Le mandat du Rapporteur spécial sur le Burundi renouvelé
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 7 octobre 2025 — Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a décidé de prolonger d’un an le mandat de Fortuné Gaétan Zongo, rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme au Burundi. Mais Gitega maintient sa position : l’expert burkinabé n’est toujours pas autorisé à fouler le sol burundais.
Le vote, attendu cette semaine à Genève, n’a réservé aucune surprise. Par 23 voix pour, 9 contre et 15 abstentions, la 60e session du Conseil a reconduit le mandat du rapporteur spécial, chargé de suivre de près la situation des droits humains dans la petite nation de l’Afrique de l’Est.
Le projet de résolution ne se limite pas aux violations des droits civils et politiques. Il dénonce également le non-respect des droits économiques, sociaux et culturels, notamment le droit à une alimentation adéquate, à la santé, à l’éducation et à la protection des personnes vulnérables.
Dans sa présentation, M. Zongo a reconnu que les élections locales et législatives de 2025 s’étaient déroulées sans violences majeures, tout en exprimant ses préoccupations quant à l’absence de conditions favorables à des scrutins inclusifs, transparents et crédibles. Il a pointé du doigt le rétrécissement de l’espace civique et médiatique, l’absence de pluralisme politique, la peur et les intimidations entourant le processus électoral.
Pour de nombreux défenseurs des droits humains, cette reconduction représente une bouffée d’air pour les victimes.
« Un signal fort de solidarité », a salué Armel Niyongere, représentant de l’ACAT-Burundi (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), sur son compte X (ex-Twitter). Il a toutefois appelé à rester vigilants face à l’impunité persistante dans le pays.
En août dernier, plus d’une cinquantaine d’organisations burundaises et internationales, dont l’ACAT-Burundi, avaient adressé une pétition au Conseil des droits de l’homme afin d’influencer le vote. Dans cette lettre ouverte, elles dénonçaient la persistance de violations graves : exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées, détentions arbitraires, actes de torture, violences sexuelles et restrictions des libertés fondamentales.
Les signataires rappelaient que les élections législatives et communales du 5 juin 2025 s’étaient tenues dans un climat d’intimidation et d’exclusion de l’opposition, aboutissant à des « élections sans opposition ». Elles alertaient également sur la militarisation des Imbonerakure, les membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, souvent qualifiés de milice par les organisations de défense des droits humains.

Des Imbonerakure, agents du Service national des renseignements (SNR) et policiers tentent de forcer la porte d’une maison appartenant à un opposant suspecté de détenir des armes illégalement, dans le nord de la ville commerciale Bujumbura. © Jean Pierre Aimé Harerimana / SOS Médias Burundi
Gitega persiste et signe
L’ambassadrice du Burundi à Genève, Élisa Nkerabirori, a fustigé un « mécanisme de propagande » ayant perdu « crédibilité et légitimité », confirmant la ligne dure du gouvernement.
De son côté, le rapporteur spécial a exhorté les autorités burundaises à renouer un dialogue constructif dans le respect de leurs engagements internationaux.
L’Union européenne, initiatrice de la résolution, a estimé que la situation au Burundi devait rester « sous surveillance » jusqu’aux élections présidentielles de 2027. Principal bailleur du pays, Bruxelles réclame que M. Zongo obtienne enfin un accès au territoire, une demande catégoriquement rejetée par Gitega.
Le mandat du Rapporteur spécial sur le Burundi a été créé en octobre 2021, lors de la 48e session du Conseil des droits de l’homme (résolution 48/16). Il a succédé à la Commission d’enquête sur le Burundi, mise sur pied en 2016 pour documenter les violations des droits humains commises depuis la crise de mai 2015, déclenchée par un troisième mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza.
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Photo : À gauche sur la première ligne, Fortuné Gaétan Zongo, rapporteur spécial de l’ONU sur le Burundi, photographié lors de la 54ᵉ session du Conseil des droits de l’homme. © DR
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