Burundi : la presse mise sous contrôle à l’Assemblée nationale

Burundi : la presse mise sous contrôle à l’Assemblée nationale

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 6 octobre 2025 — L’accès des journalistes à l’Assemblée nationale du Burundi devient de plus en plus restreint. Après l’exclusion progressive des médias privés en août dernier, une nouvelle mesure impose désormais une carte d’accès spéciale pour toute couverture des activités parlementaires au Palais des Congrès de Kigobe, au nord de Bujumbura, la capitale économique.

Des restrictions en cascade

Depuis plusieurs semaines, des journalistes affirment avoir été retirés sans explication des groupes de messagerie interne de l’Assemblée, qui servaient à partager ordres du jour et communiqués officiels.
La décision d’interdire les retransmissions en direct des débats parlementaires, appliquée pour la première fois lors de la séance du 19 août, a déjà marqué un tournant.

« Les députés doivent rendre compte à leurs électeurs. Restreindre l’accès à l’information parlementaire est un grave précédent dans un pays qui se veut démocratique », confiait alors un journaliste sous anonymat.

Une carte d’accès pour filtrer les journalistes

Le 29 septembre, Aimé Emmanuel Nibigira, conseiller principal à l’Assemblée nationale, a réuni des responsables de médias pour annoncer la mise en place d’un nouveau dispositif : désormais, aucune couverture des séances ne sera possible sans une carte d’accès officielle.
Pour obtenir ce document, les journalistes doivent présenter leur carte de presse nationale. Mais, selon plusieurs responsables de rédaction, cette exigence est inapplicable :

« Même le CNC (Conseil national de la communication) ne délivre plus les cartes de presse depuis quelque temps. C’est un blocage flagrant », dénoncent-ils.

Des contraintes professionnelles et logistiques

La mesure inquiète les rédactions, déjà confrontées à des difficultés liées à la pénurie persistante de carburant.

« Nous avons plusieurs journalistes affectés à la couverture parlementaire. Si une seule carte est délivrée, cela va paralyser notre travail », explique un rédacteur en chef.

Un climat de méfiance et de contrôle

Depuis le début de la législature 2025-2030, plusieurs journalistes se sont vu refuser l’accès à Kigobe sans justification. Le live streaming des séances, autrefois public, a également été interrompu. Pour de nombreux observateurs, il s’agit d’un recul majeur de la transparence démocratique.

Les déclarations d’Aimé Emmanuel Nibigira n’ont fait qu’alimenter les craintes :

« Chaque journaliste sera personnellement responsable d’une information — article, photo ou vidéo — qui ne plairait pas aux autorités de l’Assemblée. »

Une affirmation en contradiction avec la loi burundaise sur la presse, qui précise que les fautes journalistiques engagent la rédaction du média, et non un journaliste isolé.

Vers une opacité institutionnelle

Déjà en août, plusieurs sources internes à l’Assemblée évoquaient une volonté politique de réserver la couverture parlementaire aux médias publics, voire de limiter drastiquement la diffusion d’informations sur les activités législatives.
La majorité des députés étant issus du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, certains observateurs redoutent une gestion unilatérale et opaque des affaires publiques.

Pour beaucoup de professionnels, la carte d’accès ne relève pas d’une simple formalité administrative, mais d’un outil de filtrage politique destiné à verrouiller davantage l’espace médiatique.

Alors que la législature 2025-2030 débute à peine, cette série de restrictions fait craindre un nouveau recul de la liberté de la presse et un affaiblissement du contrôle citoyen sur les institutions publiques.

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Photo : des journalistes burundais en pleine couverture d’un événement à Bujumbura, capitale commerciale du pays, illustrant le rôle crucial des médias dans l’information et la sensibilisation des citoyens. © SOS Médias Burundi

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