Burundi : ce que l’on sait de l’arrestation de Papy Jamaica après un différend à l’Assemblée nationale

Burundi : ce que l’on sait de l’arrestation de Papy Jamaica après un différend à l’Assemblée nationale

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 14 octobre 2026 — Amani Papy Ndikumana, connu sous le nom de Papy Jamaica, producteur audiovisuel lié à l’Assemblée nationale du Burundi par un contrat de maintenance, a été arrêté lundi 12 octobre dans les locaux de l’institution, à Bujumbura, la capitale économique du pays. Selon des sources proches du dossier, Daniel Gélase Ndabirabe, président de l’Assemblée nationale, a demandé aux agents du Service national de renseignement (SNR) de l’emmener, à l’issue d’une réunion consacrée à un différend entre le prestataire et deux techniciens. Contrairement à certaines informations ayant circulé après les faits, la responsable de la communication, Aimée Nshimirimana, n’est pas à l’origine de l’arrestation, affirment ces sources.

Dans un premier article, SOS Médias Burundi avait annoncé la détention du producteur audiovisuel (lire notre précédente publication). De nouveaux éléments permettent de revenir sur les tensions qui ont précédé son interpellation et sur les rôles attribués aux différents protagonistes.

Un contrat de 15 millions de francs burundais par mois

Papy Jamaica assurait la maintenance des équipements audiovisuels de l’Assemblée nationale dans le cadre d’un contrat mensuel de 15 millions de francs burundais. Il devait également former le personnel à la retransmission en direct des activités parlementaires et des événements organisés par d’autres institutions dans une salle louée au sein de l’Assemblée.

Pour l’appuyer, Aimée Nshimirimana avait désigné deux techniciens : Eraste Nduwayo, son adjoint, et David Nzeyimana, responsable du service informatique de l’institution.

Des accusations réciproques

Selon des employés de l’Assemblée nationale interrogés par SOS Médias Burundi, les relations entre le prestataire et certains agents s’étaient détériorées. Ils reprochent notamment à Papy Jamaica d’avoir insulté des collègues au cours de réunions, les qualifiant d’« idiots » et de « médiocres ».

Les tensions se sont accentuées à la clôture de la 18e réunion de l’Union africaine consacrée à la sécurité et au désarmement, organisée dans les locaux de l’Assemblée nationale à Bujumbura du 15 au 18 septembre 2026. Le producteur a alors accusé Eraste Nduwayo et David Nzeyimana d’avoir saboté son travail et de lui avoir réclamé de l’argent.

D’après des employés s’exprimant sous couvert d’anonymat, Papy Jamaica affirme disposer de preuves, notamment de bordereaux de versement. La nature exacte des paiements évoqués, leur contexte et leur éventuel lien avec les accusations restent toutefois à établir.

Certaines sources rapportent qu’Eraste Nduwayo n’aurait pas contesté avoir reçu des sommes pouvant atteindre 2,5 millions de francs burundais. Les circonstances, la fréquence et l’objet de ces versements demeurent inconnus. Des adresses IP auraient également été citées dans le cadre des accusations de sabotage, mais ces éléments n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante.

Une médiation deux jours avant l’arrestation

Le samedi 10 octobre, après son retour de mission, Daniel Gélase Ndabirabe a convoqué une réunion en présence du secrétaire général de l’Assemblée nationale. Papy Jamaica y a exposé ses accusations contre les deux techniciens.

Le président de l’institution est intervenu pour tenter de résoudre le différend. Les protagonistes se sont présenté des excuses mutuelles et il leur a demandé de formaliser leur réconciliation par écrit. Malgré cette démarche, le producteur a déclaré ne plus vouloir travailler avec Eraste Nduwayo et David Nzeyimana.

Son contrat n’avait pas été résilié au moment de son arrestation

Lundi 12 octobre, Daniel Gélase Ndabirabe a convoqué une nouvelle réunion, à laquelle ont participé des agents du SNR. Vers 17 heures, à l’issue de cette rencontre, ces derniers ont emmené Papy Jamaica, selon les informations recueillies par SOS Médias Burundi.

Des sources attribuent au président de l’Assemblée nationale des propos appelant à faire sévèrement corriger le producteur pour son manque de respect envers les institutions. Les circonstances exactes de ces déclarations n’ont pas pu être établies de manière indépendante.

Aimée Nshimirimana mise en cause dans certaines versions

Après l’arrestation, certaines versions ont laissé entendre qu’Aimée Nshimirimana avait accusé Papy Jamaica d’avoir insulté le président de l’Assemblée nationale et joué un rôle déterminant dans son interpellation.

Des sources proches du dossier contestent cette lecture des événements. Elles affirment que la responsable de la communication cherchait à comprendre l’origine du conflit entre le prestataire et les deux techniciens, et qu’elle n’a pas demandé son arrestation.

Les documents évoqués et les accusations échangées restent à examiner pour éclaircir l’ensemble de l’affaire. Mais sur un point, les sources proches du dossier sont catégoriques : c’est Daniel Gélase Ndabirabe, président de l’Assemblée nationale, qui a demandé aux agents du SNR d’emmener Papy Jamaica. Elles dédouanent ainsi Aimée Nshimirimana, dont le rôle dans cette arrestation a été mis en cause dans certaines versions des faits.

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Photo : Amani Papy Ndikumana, connu sous le nom de Papy Jamaica, directeur général de Papy Jamaica Vidéo Productions, est détenu par le Service national de renseignement (SNR) depuis lundi. Selon des sources proches du dossier, c’est Daniel Gélase Ndabirabe, président de l’Assemblée nationale, qui a demandé aux agents du SNR de l’emmener. Crédit photo : page Facebook de Papy Jamaica

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