Photo de la semaine – Burundi : renvois forcés depuis la Suisse, retours sous tension et accusations de persécution dénoncées par des experts

Photo de la semaine – Burundi : renvois forcés depuis la Suisse, retours sous tension et accusations de persécution dénoncées par des experts

Le retour au Burundi de plusieurs jeunes expulsés de Suisse suscite inquiétude et interrogations parmi leurs familles, dans un contexte déjà marqué par des difficultés économiques et des tensions sociales persistantes. Parallèlement, des organisations de défense des droits humains et des experts dénoncent la poursuite des renvois forcés vers le Burundi, qu’ils estiment risqués, et appellent les autorités suisses à suspendre cette pratique. Au moins 17 personnes auraient été renvoyées entre 2024 et 2026, selon des sources associatives.

Selon des témoignages recueillis, plusieurs jeunes Burundais expulsés de Suisse ces dernières semaines ont regagné leurs familles dans différents quartiers de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, où sont concentrées les agences des Nations unies ainsi que l’administration centrale du pays, notamment Nyakabiga dans le centre de Bujumbura, Gasekebuye au sud de la ville et Gihosha au nord de Bujumbura, ainsi que dans certaines provinces du pays. La majorité d’entre eux avaient quitté le Burundi il y a plusieurs mois, voire plusieurs années, dans l’espoir de trouver une vie meilleure en Europe.

Beaucoup avaient emprunté la route migratoire passant par la Serbie, devenue ces dernières années un point de passage fréquent pour des migrants africains cherchant à rejoindre l’Union européenne. Plusieurs de ces jeunes expliquent avoir quitté le pays à cause du chômage, de la pauvreté grandissante et du manque de perspectives d’avenir.

« Beaucoup étaient partis parce qu’ils ne voyaient plus d’avenir ici. Certains avaient terminé leurs études sans jamais trouver de travail. D’autres survivaient grâce à de petits boulots qui ne permettaient même plus de nourrir leurs familles », raconte un habitant de Nyakabiga.

Aujourd’hui, leur retour forcé est vécu comme une épreuve difficile, aussi bien pour les jeunes concernés que pour leurs proches. Dans plusieurs familles, le départ d’un enfant vers l’étranger représentait un espoir de soutien financier et d’amélioration des conditions de vie.

Joseph H., du quartier Gasekebuye, décrit une situation devenue insupportable pour de nombreux parents :

« Ces derniers temps, quand ton enfant trouve un moyen de quitter le pays pour aller chercher sa vie ailleurs, c’est presque un soulagement pour nous les parents. Ici, la vie devient de plus en plus dure. Beaucoup de jeunes n’ont ni emploi ni avenir clair », témoigne-t-il.

Le retour de ces jeunes intervient également dans un climat politique tendu à l’approche des élections de 2027. Plusieurs habitants disent craindre une augmentation des répressions et des arrestations arbitraires contre certaines catégories de la population.

Pierre, habitant de Gihosha, estime que le contexte actuel rend la réintégration de ces jeunes encore plus difficile :

« Ces jeunes reviennent dans une période sensible. À l’approche des élections, beaucoup de gens vivent dans la peur. L’espace politique est très fermé et les jeunes craignent d’être des cibles d’arrestations arbitraires », explique-t-il.

Certains des jeunes expulsés affirment vivre dans une grande détresse psychologique depuis leur retour. L’un d’eux, qui a requis l’anonymat pour des raisons de sécurité, raconte un parcours migratoire marqué par plusieurs échecs.

Selon lui, il avait d’abord quitté le Burundi pour le Kenya dans l’espoir d’y trouver du travail. Après plusieurs mois sans succès, il était rentré au pays avant de reprendre la route vers la Serbie puis la Suisse.

« Quand je suis arrivé en Suisse, je pensais enfin pouvoir reconstruire ma vie. Mais aujourd’hui, je suis revenu ici sans rien. C’est très difficile moralement », confie-t-il.

Le jeune homme dit craindre non seulement les difficultés économiques mais aussi le contexte sécuritaire actuel.

« Ce n’est pas facile de revenir et de retrouver cette vie chère à Bujumbura, avec toutes les difficultés économiques. Nous vivons aussi avec la peur de notre sécurité, surtout à l’approche des élections présidentielles et face à la répression que nous connaissons souvent dans ces périodes », ajoute-t-il avec émotion.

Pour l’instant, aucune autorité burundaise ne s’est officiellement exprimée sur les conditions de retour et de réintégration des migrants expulsés de Suisse.

En attendant, de nombreuses familles disent continuer à vivre entre inquiétude, silence et incertitude face à l’avenir de leurs enfants.

« Nous demandons seulement à Dieu de nous protéger. Lui seul sait ce que demain nous réserve », murmure l’un des jeunes expulsés, le regard perdu.

Selon des sources contactées par SOS Médias Burundi en Suisse, au moins 17 personnes, dont une famille entière, auraient été expulsées et renvoyées au Burundi à bord d’un vol spécial. D’autres demandeurs d’asile déboutés vivraient dans la clandestinité, tandis que certains auraient rejoint d’autres pays de l’Union européenne.

Récemment, des manifestations avaient été organisées en Suisse par des organisations de défense des droits des migrants et des réfugiés, dénonçant les conditions de renvoi vers le Burundi.

Dans une déclaration accompagnant une conférence de presse prévue le 27 mai en visioconférence, plusieurs organisations et expert·es affirment que le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) continue d’exécuter des renvois forcés vers le Burundi malgré les alertes répétées sur les risques de persécution.

Selon ces organisations, un vol spécial a notamment été organisé le 21 avril, transportant une famille de cinq personnes ainsi que plusieurs autres ressortissants burundais. Les cantons d’Argovie, Soleure, Vaud et Zurich seraient concernés. Au total, 17 personnes auraient été renvoyées vers le Burundi entre 2024 et 2026.

Les organisations affirment que certaines personnes expulsées auraient subi des préjudices à leur retour, sans que les détails ne puissent être rendus publics pour des raisons de sécurité.

Les experts estiment que le risque de persécution au Burundi est réel et documenté, et appellent à suspendre les renvois. Plusieurs centaines de personnes seraient encore menacées d’expulsion ou en procédure d’asile.

La conférence de presse annoncée doit réunir plusieurs spécialistes, dont le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Burundi, Fortuné Gaétan Zongo, ainsi que des juristes, avocats et représentants d’organisations de défense des migrants.

Les organisateurs appellent enfin les autorités suisses à reconsidérer leur politique de renvoi vers le Burundi, au regard des rapports internationaux faisant état d’une dégradation persistante de la situation des droits humains dans le pays.

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Photo : des manifestants demandent à la Suisse d’interrompre les renvois vers le Burundi. Crédit photo : Laurent Guiraud

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