Karera, beauté touristique… et unique robinet des oubliés de Shanga

Karera, beauté touristique… et unique robinet des oubliés de Shanga

SOS Médias Burundi

Rutana, 2 septembre 2025- À Shanga, dans la commune Rutana (province de Burunga, sud du Burundi), les habitants survivent grâce aux chutes de Karera, seule source d’eau disponible depuis des décennies. Entre risques sanitaires, serpents et silence des autorités, l’eau potable reste un luxe inaccessible.

La localité de Shanga, en commune Rutana, province de Burunga, au sud du Burundi, fait face à une pénurie totale d’eau potable. Depuis des décennies, les habitants n’ont qu’une seule source d’approvisionnement : les chutes de Karera, célèbres pour leur attrait touristique, mais devenues malgré elles essentielles à la survie quotidienne d’une population laissée pour compte.

L’eau brute comme seule option

Tôt chaque matin, hommes, femmes et enfants descendent au pied des chutes avec des bidons. L’eau collectée servira à boire, cuisiner, se laver ou encore abreuver le bétail.
Céline, habitante de Shanga depuis plus de 40 ans, n’a connu que cette réalité.

« Depuis que je suis petite, on puise ici. Il n’y a pas de robinet dans notre village. C’est notre seule source d’eau », explique-t-elle, bidon jaune à la main.

L’eau de Karera est utilisée sans traitement ni filtration, faute d’alternative. Quand on lui demande si elle pense qu’elle est potable, Céline répond sans hésiter :

« On ne sait pas. Mais on ne peut pas faire autrement. C’est ça ou rien. »

Une vue partielle des chutes de Karera, seule source d’eau pour les habitants de Shanga, en commune Rutana. © SOS Médias Burundi

Des serpents pour seuls gardiens

Outre la qualité de l’eau, les dangers liés à la nature elle-même préoccupent les habitants. Dès la fin de la matinée, des serpents viennent boire au même point d’eau. Une réalité qui pourrait choquer les visiteurs, mais qui est devenue une routine pour les habitants de Shanga.

« À partir de 11 heures, les serpents descendent. On les voit souvent. Pour les étrangers, c’est effrayant, mais nous on a appris à vivre avec », confie une autre femme.

Un paradoxe cruel

Ironie du sort : les chutes de Karera, situées à quelques kilomètres seulement de là, figurent parmi les sites touristiques naturels les plus emblématiques du pays. Des visiteurs viennent admirer la beauté des cascades, pendant que les populations voisines luttent pour survivre avec cette eau non traitée.

Pendant ce temps, aucun projet d’adduction d’eau potable ne semble en cours à Shanga. Ni les autorités locales, ni les programmes nationaux d’hydraulique rurale n’ont encore répondu aux appels de la population.

Le droit à l’eau encore ignoré

Alors que le Burundi, à l’instar d’autres pays, s’est engagé à garantir le droit fondamental à l’eau potable dans le cadre des Objectifs de développement durable (ODD), la réalité de Shanga illustre le fossé entre les promesses et la vie sur le terrain.

Dans cette région du sud du pays, la beauté naturelle des chutes de Karera masque mal l’injustice silencieuse que subissent les habitants. Une injustice qui se répète chaque jour, seau après seau, dans l’indifférence générale.

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Photo : Des femmes en quête d’eau aux chutes de Karera, unique source accessible pour les habitants de Shanga, dans la commune Rutana (sud du Burundi). © SOS Médias Burundi

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