Burundi : « Personne n’a le droit d’exiler un demi-million de Burundais », plaide Marguerite Barankitse

Burundi : « Personne n’a le droit d’exiler un demi-million de Burundais », plaide Marguerite Barankitse

SOS Médias Burundi

Kigali, 21 juin 2026–Alors que le monde a célébré le 20 juin la Journée mondiale des réfugiés, les témoignages et les appels à la solidarité envers les personnes contraintes à l’exil ont résonné à travers le monde. Parmi eux figure celui de Marguerite Barankitse, figure emblématique de l’action humanitaire africaine et réfugiée depuis plus de onze ans. Dans un entretien accordé en mai dernier à Amjambo Africa, un média communautaire basé dans l’État du Maine, au nord-est des États-Unis, elle a évoqué les blessures de l’exil, la douleur de vivre sans identité nationale reconnue et l’importance pour les réfugiés burundais de préserver leur dignité malgré les épreuves. Un message qui trouve un écho particulier alors que des centaines de milliers de Burundais vivent encore loin de leur pays.

Dans le camp de Mahama, à l’est du Rwanda, qui accueille plus de 70 000 réfugiés burundais et congolais, la Maison Shalom poursuit son œuvre auprès des personnes déracinées. Mais pour sa fondatrice, Marguerite Barankitse, Mahama n’est pas un camp.

« Je refuse de parler de camp. C’est une cité », affirme-t-elle.

Une cité où des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants tentent de reconstruire leur existence après avoir fui les violences, les persécutions ou l’insécurité.

L’histoire de Marguerite Barankitse est elle-même marquée par l’exil. Après la crise de 2015, elle a quitté le Burundi et a ensuite été condamnée par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de vingt années supplémentaires d’emprisonnement, notamment pour insurrection et tentative de coup d’État. Les autorités burundaises l’accusent d’avoir participé au putsch manqué de mai 2015 et soutenu les manifestations qui avaient précédé ces événements contre le troisième mandat controversé de feu le président Pierre Nkurunziza.

Des accusations qu’elle a toujours rejetées.

Marguerite Barankitse, Fondatrice de la Maison Shalom lors d'une soirée du 24 mars 2025 dans la ville de Kigali © Aimable Ndarishize
Marguerite Barankitse, Fondatrice de la Maison Shalom lors d’une soirée du 24 mars 2025 dans la ville de Kigali © Aimable Ndarishize

Le gouvernement a également saisi ses biens et gelé les comptes de la Maison Shalom au Burundi.

Pourtant, celle qui a rencontré quatre générations de papes, de saint Jean-Paul II jusqu’au souverain pontife actuel, refuse de se laisser définir par ces épreuves.

« Voyez-vous une femme dépressive en me regardant ? », lançait-elle avec un sourire lors de son entretien avec Amjambo Africa.

Au moment de cette interview, elle recevait son huitième doctorat honoris causa à l’Université catholique Notre Dame, dans la ville de South Bend, dans l’État américain de l’Indiana.

Malgré les distinctions internationales qui jalonnent son parcours, Marguerite Barankitse reconnaît que l’exil laisse des blessures profondes.

« Perdre son identité et ne pas avoir un pays, c’est le plus grand crime que l’on peut infliger à quelqu’un », confie-t-elle.

La fondatrice de la Maison Shalom explique ressentir une profonde tristesse lorsqu’elle doit préciser, lors de ses voyages, qu’elle ne possède pas de passeport national.

« Cela me chagrine, mais c’est aussi ma résistance. C’est ma façon d’appeler les Burundais à réclamer leur dignité », dit-elle.

Elle insiste toutefois sur le fait que cette situation n’a pas altéré son optimisme.

« Je ne suis pas une femme amère », répète-t-elle.

Pour Marguerite Barankitse, les réfugiés burundais doivent préserver leur dignité, poursuivre leurs études, apprendre de nouvelles compétences et contribuer positivement aux sociétés qui les accueillent.

« Ils doivent apprendre de bonnes choses, créer, entreprendre et se préparer à rebâtir leur pays », estime-t-elle.

Selon elle, l’exil ne doit pas être vécu comme une fatalité mais comme une étape permettant d’acquérir les connaissances nécessaires pour reconstruire un jour un Burundi meilleur.

Elle n’hésite pas à dénoncer ce qu’elle qualifie de confiscation du pays par « des dirigeants cupides, corrompus et indignes ».

« Les migrants enrichissent les pays qui les accueillent »

Au-delà de la situation burundaise, Marguerite Barankitse s’inquiète de la montée des discours hostiles aux migrants et aux réfugiés dans plusieurs régions du monde.

Elle critique les politiques migratoires qui ferment les frontières et poussent des milliers de personnes à emprunter des routes toujours plus dangereuses.

« Combien de personnes meurent aujourd’hui dans les mers et les océans parce qu’on leur ferme les portes ? », s’interroge-t-elle.

Pour l’humanitaire burundaise, les réfugiés et les migrants ne constituent pas une menace ni un fardeau pour les sociétés d’accueil. Au contraire, ils représentent une richesse humaine, intellectuelle et économique lorsque les pays leur offrent des opportunités d’éducation, de formation et d’intégration.

Marguerite Barankitse en prière avec une amie venue la soutenir lors de la réception de son huitième diplôme honoris causa, le 17 mai 2026. ©SOS Médias Burundi
Marguerite Barankitse en prière avec une amie venue la soutenir lors de la réception de son huitième diplôme honoris causa, le 17 mai 2026. ©SOS Médias Burundi

Pour illustrer son propos, elle cite notamment le physicien Albert Einstein, lui-même réfugié, ainsi que de nombreux scientifiques, chercheurs et médecins issus de familles réfugiées ou immigrées qui ont marqué l’histoire par leurs découvertes.

« Les migrants enrichissent les pays qui les accueillent », soutient-elle.

Selon elle, les gouvernements devraient davantage considérer les réfugiés comme des partenaires du développement plutôt que comme des problèmes à gérer.

« Le réfugié est une personne humaine normale vivant dans une situation anormale », rappelle-t-elle.

À l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, son message prend également une dimension politique lorsqu’elle évoque l’ampleur de l’exil burundais.

« Personne n’a le droit d’exiler presque un demi-million de Burundais », affirme-t-elle.

Cette déclaration intervient alors que des centaines de milliers de réfugiés burundais vivent encore dans plusieurs pays de la sous-région, notamment en Tanzanie, au Rwanda, en Ouganda, au Kenya et en République démocratique du Congo.

Pour beaucoup d’entre eux, les défis restent nombreux. L’accès à l’éducation, aux soins de santé, à l’emploi et à une protection juridique durable demeure limité.

La situation est particulièrement préoccupante en Tanzanie, où des organisations de défense des droits humains continuent de dénoncer des pressions exercées sur les réfugiés burundais pour accepter leur retour au pays. Ces inquiétudes sont renforcées par des informations récurrentes faisant état de rapatriements forcés ou de mesures restrictives dans certains camps.

Face à ces réalités, Marguerite Barankitse demeure convaincue que la dignité humaine doit rester au centre de toute politique migratoire.

Son message, porté depuis l’exil, résonne particulièrement en cette Journée mondiale des réfugiés, alors que les conflits, les persécutions et les crises économiques continuent de pousser des millions de personnes sur les routes à travers le monde.

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Photo : Marguerite Barankitse en prière avec un prêtre venu la soutenir lors de la réception de son huitième diplôme honoris causa, le 17 mai 2026. ©SOS Médias Burundi

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