Ruyigi : la démolition des kiosques menace de ruiner les petits commerçants

Ruyigi : la démolition des kiosques menace de ruiner les petits commerçants

SOS Médias Burundi

Ruyigi, 23 octobre 2026 — La démolition de kiosques et de points de vente au marché de Ruyigi, dans la commune de Ruyigi, province de Buhumuza, à l’est du Burundi, suscite l’inquiétude des petits commerçants. Lancée le 16 septembre, l’opération vise, selon l’administration communale, à prévenir les incendies et à faciliter l’accès des sapeurs-pompiers. Les commerçants concernés redoutent toutefois de perdre leur principale source de revenus et de ne plus pouvoir rembourser les crédits contractés pour financer leurs activités.

L’opération touche notamment les vendeurs d’huile de palme et de coton, les revendeurs de produits alimentaires, les vendeurs de fruits et légumes ainsi que les couturiers qui utilisent des fers à repasser dans leurs ateliers.

Dans les allées du marché, les commerçants concernés disent ne pas comprendre pourquoi leurs kiosques sont démolis alors qu’ils affirment avoir obtenu l’autorisation des services chargés de la gestion du marché pour occuper les espaces concernés. Certains indiquent même détenir des documents administratifs attestant qu’ils s’y étaient installés légalement.

Ils estiment qu’un délai supplémentaire aurait dû leur être accordé avant le lancement de l’opération. Plusieurs expliquent avoir récemment consacré une grande partie de leur capital aux dépenses liées à la rentrée scolaire et au réapprovisionnement de leurs stocks. D’autres ont contracté des crédits auprès de banques locales pour financer leurs activités.

La démolition de leurs installations compromet désormais, selon eux, leur capacité à poursuivre leurs activités et à honorer leurs engagements financiers. Ils craignent notamment qu’un déplacement à l’extérieur du marché ne les prive d’une partie de leur clientèle et n’entraîne une baisse importante de leurs revenus.

Face à ces inquiétudes, l’administration communale défend une mesure qu’elle présente comme indispensable à la prévention des incendies et à la réorganisation du marché. L’administratrice communale de Ruyigi, Diane Niyibitanga, affirme que la décision a été prise en concertation avec les représentants des commerçants.

Selon elle, certaines marchandises et activités présentent des risques en cas d’incendie, tandis que les voies d’accès doivent rester dégagées afin de permettre aux camions des sapeurs-pompiers d’atteindre rapidement les zones concernées. Elle soutient également que les commerçants avaient été informés de la mesure environ trois mois avant le début des démolitions.

Diane Niyibitanga prévient que ceux qui s’opposeraient à l’opération pourraient être sanctionnés. Les mesures envisagées comprennent notamment le remboursement des frais engagés pour la démolition, des amendes administratives et, en cas de refus d’obtempérer ou de rébellion, d’éventuelles poursuites judiciaires. Les responsables de la police au niveau communal affirment, pour leur part, être disponibles pour accompagner la mise en œuvre de cette opération.

Des policiers lors d’une descente au marché de Ruyigi pour contraindre les propriétaires des commerces concernés à procéder aux démolitions, dans la province de Buhumuza, à l’est du Burundi. © SOS Médias Burundi

Pour les commerçants touchés, cependant, l’enjeu dépasse la perte d’un simple espace de vente. Leur activité constitue, pour beaucoup, le principal moyen de subvenir aux besoins de leurs familles. Les vendeurs d’huile de palme, de fruits et légumes, les revendeurs de produits alimentaires, communément appelés « abadirigiza », ainsi que certains couturiers craignent de se retrouver sans revenus si aucune solution de remplacement ne leur est proposée.

Une représentante des commerçantes souligne que plusieurs femmes concernées sont des veuves ou des mères célibataires qui dépendent entièrement de leur commerce pour nourrir leurs enfants. Elle évoque également le cas de personnes ayant abandonné leurs études et choisi le petit commerce pour assurer leur subsistance.

Pour ces ménages, la perte d’un emplacement au marché pourrait entraîner des difficultés bien au-delà de la seule activité commerciale, notamment pour l’alimentation, la scolarisation des enfants et le remboursement des dettes. Les commerçants demandent donc que la réorganisation tienne compte de leur situation économique et qu’une solution leur permette de poursuivre leurs activités sans perdre l’essentiel de leur clientèle.

De son côté, Diane Niyibitanga maintient que la séparation des produits inflammables et la réorganisation des espaces commerciaux répondent à une mesure de sécurité décidée à un niveau supérieur. Elle invite les commerçants à structurer leurs doléances et à les soumettre à l’administration plutôt que de multiplier, selon elle, des démarches collectives désordonnées.

Elle assure néanmoins que les autorités continueront à recevoir leurs préoccupations et à rechercher des solutions aux difficultés soulevées. Selon elle, cette réorganisation devrait progressivement s’étendre à d’autres marchés de la commune de Ruyigi.

Entre la nécessité de prévenir les incendies et la préservation des moyens de subsistance, la situation au marché de Ruyigi met en évidence les difficultés auxquelles sont confrontés les petits commerçants lorsque des mesures de sécurité affectent directement leurs activités. Ces derniers réclament des solutions concrètes pour continuer à travailler et rembourser leurs emprunts, tandis que l’administration insiste sur la nécessité de sécuriser les installations et de faciliter l’accès des secours en cas d’urgence.

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Photo : Des commerçants installés dans une partie du marché de Ruyigi concernée par les démolitions, dans la province de Buhumuza, à l’est du Burundi. © SOS Médias Burundi

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