Burundi : des associations réclament le droit de se recueillir sur le site mémorial de Kw’i Bubu

Burundi : des associations réclament le droit de se recueillir sur le site mémorial de Kw’i Bubu

SOS Médias Burundi- Bujumbura, 26 octobre 2025- Les autorités burundaises continuent d’empêcher les associations de défense des droits des victimes Tutsis de se recueillir sur le site mémorial de Kw’i Bubu, à Gitega dans le centre du Burundi. Ce lieu est celui où, le 21 octobre 1993, plus de 150 élèves Tutsis avaient été rassemblés dans une station-service avant d’être brûlés vifs, à la suite de l’assassinat du premier président Hutu démocratiquement élu, Melchior Ndadaye.

Cette année marque la sixième année de refus pour ces associations de se recueillir sur ce site, qui se trouve dans la localité d’origine du président Évariste Ndayishimiye. Le refus initial date de 2020, lorsque les autorités communale et provinciale de Gitega avaient interdit la commémoration, invoquant « la sécurité de ce lieu situé sur la colline natale du président », où ce dernier possède d’ailleurs une résidence.

En 2022, marquant la troisième année consécutive de refus, le ministre en charge des affaires intérieures de l’époque, Martin Niteretse, avait convoqué les associations concernées pour tenter de les convaincre de ne pas organiser de cérémonie. Selon les représentants des associations, Niteretse n’a jamais fourni de réponse écrite malgré leurs demandes formelles, se contentant de leur indiquer verbalement de se rendre uniquement au monument dédié à l’ancien président Ndadaye pour y déposer des gerbes de fleurs.

Dans un communiqué conjoint publié ce samedi 25 octobre, trois associations – l’Association des parents des victimes des massacres de Kw’i Bubu, l’Association pour la réconciliation et la gestion des mémoires blessées (ARG), et AC Génocide Cirimoso – dénoncent ce refus persistant.

Pour Térence Mushano, vice-président et porte-parole d’AC Génocide Cirimoso :

« Nous continuerons à demander au chef de l’État d’autoriser ces hommages, car il a le devoir de protéger les droits de tous les citoyens. Se recueillir à Kw’i Bubu, c’est honorer la mémoire de nos proches brûlés vifs. »

Les trois associations attendent désormais la réponse du président de la République, car, comme l’a précisé Mushano, leur requête lui a été adressée après qu’elles aient contacté plusieurs autres autorités.

Elles déplorent une politique de « deux poids, deux mesures », soulignant que d’autres associations, notamment celles défendant les victimes Hutus, sont autorisées à organiser des commémorations sur des sites comme celui de l’Université du Burundi, où une stèle honore des étudiants Hutus massacrés en 1995. Les associations affirment avoir même proposé de se recueillir le 25 octobre pour éviter toute coïncidence avec la commémoration nationale de l’assassinat de Ndadaye et de ses collaborateurs, mais cette requête est également restée sans suite.

Pour les Tutsis, cette situation illustre les difficultés persistantes à obtenir justice et reconnaissance. La composition ethnique du Burundi étant similaire à celle du Rwanda, où le génocide contre les Tutsis en 1994 a été reconnu par l’ONU, le Burundi peine à s’accorder sur la terminologie des crises passées. Si les Hutus au pouvoir reconnaissent les massacres de 1972 comme « un génocide contre les Hutus », les Tutsis considèrent que les événements de 1993 constituent « un génocide contre les Tutsis ». Ce désaccord se traduit parfois par le refus de certaines instances, comme la Commission vérité et réconciliation (CVR), de visiter des sites où des fosses communes de Tutsis ont été signalées.

Cette année encore, le refus des autorités risque d’entraver le processus de réconciliation entre Burundais, alors que les familles des victimes cherchent simplement à honorer la mémoire de leurs proches massacrés à Kw’i Bubu.

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Photo d’archives : deux membres des associations AC Génocide Cirimoso et des rescapés des massacres de Kibimba déposent une gerbe de fleurs sur le mémorial de Kw’ibubu. Cette année, le geste est resté refusé. © SOS Médias Burundi

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