Rutana : Ndayishimiye s’en prend violemment à Pacifique Nininahazwe et promet de défendre le pouvoir du CNDD-FDD “jusqu’au bout”
SOS Médias Burundi
Rutana, 16 octobre 2025 – Lors de la cérémonie d’investiture du nouvel administrateur communal de Rutana, dans la province de Burunga au sud du Burundi, le président de la République, Évariste Ndayishimiye, a livré un discours mêlant ferveur religieuse, triomphalisme et attaques personnelles. C’est le mercredi 15 octobre 2025 que le président a formulé ses accusations directes contre ses détracteurs, en particulier le très célèbre activiste en exil Pacifique Nininahazwe, connu pour ses enquêtes sur les disparitions forcées et à la tête du FOCODE (Forum pour la Conscience et le Développement), une organisation qui documente les violations graves des droits humains au Burundi.
Devant une foule massée, le chef de l’État a promis de “sauvegarder jalousement” le pouvoir du CNDD-FDD, qu’il présente comme une bénédiction divine.
Avant d’attaquer ses détracteurs, Évariste Ndayishimiye a d’abord remercié Dieu d’avoir, selon lui, “révélé les vrais Burundais” lors de l’arrivée au pouvoir du CNDD-FDD en 2005.
“Dieu a permis que le Burundi connaisse de vrais Burundais à partir de 2005”, a déclaré le chef de l’État, avant d’ajouter : “Depuis ce temps, Dieu nous a rendus clairvoyants, et c’est pour cela que le pays se développe.”
Évariste Ndayishimiye, qui dirige le pays le plus pauvre du monde selon la Banque mondiale, multiplie depuis plusieurs années les discours d’autosatisfaction. En juin 2024, lors de la commémoration du quatrième anniversaire de la mort de son prédécesseur Pierre Nkurunziza, il avait déjà affirmé que “le Burundi n’a jamais été aussi bienheureux”.
Pourtant, depuis l’accession au pouvoir en 2005 de l’ancienne rébellion hutu CNDD-FDD, les opposants et les organisations de la société civile dressent un constat accablant : le pays traverse la pire crise économique de son histoire, marquée par des violations des droits humains sans précédent et une impunité institutionnalisée. La pénurie de carburant, la plus sévère jamais enregistrée, dure depuis près de cinq ans, paralysant l’ensemble de la vie nationale.
Dans son allocution, le président a multiplié les anecdotes et les symboles :
“Je pense à Magy de Rubaho, en commune Musongati, qui ne portait même pas de chaussures à l’époque. Aujourd’hui, il vit dans une maison sans modèle ! Et Adrien Ntigacika, surnommé Ziranotse, le patron de la FOMI (Fertilisants organo-minéraux), roulait à vélo, mais regardez-le aujourd’hui !”
Évoquant ensuite sa propre transformation physique comme signe de prospérité, il a poursuivi :
“Il fut un temps où aucun habit ne me convenait, mon costume ne collait pas à mon corps. Aujourd’hui, je peux même porter un simple t-shirt, et il me va parfaitement !”
Mais le ton du président est vite devenu offensif envers ses détracteurs, comparés à des “Israéliens rebelles” face à Moïse :
“Ces autres, vous les connaissez. Ce sont des intrus, des profiteurs de crise, qui ont mangé pendant que nous souffrions du kwashiorkor.”
Citant directement Pacifique Nininahazwe, le président a redoublé d’ironie et de virulence :
“Regardez Pacifique Nininahazwe ! Pendant la crise, il mangeait à sa faim alors que nous étions affamés. Aujourd’hui, il vient vous dire : ‘Tu es malheureux, insurge-toi !’ Mais pourquoi ne l’a-t-il pas dit lorsqu’il se rassasiait ?”
Ndayishimiye a conclu sur un ton de défi :
“Eux, ils étaient satisfaits quand le pays brûlait. Maintenant que c’est notre tour de vivre mieux, ils veulent nous ramener en arrière. Qu’ils sachent que cette période doit être sauvegardée jalousement, car nous ne reviendrons jamais à ce stade.”
Ces propos, accueillis par des acclamations de militants du parti présidentiel, ont provoqué un malaise dans une partie de l’assistance. Le nouvel administrateur communal de Rutana a lui aussi tenu des propos très partisans :
“La région de Gihofi était jusque-là le fief de l’opposition. Ils faisaient le mauvais choix en votant contre nous”, a-t-il déclaré.
La cérémonie s’est ainsi transformée en tribune politique, illustrant le durcissement du discours présidentiel, dans un climat économique et social de plus en plus explosif.
Ces dernières semaines, le président Évariste Ndayishimiye a multiplié des descentes sur le terrain pour installer lui-même les nouveaux administrateurs communaux. Ce choix, qui n’a pas manqué de diviser le parti au pouvoir, vise à museler les opposants internes et à renforcer son pouvoir grâce au nouveau découpage administratif entré en vigueur avec les législatives de cette année, qui limite les provinces à 5 au lieu de 18 et les communes à 42 au lieu de 119.
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Photo : le président Neva en mai 2022 à Bujumbura. À Rutana, il brandit la menace politique contre ses adversaires et affirme la sauvegarde du pouvoir du CNDD-FDD © SOS Médias Burundi
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