Burundi : violente tentative d’enlèvement contre un député à Bujumbura
SOS Médias Burundi
Alors que les tensions politiques s’exacerbent à l’approche des élections de 2025, le député Jean Baptiste Sindayigaya a été la cible d’une violente tentative d’enlèvement dans la capitale économique. L’intervention de passants et de policiers de proximité a permis de faire échouer l’agression, que l’élu juge clairement ciblée.
Le député Jean Baptiste Sindayigaya, représentant coopté de la communauté Batwa à l’Assemblée nationale, a échappé de peu à une tentative d’enlèvement violente survenue samedi soir à la gare du Nord, dans le nord de Bujumbura. Selon ses déclarations, l’intervention de passants et de policiers de proximité a permis de déjouer l’agression.
D’après le récit de l’élu, son véhicule a été intercepté par une camionnette banalisée, dont sont descendus cinq individus : quatre en civil, et un en tenue de police, tous armés. Ils auraient tenté de le forcer à monter dans leur véhicule. « J’ai aperçu à l’intérieur une personne couverte de sang, visiblement torturée », confie-t-il.
Ses appels à l’aide ont alerté des riverains ainsi que des policiers de proximité. Une confrontation tendue s’en est suivie, au terme de laquelle les assaillants ont pris la fuite. Le député, blessé au visage, affirme avoir failli perdre un œil. Il déclare également s’être fait voler 500 000 francs burundais et un téléphone portable.
Sur place, des policiers lui auraient indiqué que le véhicule utilisé appartenait au Service national de renseignement (SNR), une information que Sindayigaya prend avec précaution : « Il faut s’assurer que des criminels ne se fassent pas passer pour des agents officiels », a-t-il réagi.
Jean Baptiste Sindayigaya siège au Parlement grâce à un mécanisme constitutionnel de cooptation destiné à favoriser la représentation des groupes vulnérables, notamment la communauté Batwa, historiquement marginalisée au Burundi, au Rwanda et en République démocratique du Congo.
Le député déplore le silence de l’Assemblée nationale face à cette attaque qu’il juge ciblée. Il affirme avoir saisi plusieurs autorités, dont le Premier ministre, l’Ombudsman et le ministre de l’Intérieur, et en appelle au président de la République pour qu’il ordonne une enquête impartiale. « Si même les élus du peuple ne sont plus à l’abri, qu’en est-il des simples citoyens ? », s’interroge-t-il.
Cet incident survient dans un contexte politique tendu, à moins d’un an des élections législatives et communales de 2025. En juillet 2024, le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits humains au Burundi, Fortuné Gaétan Zongo, avait déjà tiré la sonnette d’alarme, dénonçant la détérioration des libertés fondamentales, la militarisation croissante de la société, l’impunité généralisée et la réduction de l’espace civique.
Les services de renseignement burundais sont régulièrement accusés d’enlèvements, d’actes de torture et d’exactions à l’encontre d’opposants et de voix critiques. Jean Baptiste Sindayigaya, réputé pour son franc-parler, semble en avoir fait les frais.
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Photo : Le député Jean Baptiste Sindayigaya qui a échappé à une tentative d’enlèvement dans la ville commerciale Bujumbura le 10 mai 2025 © DR
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