Conflit en RDC : le spectre de l’embrasement plane sur l’Ouest burundais

Conflit en RDC : le spectre de l’embrasement plane sur l’Ouest burundais

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 18 septembre 2025 – À l’Ouest du Burundi, les frontières vivent sous haute tension. Le M23, une rébellion tutsi active en RDC depuis 2021, progresse dans le Nord et le Sud-Kivu, tandis que la petite nation de l’Afrique de l’Est a déployé environ 10.000 soldats pour soutenir les FARDC et les milices locales. Pour de nombreux Burundais, ces combats représentent des « sacrifices inutiles dans une guerre qui n’est pas la nôtre ».

Le M23 a repris les armes fin 2021, reprochant aux autorités congolaises de ne pas avoir respecté leurs engagements de réinsertion. Depuis le début de l’année, ses rebelles, suspectés de recevoir un soutien du Rwanda, ce que Kigali nie formellement, ont repris les chefs-lieux des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ainsi que plusieurs zones stratégiques riches en minerais.

Le fracas des combats en RDC se fait sentir jusque dans les collines frontalières. Les habitants de Rukaramu, Gatumba ou Vugizo-Warubondo vivent dans une atmosphère de peur, rythmée par les détonations venues de l’autre côté de la Rusizi, la rivière qui sépare le Burundi et le Congo, et par les va-et-vient massifs de soldats burundais.

L’aéroport Ndadaye, plaque tournante militaire

Selon des sources sécuritaires, l’aéroport international Melchior Ndadaye à Bujumbura, la capitale économique du Burundi, serait devenu un véritable entrepôt d’armes et de munitions. Des avions cargos en provenance de Belgique, Tanzanie, Afrique du Sud ou Colombie y atterriraient régulièrement, transportant matériel militaire et mercenaires destinés à renforcer l’armée congolaise et ses alliés, parmi lesquels les FARDC, la FDNB et les milices locales entretenues par Kinshasa.

La destination finale : l’Est de la RDC, notamment la ville d’Uvira, située à quelques kilomètres de Bujumbura et menacée par l’avancée du M23 et ses alliés de Twirwaneho, un mouvement armé congolais composé de membres de la communauté Banyamulenge.

L’aéroport de Bujumbura, où des avions ont été aperçus transportant du matériel militaire et des renforts pour les opérations en RDC. © SOS Médias Burundi

Des craintes d’embrasement régional

La militarisation s’observe aussi sur le lac Tanganyika, où des navires venant de Kalemie ( province Tanganyika, sud-est de la RDC) accosteraient au port de Bujumbura, chargés d’armes lourdes. Pour de nombreux observateurs, le risque d’une guerre qui dépasserait les frontières congolaises n’est plus à exclure.
« Des drones décollent chaque jour de l’aéroport de Bujumbura pour bombarder les positions du M23. Si ces derniers ripostent, il faut craindre des dégâts humains et matériels sur le sol burundais », confie un habitant de la capitale.

Des soldats burundais envoyés au front

Depuis deux ans, plusieurs militaires burundais ont été tués dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, en combattant le M23 aux côtés de l’armée congolaise et des milices locales.

Plusieurs activistes et opposants dénoncent « des sacrifices inutiles dans une guerre qui n’est pas la nôtre ». Le président Évariste Ndayishimiye répond à ses détracteurs : « Normal que les militaires burundais soient tués en RDC », a-t-il répété à plusieurs reprises, en appelant les civils « à éviter de se mêler des affaires des forces de sécurité de peur de se retrouver avec un pays sans défenseurs ».

Arrivée des premiers militaires burundais à l’aéroport de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, à l’est de la RDC. Ce site stratégique a été repris par les rebelles du M23 en janvier 2025. © SOS Médias Burundi

Arrivée des premiers militaires burundais à l’aéroport de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, à l’est de la RDC. Ce site stratégique a été repris par les rebelles du M23 en janvier 2025. © SOS Médias Burundi

Le spectre d’une « guerre perdue d’avance »

Pour certains spécialistes militaires, la FDNB ne maîtrise ni le terrain ni la tactique face aux rebelles du M23, aguerris par des années de combats.
« C’est une guerre perdue d’avance », estime un acteur de la société civile, qui appelle à un retrait rapide pour éviter des répercussions directes au Burundi.

Une tension palpable aux frontières

En attendant, des unités burundaises lourdement équipées sont stationnées dans les camps militaires de Gakumbu, Mudubugu et Cibitoke-Cishemere, prêtes à traverser la Rusizi vers la plaine de la Rusizi et les moyens et hauts plateaux en RDC.
Sur les routes et les ponts récemment réhabilités par une entreprise chinoise, habitants et voyageurs assistent quotidiennement au passage de convois militaires, symbole visible d’un pays de plus en plus impliqué dans un conflit voisin qui, pour beaucoup, ne devrait pas être le sien.

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Photo : Une vue aérienne de la zone frontalière avec le Congo, par laquelle les militaires burundais passent avant d’être déployés en RDC. © SOS Médias Burundi

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