RDC : les évêques catholiques s’opposent à la peine de mort infligée à Joseph Kabila
SOS Médias Burundi
Goma, 7 octobre 2025 – La condamnation à mort de l’ancien président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, par la Haute Cour militaire de Kinshasa continue de susciter de vives réactions dans le pays.
Après la prise de position de la société civile du Nord-Kivu et du Sud-Kivu la semaine dernière, c’est au tour des archevêques et évêques membres de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) de se manifester. Dans une déclaration officielle de ce lundi 6 octobre, ils ont exprimé leur « horreur » face au verdict, rappelant que la Constitution congolaise consacre la sacralité de la vie humaine et que l’exécution de la peine capitale constitue une violation du droit à la vie défendu par l’Église.
La CENCO a dénoncé un procès « expéditif » et l’a inscrit dans le contexte de la crise actuelle en RDC, marquée par la guerre contre le M23 à l’Est du pays. Elle a réitéré son appel à un dialogue inclusif, soulignant la nécessité de renforcer la cohésion nationale :
« Considérant l’inquiétude suscitée par l’arrêt de la Haute Cour Militaire et l’impérieuse nécessité de renforcer la cohésion nationale, nous réitérons notre appel aux Acteurs, épris d’amour et de paix pour la RDC et impliqués dans la résolution de ses multiples crises, à chercher des solutions politiques », a indiqué la déclaration signée par Mgr Fulgence Muteba, président de la CENCO.
Pour les prélats catholiques, le dialogue est la voie « la mieux indiquée tant pour affronter les causes profondes de cette crise, que pour retrouver l’unité, la paix, le bien-vivre ensemble et l’intégrité territoriale de la République Démocratique du Congo. »
Ils ont également averti :
« Nous considérons suicidaire et irresponsable l’illusion qu’une paix juste peut être obtenue par la force des armes. Aussi nous réitérons notre exhortation aux Gouvernants de notre pays, à l’Opposition armée et non armée, aux membres de la société civile et à tout le Peuple congolais, à s’engager fermement dans la lutte contre les différents facteurs qui alimentent les conflits et qui font le lit de la culture de la mort et du grand risque de balkanisation de notre pays. »
Condamnation de Joseph Kabila : les faits
Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire a condamné Joseph Kabila, en son absence, à la peine de mort et au paiement de 33 milliards USD de dommages et intérêts : 29 milliards pour la République et 2 milliards pour chacune des parties civiles des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
La Cour l’a reconnu coupable de trahison, de participation à un mouvement insurrectionnel et de crimes de guerre, le désignant comme chef de la coalition AFC/M23. Selon les juges, l’ancien président aurait supervisé les centres d’instruction de la rébellion, dirigé des réunions d’état-major et conduit les hostilités contre la RDC.
Kabila, exilé depuis plus de deux ans, avait été aperçu fin mai à Goma, où il s’est entretenu avec des représentants des églises et des associations de femmes et de jeunes.
Le M23 et l’AFC : contexte
Le M23, rébellion tutsi active depuis fin 2021, reproche aux autorités congolaises de ne pas avoir respecté leurs engagements de réinsertion. Ses membres, affiliés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), contrôlent plusieurs localités stratégiques dans les Kivus, riches en minerais, et sont soupçonnés de bénéficier du soutien du Rwanda, ce que Kigali dément.
Selon la Haute Cour militaire, Kabila aurait agi en entente avec Corneille Nangaa, ex-président de la CENI et coordinateur de l’AFC, ainsi qu’avec le Rwanda, pour tenter de renverser les institutions de la République, y compris par l’élimination du président en fonction, Félix Tshisekedi.
La Cour a précisé ne pas se prononcer sur la supposée nationalité rwandaise de Kabila et n’a pas autorisé la mise sous séquestre de ses biens.
Gravité des faits
Pour la Haute Cour militaire, les actes reprochés à Kabila sont d’une « extrême gravité » et scandalisent des millions de Congolais, l’ancien chef de l’État ayant dirigé le pays pendant 18 ans, violant selon la Cour son devoir de réserve, de dignité et de loyauté envers l’État.
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Photo : L’ancien président Joseph Kabila, condamné à la peine de mort par la Haute Cour militaire, photographié alors qu’il s’entretenait avec des représentants des confessions religieuses et des associations citoyennes à Goma, le 29 mai 2025© DR
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