Cri d’alarme de la Croix-Rouge du Burundi : Katiyunguruza plaide pour la réouverture des frontières avec le Rwanda
SOS Médias Burundi,
Butanyerera ,19 septembre 2025- Lors de la Journée internationale des premiers secours, la Croix-Rouge du Burundi a lancé un appel pressant pour la réouverture des frontières avec le Rwanda, fermées depuis 20 mois. Une demande motivée par l’urgence sanitaire, les difficultés économiques et sociales, ainsi que les risques pour les populations vivant le long de la frontière.
À l’occasion de la Journée internationale des premiers secours, célébrée le samedi 13 septembre à Ngozi, chef-lieu de la province de Butanyerera, frontalière avec le Rwanda dans le nord du Burundi, Anselme Katiyunguruza, secrétaire exécutif de la Croix-Rouge du Burundi, a lancé un appel pressant au gouvernement burundais. Il demande la réouverture des frontières avec le Rwanda, fermées depuis plus de 20 mois.
Selon lui, la fermeture prolongée des frontières compromet gravement les opérations de secours, notamment l’évacuation rapide des patients nécessitant des soins spécialisés. « Nous avons des ambulances bien équipées, mais malheureusement le chemin devient extrêmement long », a-t-il regretté.
Un plaidoyer direct aux autorités provinciales
Katiyunguruza a interpellé directement Alain Patrick Muheto, chef de cabinet du gouverneur de la province Butanyerera, lui demandant de porter ce plaidoyer auprès des instances nationales.
Il a proposé une solution pratique et immédiate : instaurer un relais sanitaire entre les ambulances burundaises et celles du Rwanda au niveau des postes frontaliers. Cette coordination permettrait, selon lui, de réduire les délais de transfert et d’augmenter les chances de survie des patients en situation critique.
Un détour fatal par la Tanzanie
Actuellement, pour transférer des malades vers le Rwanda, les secouristes sont obligés de contourner par la Tanzanie. Un parcours jugé « long, fatigant et dangereux » par la Croix-Rouge. Ce détour entraîne souvent des complications médicales irréversibles et, dans certains cas, la mort des patients avant leur arrivée à destination.
Des drames humains aux frontières fermées
Cette réalité tragique ne se limite pas aux évacuations médicales. Faute de passage officiel, certains habitants tentent de franchir clandestinement les lacs Rweru à Busoni ou Cohoha à Bugabira. Plusieurs y ont laissé leur vie en 2023 et 2024, selon des sources administratives locales.
Les conséquences économiques et sociales
Au-delà de l’urgence sanitaire, Katiyunguruza a rappelé que la fermeture des frontières aggrave la pauvreté dans les communes frontalières. Les commerçants sont asphyxiés par le coût exorbitant des trajets de contournement, et les familles transfrontalières voient leurs liens se briser.
Les mariages mixtes, autrefois fréquents, sont désormais stigmatisés. « Se marier à une Rwandaise est considéré comme un péché », confient des habitants de la région, signe d’une fracture sociale de plus en plus profonde.
Un écho auprès des autorités locales
Dans son intervention, Alain Patrick Muheto a confirmé l’urgence de la situation. « De nombreux patients succombent suite au manque de premiers secours », a-t-il déclaré. Il plaide pour que toutes les structures hospitalières du pays soient dotées d’ambulances bien équipées afin de réduire les pertes humaines.
Vers une réconciliation nécessaire
Pour la Croix-Rouge, l’ouverture des frontières n’est pas seulement une question humanitaire, mais aussi un pas vers la réconciliation entre les deux peuples voisins. « La vie humaine doit primer sur les différends politiques », a insisté Katiyunguruza, appelant à des solutions pragmatiques.

Les autorités de la petite nation de l’Afrique de l’Est ont fermé les frontières avec le Rwanda en janvier 2024. Celles-ci avaient été réouvertes après l’accession au pouvoir du président Évariste Ndayishimiye en juin 2020, suite au décès inopiné de son prédécesseur Pierre Nkurunziza. Les autorités burundaises accusent le Rwanda d’héberger des putschistes ayant tenté de renverser le pouvoir en 2015 et d’entretenir des groupes armés hostiles à Gitega, accusations rejetées par Kigali.
La crise est accentuée par le conflit à l’est de la RDC, où le groupe armé M23, soupçonné de bénéficier d’un soutien rwandais, continue d’avancer, ayant récupéré plusieurs chefs-lieux et zones stratégiques riches en minerais. Le Burundi a déployé environ 10.000 soldats dans l’Est congolais pour combattre aux côtés des FARDC, l’armée loyaliste du Congo, et de milices alliées contre le M23. À plusieurs reprises, au Burundi et à l’étranger, le président burundais Évariste Ndayishimiye a accusé son homologue rwandais Paul Kagame de déstabiliser la sous-région et de planifier des incursions au Burundi, déclarant : « Nous n’allons pas accepter de mourir comme les Congolais qui sont tués comme des chèvres, j’ai déjà averti le Rwanda ».
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Photo : Anselme Katiyunguruza, secrétaire exécutif de la Croix-Rouge du Burundi, qui a plaidé pour la réouverture des frontières avec le Rwanda (DR)
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