour une capacité initiale de 400 places, soit un taux d’occupation supérieur à 458 %.

D’autres établissements connaissent également une forte surpopulation, notamment les prisons de Rumonge (sud-ouest), de Rutana (sud) ainsi que celle de Bubanza, à l’ouest du pays.

La prison centrale de Gitega, dans la capitale politique du Burundi, figure également parmi les établissements les plus touchés. Construite pour accueillir 400 détenus, elle abrite actuellement plus de 1 400 prisonniers, avec un taux d’occupation dépassant 350 %.

À Rumonge, la prison héberge 1 461 détenus, tandis que Bubanza en compte 434 pour une capacité bien inférieure à la population actuelle. La prison de Rutana affiche également une forte pression carcérale, avec un taux estimé à plus de 370 %.

Le ministre Alfred Ahingejeje a expliqué que cette crise est aggravée par plusieurs facteurs, notamment l’absence de séparation entre les prévenus et les condamnés ainsi que la mauvaise gestion de certains dossiers judiciaires.

« Cette surpopulation est aggravée par l’absence de séparation entre les condamnés et les prévenus », a-t-il déclaré devant les députés, tout en dénonçant des dysfonctionnements dans le suivi des dossiers judiciaires qui conduisent certaines personnes à rester longtemps en détention sans jugement.

Les échanges à l’Assemblée nationale ont été particulièrement tendus. Le président de l’institution, Daniel Gélase Ndabirabe, a exigé que les responsables des dysfonctionnements soient identifiés et sanctionnés.

« Qui sont ces personnes qui ne travaillent pas correctement ? Qui prennent ces décisions ? Nous voulons connaître les sanctions qui seront prises contre elles », a-t-il lancé.

Il a également dénoncé le non-respect de certaines instructions présidentielles relatives à la libération de détenus.

« Lorsque le chef de l’État donne des directives, elles doivent être appliquées immédiatement », a-t-il insisté, menaçant de saisir directement la présidence si aucune solution rapide n’est trouvée.

Au cours des débats, plusieurs parlementaires ont estimé que le maintien en détention de personnes emprisonnées sans jugement constitue non seulement une violation des droits fondamentaux, mais aussi une lourde charge économique pour l’État et les familles concernées.

Certains élus ont proposé que les détenus puissent accéder à des terres cultivables afin de produire eux-mêmes une partie de leur nourriture, dans un contexte marqué par la réduction progressive du budget alloué aux prisons.

Selon les chiffres avancés par le ministre, ce budget est passé de plus de 14 milliards de francs burundais en 2023-2024 à plus de 12 milliards en 2024-2025, avant de chuter à un peu plus de 8 milliards prévus pour l’exercice 2025-2026.

Les défenseurs des droits humains se disent également préoccupés par l’aggravation de la situation carcérale. L’association NTABARIZA dénonce une augmentation constante du nombre de détenus.

Son président, Jean Marie Nshimirimana, estime que les mesures de grâce présidentielle et de libération conditionnelle ne produisent pas les effets attendus en raison notamment de la corruption et de certaines considérations politiques.

« Il n’est pas normal que l’on libère cent détenus et qu’ensuite le double soit incarcéré », a-t-il regretté.

Il appelle le ministère de la Justice et le parquet général de la République à travailler ensemble afin de trouver des solutions durables à cette problématique.

Face aux critiques et aux inquiétudes croissantes, le ministre Alfred Ahingejeje a promis que des mesures concrètes visant à désengorger les prisons seront mises en œuvre dans un délai de deux mois.

Selon lui, ces mesures s’inscriront dans le cadre de la nouvelle politique de rapprochement de la justice avec les citoyens.

Le Burundi compte actuellement 11 prisons ainsi que deux centres de détention pour mineurs situés à Rumonge et Ruyigi, dans l’est du pays. Le centre de rééducation des mineurs de Ruyigi demeure le seul établissement dont le taux d’occupation reste relativement stable, avec 53 détenus pour une capacité de 72 places, soit environ 74 %.

Cette surpopulation est aggravée par le manque de nourriture suffisante, le non-accès aux soins de santé, la vétusté des infrastructures carcérales, l’insuffisance des moyens financiers alloués aux prisons ainsi que les lenteurs judiciaires qui prolongent la détention de nombreux prisonniers, selon plusieurs observateurs et défenseurs des droits humains.

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Photo : Une prisonnière reçoit des mains du président Évariste Ndayishimiye son billet d’élargissement lors d’une cérémonie de libération organisée dans le cadre de la grâce présidentielle. Le ministre burundais de la Justice a reconnu devant les députés la gravité de la surpopulation carcérale dans le pays. © SOS Médias Burundi

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