Busoni : une démonstration de force des Imbonerakure face aux militants d’opposition
La zone de Nyagisozi, située dans la commune de Busoni, province de Kirundo, au nord du Burundi, est en proie à une montée des tensions ces derniers mois. La population locale rapporte des activités sportives suspectes et des rondes nocturnes menées par les Imbonerakure, la ligue des jeunes affiliés au parti au pouvoir, le CNDD-FDD. (SOS Médias Burundi)
Les résidents et surtout les militants des partis de l’opposition parlent de pratiques intimidantes.
Sur les collines de Sigu et Ruheha, des témoins affirment que ces jeunes hommes parcourent les rues armés de machettes, de matraques et de faux fusils en bois. Ces agissements, souvent perçus comme des exercices d’intimidation, se déroulent sous le regard complaisant de l’administration locale.
« C’est terrifiant. Ils sortent très tôt le matin, surtout les samedis, prétextant se rendre aux travaux de développement communautaire. Pendant ce temps, ils chantent des slogans visant à dénigrer les militants des partis d’opposition. Tout cela vise à nous intimider alors que la période électorale approche », témoigne un habitant de la colline de Sigu.
Rondes nocturnes et extorsion
Les rondes nocturnes des Imbonerakure suscitent également l’inquiétude. Ces patrouilles sont dirigées par un certain Ramadhan Ndezako et regroupent des jeunes venus de différentes communes. Certains portent des tenues de sport, d’autres de longs manteaux. Selon des habitants, ils occupent des positions stratégiques après avoir effectué des circuits à la tombée de la nuit.
Dans la nuit, les habitants qui rentrent tardivement sont souvent interceptés, brutalisés et contraints de payer une somme appelée « argent de torche », oscillant entre 10 000 et 20 000 francs burundais. Les non-membres du CNDD-FDD sont particulièrement ciblés. Ceux qui ne peuvent pas payer subissent des coups de bâton en guise de sanction.
Pressions politiques et tensions internes
Les militants des partis d’opposition, notamment ceux du CNL, sont sous pression constante. Certains sont forcés d’adhérer au CNDD-FDD pour éviter des représailles. « Beaucoup n’ont pas le choix. Par peur, ils deviennent membres du CNDD-FDD ou portent des t-shirts du parti au pouvoir, sans pour autant partager ses convictions », rapporte un habitant.
Par ailleurs, la commune de Busoni est le théâtre de dissensions internes au sein même du CNDD-FDD. Deux factions s’opposent, dirigées respectivement par l’ancien député Jean Baptiste Nzigamasabo, alias Gihahe, et l’ancien colonel Anastase Manirambona. Ces deux leaders, issus de l’ancienne rébellion Hutu , se disputent l’influence locale, ajoutant une couche supplémentaire d’instabilité.
Appels à la protection
Face à cette situation tendue, la population appelle les autorités à intervenir pour prévenir d’éventuels conflits, notamment à l’approche des élections. « Nous craignons une période dure et confuse », avertit un enseignant et militant du CNL.
Le climat d’insécurité qui règne à Nyagisozi est un rappel des défis que le Burundi continue de confronter en matière de tolérance politique et de sécurité électorale. La population, prise en étau entre les rivalités politiques et les pratiques d’intimidation, redoute une escalade de la violence dans les mois à venir.
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Photo : un défilé des Imbonerakure en province de Makamba, août 2023 © SOS Médias Burundi
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