Kiremba : le retard des engrais et l’inaction des autorités menacent la sécurité alimentaire des agriculteurs

Kiremba : le retard des engrais et l’inaction des autorités menacent la sécurité alimentaire des agriculteurs

SOS Médias Burundi

Kiremba, 26 février 2026- Dans la commune de Kiremba, en province Butanyerera, dans le nord du Burundi, les agriculteurs vivent une saison particulièrement anxiogène. Alors que la deuxième grande saison agricole, dite saison B, approche de la fin de la période des semis, prévue au plus tard à la mi-mars, de nombreux cultivateurs n’ont pas reçu les engrais minéraux pourtant déjà commandés et, pour certains, payés.

Cette saison est cruciale pour des cultures comme les haricots et les pommes de terre, qui dépendent des pluies de fin d’année prolongées jusqu’au début de l’année suivante.

Des commandes restées sans suite

Les retards concernent les agriculteurs ayant commandé via le programme national de subvention des engrais (Tubura) ainsi que ceux ayant payé directement dans les postes de distribution locaux.

Manariyo, agriculteur de la zone Musasa, déplore :

« Nous avons payé à temps en espérant recevoir les engrais avant la fin de la période de semis. Jusqu’à aujourd’hui, nous attendons toujours. »

Dans les zones montagneuses aux sols argileux mêlés de cailloux, le calendrier agricole est strict : semer en retard peut compromettre toute la récolte.

Semer sans fertilisants : un pari risqué

Face au manque d’intrants, certains agriculteurs ont choisi de semer sans engrais minéraux.

Claver, également producteur de Musasa, explique :

« J’ai semé mes haricots sans engrais parce que je ne pouvais plus attendre. Mais je crains que la pluie s’arrête tôt. Déjà au début de la saison A, les pluies n’étaient pas abondantes. Si cela se répète, mes cultures ne donneront presque rien. Nous travaillons avec la peur au ventre. »

Flambée des prix sur le marché local

Certains producteurs se tournent vers les détaillants privés pour obtenir des engrais, mais les prix restent prohibitifs. Un kilo d’engrais organo-minéral se négocie entre 4 000 et 4 500 FBu, tandis qu’un sac subventionné de 25 kg dans le cadre du programme Tubura coûterait environ 31 000 FBu. Pour de nombreux ménages ruraux déjà fragilisés par la hausse du coût de la vie, cette différence constitue un obstacle majeur.

Deux cultivatrices dans un champ de haricots en province de Butanyerera, où les paysans font face à des difficultés pour obtenir les engrais nécessaires à leurs cultures. © SOS Médias Burundi

L’importance du respect du calendrier agricole

Un agronome privé de la province, sous couvert d’anonymat, souligne :

« Le début des semis dépend du cycle végétatif des cultures et de l’installation effective des pluies. Pour les haricots volubiles, les semis doivent idéalement commencer début février pour garantir une bonne floraison et maturation avant l’arrêt des pluies. Les pommes de terre nécessitent une fertilisation appropriée dès la plantation pour assurer le développement des tubercules. »

Semer à temps permet aux cultures de mieux résister au stress hydrique et d’optimiser les rendements.

Attente d’une communication officielle

À ce jour, le Ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage, via les bureaux communaux chargés de l’agriculture et de l’élevage, n’a pas communiqué officiellement les dates de distribution des engrais organo-minéraux.

À mesure que la période de semis touche à sa fin, l’inquiétude grandit. Retards de livraison, hausse des prix et incertitudes climatiques annoncent une saison B particulièrement difficile. L’accès rapide aux intrants demeure crucial pour éviter une baisse significative des récoltes et préserver la sécurité alimentaire des ménages.

La situation de Kiremba n’est pas isolée. Dans plusieurs autres régions de la petite nation de l’Afrique de l’Est, les agriculteurs dénoncent des retards similaires, menaçant les récoltes et les moyens de subsistance.

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Photo : Des agriculteurs, dont plusieurs femmes, se rassemblent autour d’un point de distribution d’engrais organo-minéraux, aujourd’hui introuvables au Burundi. © SOS Médias Burundi

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