Makamba : arrestation en cascade des commerçants
Une trentaine de jugements en flagrance contre des commerçants a eu lieu en moins d’une semaine en province de Makamba (sud du Burundi) selon une source au parquet de cette province. Les concernés sont poursuivis pour « atteinte à l’économie nationale et rébellion contre les mesures du gouvernement ». La plupart des commerçants plaident coupables. (SOS Médias Burundi)
Sept commerçants ont comparu l’après-midi de ce mardi dans des procès de flagrance au tribunal de grande instance de Makamba.
Un a été accusé de l’importation frauduleuse des téléphones portables et leurs accessoires en provenance de la Tanzanie, un autre a été accusé de spéculer sur les prix des boissons de la Brarudi (Brasserie et limonaderie du Burundi).
Cinq autres prévenus ont tous été reconnus coupables de la vente illégale de fertilisants.
Un commerçant a rejeté les accusations de l’officier du ministère public sur la vente des fertilisants, les autres ont plaidé coupables.
Après l’audience publique, l’officier du ministère public a requis une peine de prison allant de 3 à 5 ans et une amende d’un million de francs burundais pour chacun. Les marchandises saisies devraient être confiées au patrimoine de l’État.
Selon des sources au parquet de Makamba, 6 commerçants avaient comparu vendredi dernier et 13 autres ce lundi.
Tous sont poursuivis pour « atteinte à l’économie nationale et rébellion contre les mesures du gouvernement » pour avoir spéculé sur les produits de la Brarudi, opéré de ventes illégales de fertilisants ou alors des produits pétroliers en provenance de la Tanzanie voisine.
Corruption
Selon des commerçants contactés, les instances judiciaire et policière « utilisent ces infractions pour collecter des frais de corruption ».
« En comparaissant devant les juges, ces commerçants sont sommés de payer des pots de vin allant de 500 mille à un million à certaines autorités policières pour qu’ils soient relâchés », révèlent des sources proches du dossier.
Arrivés au parquet, le même scénario se passe chez le procureur et le président du tribunal de grande instance.
« Ils leur demandent des pots de vin dont la somme équivaut à celle exigée à la police pour qu’ils puissent échapper à un emprisonnement allant de 3 à 5 ans conformément au code pénal », ont insisté des témoins.
Les prévenus qui payent ces pots de vin comparaissent dans des jugements en flagrance mais après délibération ils sont libérés. Toutefois, ils sont obligés de s’acquitter des amendes tournant autour de 200 mille francs.
Violation de la loi
Plusieurs sources au sein de l’appareil judiciaire affirment que ces jugements de flagrance se font en violation du code pénal burundais.
En principe, de tels jugements doivent avoir lieu 48h après l’arrestation du concerné.
« Or la plupart des prévenus dépassent deux semaines en détention avant d’être jugés », révèlent des sources judiciaires sous couvert d’anonymat.
« Tout ce temps-là est réservé à la recherche des pots de vin par les autorités judiciaire et policière », témoignent des sources proches de la police et du parquet .
Les autorités citées dans cette affaire n’étaient pas disponibles pour réagir à ces allégations.
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Photo d’illustration : certaines denrées alimentaires sur lesquelles les commerçants spéculent à Makamba, poussant la justice à les punir
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