Kirundo-Muyinga : 10 ans d’attente vaine pour la viabilisation d’espaces de construction de maisons
Des habitants viennent de passer 10 ans à attendre que leur quartier Runanira au centre de Kirundo (nord du Burundi), de même que ceux de la colline Cibari, zone Munagano en commune et province Muyinga (nord-est du Burundi) soient viabilisés. De centaines de personnes ont payé les frais de viabilisation à la BRB (Banque de la République du Burundi). Mais celle-ci n’a toujours pas été réalisée. Ils demandent d’être remboursés. (SOS Médias Burundi)
C’est en 2013 que le service de l’urbanisme de la région nord a lancé un projet de viabilisation dans les provinces Kirundo et Muyinga.
Pour cela, des habitants ont été obligés de verser des contributions à la BRB, la somme dépendant de la superficie du terrain en leur possession.
Pour une superficie de quatre ares, le propriétaire devait payer deux millions et demi de francs burundais. Pour les propriétaires de terrains de huit ares et plus, ils devaient s’acquitter de plus de cinq millions de francs. Les personnes concernées à Muyinga sont évaluées à plus de deux cents et une centaine à Kirundo.
Déception au sein des membres du parti au pouvoir
Lors de l’attribution de ces parcelles, les Bagumyabanga (membres du parti CNDD-FDD) étaient favorisés.
« Sur la liste des bénéficiaires il y avait des députés, des responsables de services provinciaux, des directeurs généraux, de grands commerçants qui arrosaient de pots de vin les mandataires du service d’urbanisme », a déclaré un bénéficiaire qui affirme avoir été déçu.
« Au départ on nous disait que les activités de viabilisation n’allaient pas dépasser l’année suivante, c’est-à-dire en 2014, mais voilà 10 déjà sans aucun écho de démarrage », avance notre source.
Indemnité de retard
Les bénéficiaires d’espaces à Cibari et Runanira exigent des indemnités de retard.
« Ceux qui ont payé peu parlent de deux millions et demi de francs. D’autres ont payé plus que ça », signalent des sources proches de l’administration au chef-lieu de la province Muyinga.
« Imaginez-vous de telles sommes versées sur un compte et cela il ya 10 ans. Nous exigeons des indemnités de retard car on aurait pu les investir dans d’autres affaires qui auraient pu nous générer des revenus », regrette un commerçant en même temps député.
Un projet de viabilisation entaché de corruption
Certains parmi les bénéficiaires affirment qu’avant d’être enregistrés pour payer les frais de viabilisation, les responsables de l’urbanisme exigeaient d’abord des sommes à part.
« Je me rappelle que le chef d’antenne de l’urbanisme Kirundo à l’époque, Justin Mbonyingingo, m’a demandé une certaine somme. Sans ça il avait catégoriquement refusé », fait savoir un retraité du corps de sécurité.
« Même en province Muyinga, mes collègues m’ont dit qu’ils ont dû donner des enveloppes à Mponoye qui était le responsable de l’urbanisme, d’autres en grand nombre donnaient à Melchiade Maniragaba, qui était le chef régional de l’urbanisme », continue la même source.
Un malentendu dans l’attribution du marché de viabilisation. Des géants du CNDD-FDD impliqués
Selon les sources auprès de l’urbanisme, le marché a été lancé il y a plusieurs années. Des patrons du CNDD-FDD se sont déchirés pour avoir le marché.
« Nous avons été déçus, chacun voulait proposer l’entreprise qui va exécuter le projet car il y voyait beaucoup de gains », confie une source proche du parti présidentiel.
Selon cette même source, le gouvernement doit prendre ses responsabilités, ‘’sinon la population bénéficiaire est capable de réclamer des intérêts de retard, et avec raison’’.
Les anciens gestionnaires du service de l’urbanisme dans le nord-est et les nouveaux n’étaient pas disponibles pour répondre à nos questions.
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Photo : une partie de la localité de Runanira qui devrait être viabilisée il y a 10 ans
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