Liberté de la presse : l’exil des journalistes explose dans le monde, selon Reporters sans frontières

Liberté de la presse : l’exil des journalistes explose dans le monde, selon Reporters sans frontières

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 21 juin 2026— Le nombre de pays où des journalistes sont contraints de fuir les menaces, les persécutions ou les conflits a doublé en cinq ans, selon un rapport publié par Reporters sans frontières (RSF) à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés. L’organisation a soutenu près de 1 500 journalistes en exil depuis 2021 et appelle les États à renforcer leur protection. En Afrique, la détérioration de la situation sécuritaire dans les Grands Lacs et au Sahel contribue à l’expansion de ce phénomène qui touche désormais tous les continents.

À travers une cartographie inédite de l’exil des journalistes, RSF dresse un constat alarmant : entre 2021 et 2025, au moins 1 468 journalistes originaires de plus de 60 pays ont été contraints de quitter leur pays pour échapper aux menaces, aux emprisonnements, aux violences ou à la mort.

Selon les données de l’organisation, le nombre de pays concernés par l’exil forcé de journalistes est passé de 19 en 2021 à 40 en 2025.

Pour RSF, cette progression reflète la dégradation continue de la liberté de la presse dans plusieurs régions du monde.

« Les parcours d’exil des journalistes soutenus par RSF dessinent chaque année une cartographie mondiale de la répression », explique Vianney Loriquet, responsable du Classement mondial de la liberté de la presse au sein de l’organisation.

Les Grands Lacs et le Sahel de plus en plus concernés

En Afrique subsaharienne, RSF relève une aggravation de la situation dans plusieurs pays.

L’organisation cite notamment la reprise des affrontements dans l’est de la République démocratique du Congo qui a poussé de nombreux journalistes à quitter leur pays.

Selon le rapport, 21 journalistes congolais ont fui en 2025 avec l’assistance de RSF, la plupart trouvant refuge au Burundi ou en Ouganda.

Le phénomène touche également plusieurs pays du Sahel où les conflits armés, les transitions militaires et les restrictions des libertés publiques rendent l’exercice du journalisme de plus en plus dangereux.

Le Mali, le Burkina Faso, le Tchad, la Guinée et d’autres pays de la région figurent désormais parmi les zones où l’exil des journalistes progresse régulièrement.

Pour RSF, cette extension géographique démontre que la répression contre les médias n’est plus limitée à quelques régimes autoritaires mais s’étend à des contextes très variés, marqués par les crises sécuritaires, les conflits armés ou l’affaiblissement des institutions démocratiques.

L’Afghanistan reste l’épicentre de l’exil journalistique

L’Afghanistan demeure le pays le plus touché.

Depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021, 677 journalistes afghans ont été accompagnés par RSF dans leur exil.

Ce chiffre représente près de la moitié des cas recensés par l’organisation à travers le monde.

Dispersés dans 28 pays, de nombreux journalistes afghans continuent néanmoins de vivre dans une grande précarité.

Au Pakistan voisin, plusieurs dizaines d’entre eux auraient été renvoyés de force vers l’Afghanistan dans le cadre de la politique d’expulsion des réfugiés afghans lancée par Islamabad.

D’autres se retrouvent sans statut légal après l’expiration de leurs documents de séjour.

Pendant ce temps, les autorités talibanes poursuivent leur contrôle strict des médias. Plusieurs journalistes restent détenus dans le pays selon les données de RSF.

Russie : la répression dépasse les frontières

La Russie figure également parmi les principaux pays d’origine des journalistes exilés.

Depuis 2021, au moins 160 journalistes russes soutenus par RSF ont quitté leur pays.

L’invasion de l’Ukraine en 2022 et le durcissement de la législation contre les médias indépendants ont accéléré les départs.

Même installés à l’étranger, nombre de journalistes russes continuent d’être poursuivis ou condamnés par contumace.

Selon RSF, la répression exercée par le Kremlin s’étend désormais au-delà des frontières russes à travers diverses formes de harcèlement judiciaire et administratif.

La Birmanie et l’Amérique latine sous pression

En Birmanie, la répression de la junte militaire continue de pousser les journalistes à l’exil.

Depuis le coup d’État de février 2021, plus d’une centaine de journalistes ont quitté le pays avec le soutien de RSF.

Environ 300 journalistes birmans auraient trouvé refuge en Thaïlande où beaucoup vivent dans des conditions précaires, sans statut légal stable ni couverture sociale.

En Amérique latine, la violence des groupes criminels et les pressions exercées par certains régimes autoritaires alimentent également l’exil des professionnels des médias.

Depuis le début de l’année 2026, six journalistes ont déjà été tués au Mexique, en Colombie et au Guatemala.

Pour de nombreux reporters, l’exil apparaît comme la seule alternative à la mort ou aux représailles.

L’exil ne signifie pas la sécurité

RSF souligne que les difficultés ne prennent pas fin une fois la frontière franchie.

Les journalistes exilés sont souvent confrontés à la précarité économique, aux obstacles administratifs, à l’isolement social, aux barrières linguistiques et parfois même à des menaces provenant de leur pays d’origine.

L’organisation évoque également une augmentation des cas de répression transnationale visant des journalistes réfugiés à l’étranger.

« Lorsqu’un journaliste est contraint de fuir son pays, l’exil ne met pas fin aux menaces », rappelle Victoria Lavenue, responsable du bureau Assistance de RSF.

Selon elle, ces professionnels continuent malgré tout à jouer un rôle essentiel dans la lutte contre la désinformation et la propagande.

Un appel à mieux protéger les journalistes réfugiés

Face à cette situation, RSF formule dix recommandations destinées aux États accueillant des journalistes en exil.

L’organisation plaide notamment pour l’octroi de visas d’urgence et de longue durée, la délivrance facilitée de titres de séjour et de permis de travail ainsi que la mise en place de mécanismes de protection contre les menaces transnationales.

Elle recommande également un soutien financier accru aux médias en exil afin de leur permettre de poursuivre leur mission d’information.

Pour RSF, protéger les journalistes contraints à l’exil ne relève pas uniquement de l’action humanitaire.

« Garantir leur protection et leur permettre de poursuivre leur activité journalistique est une condition indispensable à la défense du droit à l’information et au maintien d’un débat démocratique », estime Victoria Lavenue.

Alors que le nombre de journalistes forcés de fuir leur pays demeure à un niveau élevé, l’organisation considère que le journalisme en exil constitue aujourd’hui l’un des derniers remparts contre la désinformation, la propagande et la disparition des voix indépendantes dans de nombreux pays du monde.

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Photo : un journaliste déplacé monte des sons dans sa tente dans un camp de réfugiés à Goma, en juin 2024. Reporters sans frontières (RSF) décrit une situation marquée par l’exil et la précarité des journalistes contraints de fuir leur pays. ©SOS Médias Burundi

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