Burundi : promotions, salaires, missions… des employées dénoncent des pressions sexuelles

Burundi : promotions, salaires, missions… des employées dénoncent des pressions sexuelles

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 17 août 2026 — Les travailleurs victimes de violences physiques, morales ou sexuelles en milieu professionnel n’osent pas toujours dénoncer les faits. Une situation qui constitue un obstacle à la prévention et à la lutte contre le harcèlement au travail, selon Emmanuel Niyomwungere, membre du comité directeur de l’Association des employeurs du Burundi (AEB), dans une interview accordée à SOS Médias Burundi.

Selon lui, le silence des victimes contribue notamment à retarder la mise en œuvre effective des conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) relatives à la protection des travailleurs contre les violences et le harcèlement.

Des mécanismes confidentiels pour dénoncer les violences

Emmanuel Niyomwungere appelle les travailleurs et les employeurs à mettre en place des mécanismes permettant aux personnes victimes de violences ou de harcèlement de signaler les faits dans un cadre garantissant la confidentialité.

Il rappelle à cet égard l’importance de la Convention n°190 de l’OIT, consacrée à l’élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail. Selon lui, cette convention prévoit notamment des politiques et des mécanismes permettant de prévenir et de gérer les cas de violence et de harcèlement en milieu professionnel.

« Les travailleurs doivent pouvoir dénoncer les violences dont ils sont victimes sans avoir peur des représailles », estime-t-il, insistant sur la nécessité de créer un environnement professionnel dans lequel les victimes peuvent parler en toute sécurité.

Préserver la santé mentale des travailleurs

Pour ce responsable de l’AEB, la Convention n°190 revêt une importance particulière aussi bien pour les employeurs que pour les travailleurs.

Il estime que la lutte contre les violences et le harcèlement au travail contribue à protéger la santé mentale et la vie des personnes exerçant une activité professionnelle, tout en réduisant les risques liés au stress et à certaines maladies professionnelles.

« Il faut sortir du silence et parler », conseille-t-il aux victimes de harcèlement moral ou sexuel. Il les encourage à utiliser les voies légales disponibles, notamment les lettres déposées dans les boîtes à suggestions, les adresses électroniques confidentielles ou encore les messages téléphoniques destinés aux structures compétentes.

Des accusations de pressions sexuelles contre des avantages professionnels

De son côté, une membre d’une association de lutte contre les violences faites aux femmes dénonce des pratiques qu’elle considère comme particulièrement préoccupantes dans certains milieux professionnels.

Selon elle, certains bureaux, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé, seraient parfois transformés en lieux de rendez-vous à caractère sexuel. Elle affirme que des employées peuvent être soumises, de gré ou de force, à des sollicitations sexuelles de la part de leurs supérieurs.

Elle soutient que certaines victimes seraient confrontées à des pressions liées à leur carrière, notamment pour obtenir une meilleure évaluation professionnelle, des avantages salariaux, des promotions ou encore des missions de travail à l’intérieur du pays ou à l’étranger.

Ces accusations, qui nécessitent d’être documentées et établies au cas par cas, illustrent néanmoins, selon cette intervenante, la vulnérabilité de certaines personnes dans les relations professionnelles hiérarchiques.

Briser la loi du silence

Face à ces préoccupations, les intervenants appellent à renforcer la prévention, la sensibilisation et les mécanismes de plainte dans les lieux de travail.

Pour Emmanuel Niyomwungere, la lutte contre le harcèlement ne peut être efficace que si les victimes disposent de moyens sûrs, accessibles et confidentiels pour signaler les abus, et si les plaintes font l’objet d’un traitement approprié.

La protection des travailleurs contre les violences et le harcèlement apparaît ainsi comme un enjeu à la fois social, professionnel et de santé au travail. Le défi reste désormais de créer suffisamment de confiance pour permettre aux victimes de briser le silence et de faire valoir leurs droits.

__________________________________________________

Photo : un bloc administratif abritant un service public au Burundi, où des employés, hommes et femmes, travaillent dans leurs bureaux. Dans certains milieux professionnels, des travailleurs dénoncent des violences, du harcèlement moral et sexuel ainsi que des pressions liées à la carrière. ©SOS Médias Burundi

Previous Dzaleka : deux réfugiées enceintes meurent avant d’accoucher, des témoignages dénoncent les conditions d’accès aux soins à Dowa
Next Bubanza : en pleine alerte au choléra, l’eau potable devient un luxe

You might also like

Société

Matana : six jeunes hommes interpellés

Il s’agit de rabatteurs qui travaillent sur le parking du centre de Matana en province de Bururi (sud du Burundi). La police leur reproche de ne pas respecter une mesure

Société

Burundi : l’armée bannit les tenues similaires à celles militaires et policières chez les civils

Deux semaines. C’est le délai accordé aux détenteurs d’habits ressemblant à des tenues militaires et policières pour les remettre aux forces de l’ordre. Dans un point de presse animé ce

Société

Makamba : le premier ministre menace de licencier ou de dégrader les magistrats « corrompus »

Vendredi dernier, le premier ministre burundais était en visite à Makamba (sud du Burundi). Dans une réunion avec les habitants, il a été rapporté que la justice à Makamba va