Gitega : deux nouveaux corps en moins de 24 heures, la justice populaire inquiète
SOS Médias Burundi
Gitega, 26 août 2026 — Deux nouveaux corps sans vie ont été découverts lundi 24 août dans deux localités de la province de Gitega, au centre du Burundi. Le premier est celui d’un homme qui aurait été battu à mort par des habitants après avoir été surpris en train de voler des lapins. Le second est celui d’un bébé de sexe masculin dont les circonstances du décès restent inconnues.
Ces découvertes interviennent alors que la commune de Bugendana, également dans la province de Gitega, a été secouée mardi 25 août par deux autres décès dans des circonstances distinctes.
Népomucène Ntakarutimana battu à mort après une accusation de vol
Dans la vallée de Kiruhura, sur la colline Kiremera, en commune et province de Gitega, le corps sans vie de Népomucène Ntakarutimana a été retrouvé dans la journée du lundi 24 août, selon un témoin.
L’information a été confirmée par Jean Claude Mfukamensabe, chef de la colline Kiremera.
Selon ce responsable local, la victime aurait été appréhendée alors qu’elle tentait de voler des lapins appartenant à Anitha Nshimirimana.
Toujours selon le chef de colline, des habitants, en colère après avoir surpris le présumé voleur, l’auraient violemment battu avant de l’achever à coups de gourdins.
Les circonstances exactes de sa mort devront toutefois être établies par l’enquête.
À la suite de l’incident, Jacqueline Ndayishimiye, Anitha Nshimirimana et Arsène Ciza ont été arrêtés. Jean Claude Mfukamensabe indique qu’ils ont été conduits dans les cachots de la police à Giheta pour les besoins de l’enquête.
Un bébé retrouvé mort dans une autre vallée
Le même lundi 24 août, un autre corps sans vie a été découvert dans la province de Gitega.
Il s’agit d’un bébé de sexe masculin, retrouvé dans la vallée de Karonga, qui sépare les quartiers de Yoba et Rukoba.
La découverte a été confirmée par la police de Gitega. À ce stade, les circonstances du décès ainsi que l’identité d’éventuels responsables restent inconnues.
Le corps du nourrisson a été inhumé sur place, en attendant la poursuite des investigations destinées à déterminer les circonstances exactes de sa mort et à identifier les éventuels responsables.
Deux morts à Bugendana mardi
Le lendemain, mardi 25 août, la commune de Bugendana a enregistré deux autres décès dans des circonstances distinctes.
Le chef de poste de police de Bugendana a été arrêté dans le cadre des investigations sur ces événements, selon les informations recueillies par SOS Médias Burundi.
Ces faits ont ravivé les inquiétudes sur les violences et les méthodes utilisées lors des interventions des forces de sécurité, mais aussi sur la multiplication des règlements de comptes et des actes de justice populaire dans la province.
La justice populaire inquiète
Le décès de Népomucène Ntakarutimana constitue un nouveau cas présumé de justice populaire à Gitega. Des personnes soupçonnées d’infractions sont parfois violemment punies par des habitants avant même toute intervention de la justice.
Ces derniers mois, plusieurs cas similaires ont été signalés dans la province, notamment des personnes accusées de vol et battues à mort à coups de gourdins.
Les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement ces pratiques, rappelant que toute personne soupçonnée d’une infraction doit être présentée devant les juridictions compétentes et bénéficier d’un procès équitable.
Les droits humains au cœur des inquiétudes
La multiplication des morts violentes et des corps retrouvés dans différentes régions du pays intervient dans un contexte où les organisations de défense des droits humains, l’Église catholique et le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Burundi ont exprimé des préoccupations concernant les violations des droits fondamentaux et l’impunité.
Les défenseurs des droits humains appellent notamment les autorités à garantir le droit à la vie, à mener des enquêtes indépendantes et à poursuivre les responsables de violences, quels qu’ils soient.
Les évêques catholiques du Burundi ont également alerté sur la multiplication des assassinats, des disparitions et d’autres violences, appelant les autorités à renforcer la sécurité et à lutter contre l’impunité.
De son côté, le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Burundi a fait état de préoccupations concernant notamment les exécutions extrajudiciaires, les disparitions forcées, les arrestations arbitraires et les actes de torture.
À Gitega, quatre décès signalés en deux jours, dans des circonstances différentes, viennent ainsi ajouter de nouvelles interrogations sur la protection du droit à la vie et sur la capacité des institutions à faire toute la lumière sur les morts violentes. Les enquêtes se poursuivent.
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Photo : Un policier se tient au milieu d’habitants, dont des enfants, dans une vallée de la province de Gitega où l’un des corps sans vie a été retrouvé. © DR/SOS Médias Burundi
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