Ferdinand Nyabenda, tombé au front en RDC : sa famille réclame justice et funérailles dignes

Ferdinand Nyabenda, tombé au front en RDC : sa famille réclame justice et funérailles dignes

SOS Médias Burundi

Cibitoke, 18 septembre 2025 – Trois mois après la mort de leur père sur le front en RDC, la famille de Ferdinand Nyabenda, surnommé Bikorwa, attend toujours de pouvoir lui rendre un dernier hommage. Sans corps, sans cercueil, sans cérémonie officielle, ses proches interpellent les autorités militaires burundaises pour des obsèques dignes.

Originaire de Nyakagunda, dans la colline de Rubuye, zone Rugombo, commune de Cibitoke dans la province de Bujumbura, frontalière avec le Congo, Ferdinand Nyabenda avait rejoint très jeune la rébellion du CNDD-FDD, l’ancienne rébellion hutu devenue parti au pouvoir en 2005 grâce à l’accord de paix d’Arusha d’août 2000, avant de s’intégrer, comme beaucoup d’anciens maquisards, dans l’armée nationale burundaise. Marié et père de trois enfants, il a trouvé la mort en juin dernier, dans les combats opposant l’armée burundaise et ses alliés aux rebelles du M23, dans la localité de Rugezi, territoire de Fizi, dans la province du Sud-Kivu à l’Est de la République démocratique du Congo.

Une nouvelle brutale et tardive

Selon ses proches, la famille n’avait pas été informée officiellement de son décès. Pendant plusieurs mois, ses enfants et sa femme ont espéré son retour, jusqu’à ce qu’ils apprennent récemment qu’il avait succombé sur le champ de bataille. Le plus difficile pour eux : l’absence du corps, aucun cercueil ni cérémonie funéraire n’ayant eu lieu pour honorer sa mémoire.

Des familles laissées sans réponses

« Nous demandons au haut commandement militaire d’organiser des obsèques dignes, comme pour tous les autres soldats tombés au combat », implore un membre de la famille. Le cas de Bikorwa ne serait pas isolé : plusieurs familles affirment que d’autres militaires burundais envoyés en mission en RDC meurent dans le silence, leurs proches étant contraints de garder le deuil sans cérémonies, ni aide, ni reconnaissance officielle.

Un appel à la reconnaissance

Pour la famille Nyabenda, il ne s’agit pas seulement d’un devoir de mémoire, mais aussi d’une question de justice et de dignité. « Il s’est battu pour son pays. Il mérite une sépulture honorable », rappellent ses proches. Derrière cette revendication se dessine aussi une inquiétude plus large : celle d’un sacrifice invisible, de soldats qui meurent loin de chez eux sans que leurs familles n’obtiennent la moindre explication ni compensation.

Contexte militaire

Le Burundi a déployé environ 10.000 soldats dans l’Est de la RDC pour combattre aux côtés des FARDC, l’armée loyaliste congolaise, et ses milices alliées dans la guerre contre le M23. Ce groupe armé, qui contrôle désormais les chefs-lieux des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ainsi que plusieurs autres zones stratégiques riches en minerais depuis le début de l’année, est accusé d’être soutenu par le Rwanda, ce que Kigali nie formellement.

____________________________________________

Photo : Ferdinand Nyabenda, le militaire burundais tué sur le front en RDC, dont la famille réclame des funérailles dignes © DR/SOS Médias Burundi

Previous Camp de Mahama : la détresse des enfants se transforme en suicides
Next Conflit en RDC : le spectre de l’embrasement plane sur l’Ouest burundais

You might also like

Droits Humains

Bubanza : un sage-femme en détention

Un sage-femme a été arrêté par le service des renseignements mercredi de cette semaine. Fabien Ndayizeye qui travaille à la maternité de l’hôpital de Bubanza (ouest du Burundi) venait de

Droits Humains

Burundi : des prisons au bord de l’asphyxie, la Justice promet des mesures dans deux mois

SOS Médias Burundi Bujumbura, 22 mai 2026 – La surpopulation carcérale continue d’inquiéter les autorités burundaises, les parlementaires ainsi que les défenseurs des droits humains. Ce mercredi, lors d’une séance

Droits Humains

Bururi : les détenus souffrent du manque de vivres et d’hygiène dans la prison centrale

La prison de Bururi (sud du Burundi) connaît une rupture de stock en vivres depuis plusieurs semaines. Ce que déplorent les proches des détenus. Au sein de l’établissement, des sources